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Le journalisme à travers les romans et les films du XIXe siècle à nos jours

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Introduction :

Des journaux vendus dans la rue à la criée au XIXe siècle, le journalisme passe au XXIe siècle à une tout autre ère. Il s’est en effet métamorphosé depuis le XIXe siècle et s’est étendu à d’autres domaines que la presse écrite. Au cours de ce siècle, le nombre de lecteurs de journaux augmente considérablement et l’importance du journalisme ne cesse de croître.

Ce dernier a d’ailleurs beaucoup inspiré les œuvres romanesques et cinématographiques. Nous allons donc nous intéresser dans ce cours à la manière dont est perçu le journalisme à travers différentes œuvres cinématographiques et romanesques.

Dans un premier temps, nous verrons que le journalisme peut être représenté de manière péjorative dans la littérature et le cinéma. Puis, nous nous intéresserons à l’aspect positif de la figure du journaliste. Enfin, nous observerons comment les dérives des médias peuvent être révélées à travers le cinéma.

Le journalisme : « la grande plaie de ce siècle » (Les Illusions perdues)

Oisiveté et bas instincts

Dans le roman Bel-Ami de Guy de Maupassant paru en 1885 et les Illusions perdues de Balzac paru en 1837, le journalisme apparaît de façon peu flatteuse.

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À retenir

Dans les deux romans, il est présenté comme un monde facile à intégrer.

Pour le personnage principal de Bel-Ami, Georges Duroy, le métier de journaliste est une affaire de circonstances. Il rencontre en effet un ancien camarade qui a réussi dans le milieu et qui lui propose de l’y introduire, malgré son inexpérience totale.

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À retenir

Le métier ne semble pas pris au sérieux, il n’est pas représenté comme une vocation.

Dans les Illusions perdues, Balzac montre comment Lucien de Rubempré, un jeune homme beau et plein d’ambitions littéraires, échoue. Le titre fait référence aux illusions perdues de Lucien quant à sa gloire littéraire fantasmée. Ce dernier utilise sa beauté, comme Georges Duroy, pour réussir, mais il échoue dans sa vie d’écrivain et se tourne vers le journalisme par dépit.

Balzac et Maupassant, ayant été eux-mêmes journalistes, connaissent les travers de ce domaine. Ils en font une satire dans leur roman, critiquant de façon moqueuse le milieu. Ainsi Georges Duroy entre dans « ce milieu de frivolité, de suffisance et d’oisiveté » qu’est le journalisme.

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Définition

Satire :

C’est une œuvre critique, qui se moque d’un sujet pour provoquer le lecteur, pour le faire réfléchir et réagir.

Lorsque Georges Duroy arrive à La Vie Française, journal où travaille son ami Forestier, il découvre que les journalistes et leur directeur se livrent à des parties de bilboquet et des parties d’écarté (jeu de carte). La mise en scène en « impose aux visiteurs ». C’est de la poudre aux yeux. Il apprend alors que les journalistes maîtrisent l’art de recycler leurs articles. Le plus doué est Saint-Potin, qui a l’art de présenter toujours les mêmes papiers sous des titres différents.

Voici un extrait de Bel-Ami décrivant ce que sont les « échos », rubrique essentielle du journal :

« C’est par eux qu’on lance les nouvelles, qu’on fait courir les bruits, qu’on agit sur le public et sur la rente. Entre deux soirées mondaines il faut savoir glisser, sans avoir l’air de rien, la chose importante, plutôt insinuée que dite. Il faut, par des sous-entendus, laisser deviner ce qu’on veut, démentir de telle sorte que la rumeur s’affirme, ou affirmer de telle manière que personne ne croie au fait annoncé. Il faut que, dans les échos, chacun trouve chaque jour une ligne au moins qui l’intéresse, afin que tout le monde les lise. Il faut penser à tout et à tous, à tous les mondes, à toutes les professions, à Paris et à la Province, à l’Armée et aux Peintres, au Clergé et à l’Université, aux Magistrats et aux Courtisanes.

L’homme qui les dirige et qui commande au bataillon des reporters doit être toujours en éveil, et toujours en garde, méfiant, prévoyant, rusé, alerte et souple, armé de toutes les astuces et doué d’un flair infaillible pour découvrir la nouvelle fausse du premier coup d’œil, pour juger ce qui est bon à dire et bon à celer, pour deviner ce qui portera sur le public ; et il doit savoir le présenter de telle façon que l’effet en soit multiplié. »

Duroy devient chef des « échos ». Pourtant, il ne s’agit pas de journalisme, mais de manipulation à grande échelle.

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À retenir

Cela montre une image du journaliste menteur et créateur de « scoop ». Maupassant montre ici que dans la supercherie réside un art : celui de tromper et de faire illusion du vrai.

La création du faux est en somme un art. L’anaphore de « il faut » souligne l’étendue des capacités du journaliste dans la manipulation :

« Il faut savoir glisser », « il faut […] laisser deviner », « il faut penser à tout et à tous ».

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Définition

Anaphore :

Figure de style qui consiste à répéter un même terme en tête de phrase.

L’énumération est également le moyen de mettre en exergue les talents du chef des « échos ». Par exemple, lorsque le narrateur énumère toutes les personnes à qui le journaliste doit penser, il crée un effet de liste :

« Il faut penser à tout et à tous, à tous les mondes, à toutes les professions, à Paris et à la Province, à l’Armée et aux Peintres, au Clergé et à l’Université, aux Magistrats et aux Courtisanes. »

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Définition

Énumération :

Figure de style consistant à énoncer diverses parties d’un tout, comme une liste.

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À retenir

Le journalisme dans Bel-Ami n’est donc que duperie et mascarade.

À cela s’ajoute la tricherie qui intervient lorsque Duroy doit écrire ses premiers articles. Mme Forestier est censée lui apprendre le métier et lui donner quelques conseils. Au lieu de cela, elle devient sa maîtresse et lui dicte finalement ses articles.

  • Le succès de Duroy est fondé sur une escroquerie. Sans Madeleine Forestier, il ne parvient pas écrire.

Même le personnage de Forestier ne doit son succès qu’à sa femme, car c’est elle qui possède le talent d’écriture. Il n’est lui aussi qu’un imposteur. Mais George Duroy est parfaitement à sa place dans un milieu qui est vidé de son sens.

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À retenir

Le journalisme ne reflète pas la réalité, il la crée de toutes pièces. Le métier ne semble alors exercé que pour assouvir la soif d’argent et de gloire.

Le rédacteur en chef de La Vie française en est l’incarnation, car Walter est plus un homme d’affaires qu’un directeur de journal. En effet, « son journal n’a été fondé que pour soutenir ses opérations de bourse et ses entreprises de toute sorte ». Il ne pense qu’au profit.

Lucien, dans les Illusions perdues, connait également le succès dans le journalisme. Cet univers est présenté comme corrompu. Il passe ensuite d’un journal libéral à un journal royaliste, oubliant ses principes. Cela passe pour un pacte avec le diable aux yeux de ses proches car il se compromet. Il renonce en effet à beaucoup, en l’occurrence ses convictions, afin d’obtenir le bénéfice immédiat de l’argent et de la notoriété.

  • Par leur grande influence, la presse et les médias peuvent être une force inquiétante.

La presse : une force inquiétante

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À retenir

La presse peut devenir toute-puissante lorsqu’elle se fait complice voire instrument de la politique.

Dans le film de Costa-Gavras, L’Aveu, sorti en 1970, le journalisme est au service de la dictature. C’est un instrument puissant de propagande mais aussi un outil de démolition des opposants au régime.

Le film d’André Cayatte, Mourir d’aimer (1971), présente également les médias comme une machine infernale. Le film se déroule dans le contexte de mai 1968, dans lequel une enseignante tombe amoureuse de son élève de 15 ans. La presse s’empare alors de l’affaire, poussant l’enseignante au suicide.

La force de la presse est également mise en avant, dans Bel-Ami, à travers le personnage de Walter et sa réussite. Celui-ci concentre tous les pouvoirs entre ses mains, ce qui en fait quelqu’un de dangereux et de craint. Maupassant écrit d’ailleurs à propos de La Vie Française qu’elle avait « ses attaches connues avec le Pouvoir […]. On la citait, on la redoutait ».

Toutefois, au XXe et au XXIe siècles la représentation du métier de journaliste prend une toute autre forme. Il apparaît désormais principalement de façon positive, notamment au cinéma.

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À retenir

Le journalisme a alors pour fonction de refléter la société de son époque.

Le journalisme comme miroir de la société

Dans sa volonté de rendre compte du réel, le journaliste est avant tout un rapporteur.

Le rapporteur

En effet, le journaliste informe le monde des faits marquants.

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À retenir

Il est sur tous les fronts et cherche à rendre compte du réel à tout prix.

Le grand reporter, par exemple, informe et montre la réalité qui est parfois loin du lecteur.

Le métier de reporter de guerre est évoqué dans le film Harrison’s Flowers d’Elie Chouraqui en 2000. Le journalisme est ici une véritable vocation. Dans ce film, l’actrice Andie MacDowell incarne l’épouse d’un reporter photographe. Celui-ci part couvrir le conflit en Yougoslavie mais ne revient pas. Elle refuse de croire à sa mort et part le chercher sur place. Elle est accompagnée de trois photographes.

Le film montre les dangers du métier de correspondant de guerre et les difficultés de celui-ci. Elie Chouraqui s’est inspiré de l’expérience de la journaliste et photographe Isabel Ellsen. Celle-ci a raconté son expérience dans Le diable a l’avantage.

Le journaliste rend compte du réel mais peut également révéler des faits ou des événements qui nous échappent. Il a alors une fonction essentielle et bienfaitrice pour la société.

Le révélateur

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À retenir

Le journaliste a quelquefois pour fonction de lever le voile. Il tente de montrer la vérité au moyen d’investigations et témoigne d’une quête de justice.

On retrouve cet aspect dans Millenium de Stieg Larsson, paru en 2005. Le journaliste Mickael Blomkvist est engagé par le riche industriel Henrik Vanger afin d’élucider le mystère de la disparition de sa nièce, quarante-quatre ans auparavant. Le personnage principal remplit alors également la fonction d’enquêteur.

Le journaliste enquêteur est souvent aventureux et déterre de grosses affaires. Il s’agit d’un journalisme d’investigation qui fait même quelquefois le travail de la police. Le journaliste peut avoir alors des airs de justicier.

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Définition

Journalisme d’investigation :

Le journalisme d’investigation consiste à effectuer un travail de recherche approfondi sur un sujet au moyen de documents mais aussi en rencontrant différentes sources d’information et en recoupant les témoignages.

Dans Jeux de pouvoir, un film réalisé par Kevin Macdonald en 2009, le héros Cal McAffrey est chargé par sa rédactrice en chef d’enquêter sur un meurtre sur fond d’enjeux politiques. Ce journaliste chevronné et opiniâtre va mettre en lumière un vaste complot politique et financier. Les personnages de journalistes d’investigations comme Cal McAffrey sont entièrement dévoués à leur métier, oubliant la sphère privée ou la délaissant complètement.

  • Ils ne vivent que pour leur travail.
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À retenir

Le journaliste, dans sa quête de vérité, peut être amené à révéler de véritables scandales et ainsi les dénoncer.

On peut prendre en exemple le film Spotlight, réalisé par Tom McCarthy en 2015. Ce film raconte les investigations d’une équipe du Boston Globe, appelée « Spotlight ». Cette équipe dévoile au grand jour un scandale impliquant des prêtres pédophiles. Les crimes ont été couverts par l’Église catholique de Boston. Le film est basé sur des faits réels, l’équipe Spotlight ayant obtenu le prix Pulitzer en 2003 pour son travail.

Dans Good night, and good luck. de George Clooney, sorti en 2006, il s’agit cette fois de la branche journalistique télévisuelle qui est au centre de l’action. Le réalisateur raconte l’histoire vraie d’Edward R. Murrow, présentateur du journal télévisé de CBS dans les années 1950. Ce journaliste courageux lutta dans son émission d’actualité See it now pour évincer le sénateur McCarthy qui menait une véritable chasse aux sorcières contre les communistes.

Si le journalisme est majoritairement représenté dans le cinéma de façon positive, les dérives des médias peuvent également être épinglées.

Les dérives de l’appareil médiatique

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À retenir

Certains films dénoncent l’appareil médiatique.

En 2014, le film de Dan Gilroy, Night Call critique le journalisme de « spectacle » aux États-Unis.

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À retenir

Le journalisme devient alors un business, une course à l’audience et donc à l’argent.

Jake Gyllenhaal y incarne un psychopathe, Dan Gilroy, en quête d’identité. Asocial, Il ne sait pas quoi faire de sa vie. Au hasard d’une rencontre, il décide de se tourner vers la chasse à la photo choc. Il s’agit de se rendre sur les lieux d’accidents ou de crimes et de faire les meilleures vidéos pour ensuite aller les vendre aux chaînes d’informations télévisées. Le personnage principal commence par attendre avec impatience les accidents, les fusillades et les meurtres. Il va ensuite jusqu’à créer un accident pour se débarrasser de son rival et truque une scène de meurtre pour avoir une meilleure prise de vue. Enfin, il provoque une fusillade entre gangsters et policiers.

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À retenir

Le journaliste n’est alors plus témoin discret mais acteur et même criminel.

Cette forme de journalisme où le détachement envers les victimes est total est beaucoup critiquée.

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À retenir

La figure du psychopathe joué par Jake Gyllenhaal représente l’esprit journalistique des chaînes d’information en continu aux États-Unis. L’obsession de l’audience et l’appât du gain mènent à un manque d’empathie pathologique.

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Définition

Empathie :

L’empathie est une faculté qui permet de se mettre à la place d’autrui, de percevoir ce qu’une personne ressent.

Cette absence d’empathie conduit à des aberrations comme de souhaiter une catastrophe pour avoir des images choc ou de se réjouir à la vision d’une scène de meurtre.

Dans No man’s land de Danis Tanovic sorti en 2001, les médias télévisés sont également critiqués. Dans le cadre du conflit bosniaque, un serbe et un bosniaque se trouvent pris au pris au piège ensemble dans une tranchée entre les lignes ennemies. Les médias s’emparent de l’affaire et font de cette situation un symbole du conflit. Ils lisent ainsi l’histoire de manière biaisée et faussent les perspectives. La surmédiatisation est ridicule et tourne au cirque médiatique. Le film dénonce la traque du scoop et finalement le manque de réel intérêt des médias pour le conflit bosniaque.

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Définition

Surmédiatisation :

La surmédiatisation est l’exposition médiatique à outrance.

Conclusion :

Le journalisme a beaucoup inspiré le cinéma et la littérature. À ses débuts, il est perçu par Balzac et Maupassant comme une sous-littérature et un métier où nombre d’opportunistes et de malhonnêtes se font une place.

Le XXe siècle fait ensuite de la figure du journaliste un héros solitaire aventurier ou justicier, qui ne recule devant rien afin de faire éclater la vérité. Il montre le réel et n’hésite pas à le remettre en question ou à en dévoiler les aspects les plus secrets et sombres.

Toutefois, le journalisme connaît des dérives et doit sans cesse se recentrer sur ses valeurs. Le cinéma dénonce ses travers égotiques (égocentriques) comme la course à l’audience et le show médiatique qui tourne alors le métier de journaliste en ridicule.