Le conte merveilleux

Introduction :

Le conte merveilleux est un sous-genre narratif très ancien. Il s’est d’abord transmis oralement avant d’être retranscrit. Les premiers contes merveilleux écrits datent du XVIe siècle et se répandent réellement aux XVIIe et XVIIIe siècles avec notamment les célèbres œuvres du Français Charles Perrault, des frères Grimm qui étaient allemands ou encore du Danois Hans Christian Andersen.

Ce genre a traversé les siècles et demeure dans la mémoire collective, berçant des générations entières d’enfants. Il est également répandu sur tous les continents puisque chaque pays possède ses contes traditionnels. Modifiés et adaptés par Disney, les contes merveilleux originaux sont souvent plus effrayants et tristes. Nous allons en étudier quelques extraits afin d’en observer les principales caractéristiques.

Nous verrons dans un premier temps que le conte permet de faire appel à notre imagination en nous plongeant dans un univers merveilleux. Puis nous observerons la structure de ce récit destiné à nous divertir. Enfin, nous apprendrons que le conte merveilleux possède également une visée éducative.

Une plongée dans l’imaginaire

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Définition

Conte merveilleux :

Le conte merveilleux est un récit court, imaginaire, qui se déroule dans un monde où l’irréel ne surprend pas les personnages.

Des phénomènes ou personnages irréels, magiques, interviennent alors : fées, lutins, ogres et sirènes peuplent ainsi les contes merveilleux.

Voici l’incipit de La Petite Sirène, un conte danois d’Andersen datant de 1837.

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Définition

Incipit :

Un incipit est le début d’une œuvre narrative.

Vignette de Bertall représentant la petite sirène et le prince, XIX<sup>e</sup> siècle Vignette de Bertall représentant la petite sirène et le prince, XIXe siècle

« Bien loin dans la mer, l’eau est bleue comme les feuilles des bleuets, pure comme le verre le plus transparent, mais si profonde qu’il serait inutile d’y jeter l’ancre et qu’il faudrait y entasser une quantité infinie de tours d’église les unes sur les autres pour mesurer la distance du fond à la surface. C’est là que demeure le peuple de la mer. »

On peut remarquer que le texte est composé d’une première longue phrase, son rythme est lent et régulier. Les virgules et la conjonction de coordination « et » viennent en effet rythmer la phrase destinée à bercer le lecteur et le faire entrer progressivement dans le monde merveilleux du conte.

De plus, on peut constater plusieurs comparaisons, que l’on peut relever grâce à la présence du terme comparatif « comme ». Le « bleu » de la mer est donc comparé aux « feuilles des bleuets » et sa pureté à la transparence du « verre ». Ces comparaisons font appel à l’imagination du lecteur et apportent une touche de poésie au conte. La description de la profondeur des mers donne un sentiment de merveilleux et d’irréel. En effet, même si la profondeur des mers peut quelquefois atteindre des kilomètres, personne ne pourrait empiler une « quantité infinie de tours d’église » pour en mesurer la profondeur. Elle constitue une métaphore de la plongée : à la fois plongée dans la mer et plongée dans le conte (pour le lecteur).

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Définition

Comparaison :

Figure de style qui permet de rapprocher deux éléments à l’aide d’un mot outil de liaison.

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Définition

Métaphore :

C’est figure de style qui est une comparaison imagée sans terme comparatif.

On peut enfin noter l’emploi du présent de l’indicatif. Il est ici employé pour décrire un décor immuable, celui de la mer et des océans.

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Définition

Immuable :

L’adjectif immuable signifie que quelque chose ne change pas et reste toujours pareil.

Voici à présent l’incipit du « Petit Poucet » de Charles Perrault, conte publié dans Les Contes de ma mère l’Oye en 1697.

« Le Petit Poucet », <em>Les Contes de ma mère l’Oye</em>, illustration de Gustave Doré, 1897 « Le Petit Poucet », Les Contes de ma mère l’Oye, illustration de Gustave Doré, 1897

« Il était une fois un bûcheron et une bûcheronne qui avaient sept enfants tous garçons. […] Ils étaient fort pauvres et leurs sept enfants les incommodaient beaucoup, parce qu’aucun d’eux ne pouvait encore gagner sa vie. Ce qui les chagrinaient encore c’est que le plus jeune était fort délicat et ne disait mot : prenant pour bêtise ce qui était une marque de la bonté de son esprit. Il était tout petit, et quand il vint au monde, il n’était guère plus gros que le pouce, ce qui fit qu’on l’appelât le petit poucet. »

Il s’agit d’un incipit traditionnel français, avec la présence de la formule consacrée « il était une fois ». L’aspect merveilleux est présent dès le début, puisqu’il est dit que l’enfant faisait la taille d’un pouce. On peut percevoir dès les premières lignes qu’il s’agit d’un conte cruel qui amène le lecteur à ressentir de la pitié pour les enfants des bûcherons. Les parents ne se comportent pas comme on pourrait l’attendre, ils sont « incommod[és] » et « chagrin[és] » par leurs enfants parce qu’ils coûtent de l’argent. De plus, ils méprisent le dernier, le croyant bête.

L’incipit place donc d’emblée le lecteur dans le vif du sujet. Il s’agit d’un conte merveilleux et cruel mais dans lequel le Petit Poucet va surprendre par son intelligence. L’auteur écrit en effet : « prenant pour bêtise ce qui était une marque de la bonté de son esprit. »

Les héros des contes merveilleux sont en effet souvent rusés, qualité qui leur permet de franchir les obstacles. C’est ainsi que le Petit Poucet parvient à duper l’ogre qui se prépare à les manger lui et ses frères. Grâce à une ruse, il induit l’ogre en erreur : il finit par manger ses propres filles.

Mais l’aspect féerique des contes merveilleux n’est pas la seule caractéristique permettant de définir le conte. Il est issu d’une longue tradition orale et il est donc fait pour être « conté ».

Un récit oral divertissant

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À retenir

Le conte merveilleux est donc un récit que l’on raconte.

Les Mille et Une Nuits est un recueil de contes persans et indiens qui illustre bien cette tradition de l’oralité. Rédigé en langue arabe, il a subi de nombreuses modifications du VIIIe siècle au XIXe siècle. Un récit-cadre rapporte l’histoire d’un roi cruel qui tue ses épouses après n’avoir passé qu’une seule nuit avec elles.

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Définition

Récit-cadre :

Un récit-cadre est un récit dans lequel viennent s’insérer d’autres histoires.

Illustration des Mille et Une nuits, Sani ol-Molk, 1853 Illustration des Mille et Une nuits, Sani ol-Molk, 1853

Lorsque Shéhérazade devient à son tour la femme du roi, elle sait qu’une menace de mort pèse sur elle. Elle entreprend donc de raconter des histoires au roi et s’arrête sur un moment clé, une fois le jour levé. Le roi, impatient d’entendre la suite du récit, n’exécute pas Shéhérazade qui est alors épargnée jusqu’au jour suivant. Elle raconte ainsi des histoires durant de nombreuse nuits pour rester en vie.

Le « Premier voyage de Sindbad » est l’une de ces histoires. Sindbad le marin y raconte le récit de ses aventures à un livreur qu’il rencontre. Il s’agit d’un récit enchâssé, c’est-à-dire que les histoires sont imbriquées les unes dans les autres. C’est ce que l’on appelle une mise en abîme (ou mise en abyme), une histoire à l’intérieur de l’histoire. En effet, Shéhérazade raconte l’histoire de Sindbad et son personnage, à son tour, raconte son histoire.

En voici un extrait :

« “Le capitaine fit plier les voiles et permit de prendre terre aux personnes de l’équipage qui voulurent y descendre. Je fus du nombre de ceux qui y débarquèrent. Mais dans le temps que nous nous divertissions à boire et à manger, et à nous délasser de la fatigue de la mer, l’île trembla tout à coup, et nous donna une rude secousse…”
À ces mots, Shéhérazade s’arrêta, parce que le jour commençait à paraître. »

Les temps du récit classiques peuvent être relevés dans cet extrait au passé. On trouve en effet de l’imparfait de l’indicatif qui sert de toile de fond ou de décor, avec « divertissions » et « commençait » ; mais aussi des verbes au passé simple de l’indicatif comme « fit », « permit », « voulurent », « fus », « débarquèrent », « trembla », et « donna » destinés à exprimer des faits passés qui font avancer l’action.

  • L’adverbe de temps « tout à coup » introduit l’élément perturbateur.
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Définition

Élément perturbateur :

C’est un événement qui intervient au début du récit, c’est le moment où quelque chose vient interrompre le cours normal de la vie du héros.

Shéhérazade arrête son histoire avant la fin, la dernière phrase se termine même par des points de suspension. Le fait que la narratrice s’interrompe à ce stade du récit n’est pas anodin. En effet, cela permet de ménager un effet de suspense. Ainsi le roi, impatient de connaître la suite, épargne la vie de sa femme jusqu’au lendemain.

Si le conte merveilleux est divertissant pour le roi autant que pour le lecteur, il est également un formidable support éducatif. Par exemple, les contes des Mille et Une Nuits étaient destinés à l’éducation des jeunes princes.

La portée didactique du conte

Les contes merveilleux proposent souvent une morale implicite ou explicite, elle peut être précédée de la mention « moralité ».

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Définition

Implicite :

Ce qui est implicite est sous-entendu, donc pas écrit ou dit clairement.

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Définition

Explicite :

Ce qui est explicite est énoncé clairement.

Voici celle qui clôt « Le Petit Poucet » :

« On ne s’afflige1 point d’avoir beaucoup d’enfants,
Quand ils sont tous beaux, bien faits et bien grands,
Et d’un extérieur qui brille ;
Mais si l’un d’eux est faible ou ne dit mot,
On le méprise, on le raille2, on le pille3 ;
Quelquefois cependant c’est ce petit marmot4__
Qui fera le bonheur de toute la famille. »

1 S’affliger signifie être peiné de quelque chose.
2 Railler désigne le fait de se moquer.
3 Piller signifie voler.
4 Un marmot est un enfant.

Cette moralité tranche avec le reste du conte, puisqu’elle est écrite en vers qui riment. Elle a donc une dimension poétique. Elle est ainsi mise en valeur et cela lui permet d’être facilement retenue. On peut constater en outre un changement dans le temps de la narration, qui permet de voir qu’on ne se situe plus dans la narration pure. Perrault emploi ici en effet le présent de vérité générale pour énoncer sa morale.

  • Elle a une portée didactique.
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Définition

Présent de vérité générale :

C’est une des valeurs du présent. Ce n’est pas un temps de la conjugaison. Cela veut simplement dire que ce présent est utilisé pour parler de quelque chose qui est tout le temps vrai, à toutes les époques, dans toutes les circonstances, comme la morale.

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Définition

Didactique :

Le terme didactique signifie que l’on nous enseigne quelque chose.

Ce conte vise donc à éduquer les enfants mais aussi les adultes puisque les bûcherons qui commettent les erreurs dans le conte sont des adultes. Les parents qui lisent l’histoire peuvent alors s’identifier aux bûcherons et l’enfant peut s’identifier au Petit Poucet.

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Définition

Identification :

Le fait de s’identifier à un personnage signifie que le lecteur se met dans la peau du héros, il se met à sa place.

Conclusion :

Le conte merveilleux est donc un genre narratif ancien qui est fait pour être raconté. Il emmène le lecteur dans un monde imaginaire, féerique, où le héros, après avoir franchi des obstacles et éprouvé des émotions fortes, sort grandi.

Finalement, le conte merveilleux n’est pas un genre uniquement destiné aux enfants : sa portée didactique touche également les adultes qui peuvent en tirer des enseignements.