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La Princesse de Montpensier : l’affirmation d’un caractère de femme

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Introduction :

Madame de Lafayette a toujours mis au cœur de ses récits des personnages de femmes éponymes, c’est-à-dire des personnages dont le nom devient le titre de l’œuvre de fiction. Trois de ses œuvres racontent le destin et les amours d’héroïnes appartenant à la noblesse de l’Ancien Régime : La Princesse de Montpensier (1662), La Princesse de Clèves (1678) et La Comtesse de Tende (publication posthume en 1718). La particularité de La Princesse de Montpensier est qu’elle s’intéresse au destin d’une très jeune fille, âgée de seulement treize ans au début de la nouvelle. Ce texte s’apparente donc à un récit d’apprentissage et montre l’évolution et l’entrée dans l’âge adulte d’une adolescente confrontée aux réalités de l’existence et de sa condition de femme.

Nous analyserons dans un premier temps en quoi consistent l’apprentissage et l’évolution de la princesse à la fois dans la nouvelle et dans la lecture qu’en a faite Bertrand Tavernier pour son film. Puis, nous verrons quelles modifications celui-ci apporte au caractère de l’héroïne et au sens que l’on peut donner à son histoire.

Un récit d’apprentissage

Le récit d’une tranche de vie

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Rappel

La princesse n’a que treize ans au début du récit et elle meurt « dans la fleur de son âge » alors qu’elle n’a qu’une vingtaine d’années.

Elle passe donc de l’enfance insouciante, qui n’est pas racontée dans la nouvelle, à l’âge adulte. C’est le mariage qui symbolise ce passage.

Le poids de la famille

L’héroïne, étant une femme et noble de surcroît, dépend entièrement des décisions familiales. Elle ne choisit pas son mari en fonction de ses sentiments mais est contrainte d’épouser le prince. Elle est « tourmentée » par sa famille, puis se résigne « enfin [à] obéir à ses parents ».

La jeune femme doit servir les intérêts des siens avant tout : promise à un Guise – le jeune frère de celui qu’elle aime – elle doit finalement épouser un Bourbon du fait d’un arrangement entre les Bourbons et les Mézières pour affaiblir le pouvoir des Guise, les Mézières étant très riches. Le récit ne dit pas ce que les Mézières reçoivent en contrepartie, mais on comprend qu’ils y gagnent aussi grâce à la formulation de la phrase :

« On travailla à l’exécution de ce dessein avec tant de succès, que les parents de mademoiselle de Mézières, contre les promesses qu’ils avaient faites au cardinal de Lorraine, se résolurent de la donner en mariage à ce jeune prince. »

Ce qui caractérise alors l’attitude de l’héroïne, c’est son impuissance (« voyant qu’elle ne pouvait épouser le duc de Guise ») et le choix de la morale : elle cherche à se protéger en s’éloignant de son bien-aimé pour ne pas être tentée de désobéir, et elle le convainc même de s’en tenir à ce qui a été décidé :

« Mademoiselle de Mézières […] connaissant par sa vertu qu’il était dangereux d’avoir pour beau-frère un homme qu’elle eût souhaité pour mari, se résolut enfin de suivre le sentiment de ses proches et conjura M. de Guise de ne plus apporter d’obstacle à son mariage. Elle épousa donc le prince de Montpensier. »

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À retenir

L’héroïne est donc, au début de la nouvelle, une personne soumise, résolue à se sacrifier. Elle passe de l’autorité de ses parents à celle de son mari.

Tout de suite après leur mariage, le prince l’emmène à Champigny « séjour ordinaire des princes de sa maison ».

  • La princesse n’a pas le choix de son lieu de vie.

Sa première initiative personnelle rapportée dans le récit est de faire traverser une rivière dans sa barque à Guise et Anjou puis de les guider à cheval jusqu’au château de Champigny. L’aventure déplaît fortement au prince dont la haine pour Guise et la jalousie naturelle se réveillent. Il en veut à son épouse :

« il trouvait mauvais que sa femme se fût trouvée dans ce bateau ; il lui semblait qu’elle avait reçu trop agréablement ces princes. »

Cet épisode montre bien la difficulté pour la princesse de vivre libre de ses décisions et de ses mouvements.

Un apprentissage

La princesse évolue grâce à la présence à ses côtés du comte de Chabannes qui en fait une femme accomplie :

« Chabannes, de son côté, […] se servant de l’amitié qu’elle lui témoignait pour lui inspirer des sentiments d’une vertu extraordinaire et digne de la grandeur de sa naissance, […] la rendit en peu de temps une des personnes du monde les plus achevées. »

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Astuce

« Achevée » signifie ici « parfaite ».

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Rappel

Il semble que l’enseignement de Chabannes, dans la nouvelle, soit essentiellement d’ordre moral contrairement à ce qui se passe dans le film.

L’évolution de la princesse

Après avoir retrouvé Guise et l’avoir fréquenté à la cour, alors installée à Paris (la cour en ce temps-là, n’était pas fixe mais se déplaçait), la princesse se laisse gagner par ses sentiments. Elle accepte l’amour de Guise et lui avoue le sien. Après le mariage de Madame et du roi de Navarre, le prince ordonne à sa femme de quitter la cour, installée cette fois à Blois, et de rentrer à Champigny : il veut l’éloigner de Guise.

Rejointe par Chabannes, elle se confie à lui et lui explique comment servir son amour :

« Elle lui dit comme le duc de Guise et elle étaient convenus de recevoir, par son moyen, les lettres qu’ils devaient s’écrire. »

  • Elle demande donc au comte de leur servir d’intermédiaire.

Il souffre de la joie qu’elle éprouve à recevoir des lettres et lui rappelle qu’il l’aime. La princesse fait alors preuve à son égard d’une grande dureté :

« La princesse, qui n’avait dans la tête que le duc de Guise, et qui ne trouvait que lui seul digne de l’adorer, trouva si mauvais qu’un autre que lui osât penser à elle, qu’elle maltraita bien plus le comte de Chabannes en cette occasion, qu’elle n’avait fait la première fois qu’il lui avait parlé de son amour. »

Chabannes quitte le château ; elle le rappelle, par amitié mais aussi par intérêt :

« […] ne pouvant se résoudre à le perdre, non seulement à cause de l’amitié qu’elle avait pour lui, mais aussi par l’intérêt de son amour, pour lequel il lui était tout à fait nécessaire, elle lui manda qu’elle voulait absolument lui parler encore une fois, et, après cela, qu’elle le laissait libre de faire ce qu’il lui plairait. »

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À retenir

La princesse a donc évolué : elle n’accepte plus qu’on s’oppose à son amour et est même devenue calculatrice.

Quand elle accepte de voir Guise la nuit chez elle, à l’insu de son mari, elle a bien conscience que ce qu’elle fait n’est pas vertueux mais, contrairement à son attitude au début de la nouvelle, elle privilégie la passion à la morale. Il est nécessaire pour l’auteur d’inventer un obstacle – l’arrivée intempestive du mari – pour empêcher que l’amour ne soit consommé entre les deux amants.

Malgré la direction morale de Chabannes, la princesse exprime désormais sa liberté sans tenir compte des codes moraux de son époque et de sa classe sociale. Symboliquement, madame de Lafayette choisit de ne pas la laisser devenir mère, ce qui était pourtant alors la fonction première d’une femme mariée : donner au moins un enfant, si possible un fils, à son époux.

Si Bertrand Tavernier restitue dans son film les faits marquants de la vie amoureuse de la princesse, il modifie son caractère en le renforçant.

De la princesse de Montpensier à Marie de Montpensier

Dans son film, Bertrand Tavernier fait de l’héroïne un personnage au caractère affirmé dès le début. Son évolution de l’enfance à l’âge adulte n’est pas visible physiquement puisque c’est la même actrice qui l’incarne du début à la fin sans modification : Mélanie Thierry.

Il lui invente un prénom : Marie. Ce prénom n’est pas celui du personnage historique qui a inspiré le personnage de la princesse ni celui de la nouvelle puisqu’aucun personnage n’y a de prénom, tous sont nommés par leur titre de noblesse. Marie, anagramme du verbe « aimer », a choisi de tout miser sur l’amour ; en cela, c’est une précieuse.

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Définition

Anagramme :

Mot formé avec les mêmes lettres qu’un autre mot placées différemment.

Pour montrer que ses sentiments sont ardents et constants, Tavernier invente, à la fin du film, une confrontation entre la princesse et le duc de Guise qui lui préfère une autre femme : elle y est digne, ne vient pas quémander de l’amour mais veut affronter la vérité. Lui est pitoyable et cherche à justifier son inconstance par des généralités : « le temps passe et avec son passage abolit… » Elle lui coupe la parole et revendique sa différence, fière de ce qu’elle est : « le temps n’a rien aboli chez moi ! ».

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À retenir

Marie est une grande amoureuse qui s’est trompée en choisissant Guise. Le seul amant à sa hauteur était en fait Chabannes. Cependant, elle ne le reconnaît à aucun moment.

Même si, dans le film aussi, elle ne peut résister à la volonté familiale et épouse le prince de Montpensier, Bertrand Tavernier en fait une femme beaucoup plus résolue et forte qu’elle ne l’est dans le récit. Dès le début, elle est sensuelle, laisse Guise s’approcher d’elle et la toucher ; elle a déjà le goût du secret (adossée à un arbre, elle surveille d’éventuels guetteurs).

Elle résiste physiquement à son père qui la maltraite et, pour bien montrer à son mari qu’elle l’a épousé par contrainte, elle lui parle avec une audacieuse insolence : quand, sur le départ pour la guerre, il lui demande de lui écrire une lettre par semaine, elle répond :

« Ce sera la même, chaque semaine ».

  • Elle lui exprime ainsi son manque d’amour et le peu d’intérêt qu’elle a à échanger avec lui.

Son désir d’apprendre à mieux lire et écrire, propre au film et absent dans la nouvelle, montre sa volonté de s’émanciper et de ne pas se limiter à son rôle d’épouse. Elle est curieuse, pose beaucoup de questions à Chabannes qui l’instruit en tout (écriture, latin…)

En revanche, la fin tragique de la nouvelle fait plus ressortir le caractère entier de l’héroïne que le film. La princesse, qui a perdu son honneur, l’amour et une amitié parfaite, en meurt :

« Ce fut le coup mortel pour sa vie : elle ne put résister à la douleur d’avoir perdu l’estime de son mari, le cœur de son amant, et le plus parfait ami qui fut jamais. »

Tavernier, lui, se refuse de faire mourir son héroïne : il ne veut pas porter de jugement moral sur son personnage, contrairement à madame de Lafayette. En cela, il déplace la portée et la signification de l’œuvre.

La princesse et la morale dans la nouvelle et dans le film

La vision de madame de Lafayette

La Princesse de Montpensier illustre le point de vue pessimiste et négatif porté par madame de Lafayette sur la passion amoureuse. La nouvelle a une dimension morale, voire moralisatrice, très forte. Celle-ci apparaît clairement dans la sentence : « L’on est bien faible quand on est amoureux. »

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Définition

Sentence :

Phrase courte énonçant une généralité, une leçon de morale.

Cette généralité sert à expliquer et à commenter l’attitude de Chabannes qui rentre à Champigny dès que la princesse le rappelle alors qu’il s’en était volontairement éloigné parce qu’il souffrait trop. Ce type de sentence ne laisse aucune place à l’exception et révèle la dimension tragique de la passion qui ôte à tout individu la liberté de choisir et d’être maître de lui-même.

La fin de la nouvelle condamne explicitement l’héroïne qui n’a pas été vertueuse jusqu’au bout : s’être abandonnée à l’amour la conduit à une forme de déchéance et à la mort :

« Ce fut le coup mortel pour sa vie : elle ne put résister à la douleur d’avoir perdu l’estime de son mari, le cœur de son amant, et le plus parfait ami qui fut jamais. Elle mourut en peu de jours, dans la fleur de son âge, une des plus belles princesses du monde, et qui aurait été sans doute la plus heureuse, si la vertu et la prudence eussent conduit toutes ses actions. »

Le rappel de la jeunesse de l’héroïne et de sa beauté rendent cette mort encore plus cruelle. Cependant, la dernière phrase interroge le lecteur contemporain : la définition du bonheur comme le respect de la vertu n’est pas satisfaisante.

D’ailleurs, dans La Princesse de Clèves, l’œuvre la plus célèbre de madame de Lafayette, l’héroïne éponyme, qui a sacrifié ses sentiments à la vertu, n’est guère plus préservée : mariée au prince de Clèves mais amoureuse du duc de Nemours auquel elle renonce, elle s’exile à la fin du roman et meurt quelques années plus tard d’une maladie de langueur, c’est-à-dire d’un abattement physique et moral.

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À retenir

Les récits de madame de Lafayette illustrent donc tous cette maxime de La Rochefoucauld, son contemporain et ami : « Qu’une femme est à plaindre quand elle a tout ensemble de l’amour et de la vertu. »

Bertrand Tavernier a un point de vue différent sur la princesse et la signification de son histoire.

La lecture de Bertrand Tavernier

Bertrand Tavernier ne porte pas de jugement moral sur la princesse ; il refuse de la condamner alors même que dans le film, il lui offre une relation charnelle avec Guise. Il voit en elle un personnage moderne : elle est à la fois forte et vulnérable, rebelle et victime, assumant ses choix jusqu’à se mettre en danger. Elle est moins coupable que victime de l’organisation sociale de son temps qui la place devant un dilemme insoluble : l’amour ou la vertu. C’est pourquoi il choisit de la laisser vivre à la fin.

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À retenir

En cela, il infléchit le sens de la nouvelle qu’il adapte et en renforce la dimension « féministe » : il s’agit de montrer le courage de la princesse, sa force de caractère.

Conclusion :

La princesse de Montpensier est donc un personnage qui, malgré les interdits de son époque, ose affirmer sa personnalité et ses sentiments. Le film va au-delà de la nouvelle en renforçant cette dimension du personnage et en supprimant la fin tragique du récit.