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Le Malade imaginaire, entre raison et déraison

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Nous allons voir comment la pièce de Molière pousse l’hypocondrie et la complexité des relations familiales jusqu’aux frontières de la folie.

  • La construction de la pièce oppose des personnages imparfaits et dissimulateurs à une mise en scène éclatante et ambitieuse.
  • Le conflit apparaît comme la ressource comique majeure pour faire progresser l’action.
  • L’art théâtral apparaît comme ce qu’il y a de plus vrai ; et, en dernière instance, comme le plus efficace de tous les remèdes.

La comédie-ballet comme spectacle total

  • Le Malade imaginaire présente des personnages obsessionnels (cf. Argan, Angélique, Béline, Diafoirus).
  • Pourtant, la mise en scène est plus ouverte que les personnages et propose une multitude de modes de représentation.
  • Le Malade imaginaire est une pièce chorale où se rencontrent le chant, la danse, la musique et la pantomime dans ce qu’on nomme une « comédie-ballet ».
  • Les différents intermèdes inscrivent tour à tour la pièce dans la lignée de la commedia dell’arte (premier intermède) ou de l’orientalisme (deuxième intermède), très en vogue à cette époque.
  • De cette façon, Molière touche un large public et crée un spectacle à la fois agréable à regarder et divertissant.
  • Les intermèdes consacrés au ballet sont des moments à part entière de la représentation, et peuvent ouvrir l’intrigue à différentes interprétations, selon les propositions des metteurs en scène.
  • Si Molière cherche à construire un spectacle aussi grandiose, c’est en grande partie parce qu’il le destine à être joué devant le roi Louis XIV.
  • Mais surtout parce que ce caractère spectaculaire vient en équilibre du sujet de la pièce : la maladie.
  • Bien que les personnages soient défaitistes et souvent malheureux, le spectacle de la mort est mis en scène d’une manière joyeuse. De cette façon, Molière suggère qu’il est vain d’avoir des idées noires.

Le conflit, ressort de la comédie

  • Au milieu des personnages renfermés sur eux-mêmes et leurs propres préoccupations, deux personnages se chargent de faire avance l’intrigue : Béralde et, surtout, Toinette.
  • Les tromperies de la servante s’appuient sur ce qui préoccupe le plus une famille bourgeoise du XVIIe siècle comme celle d’Argan : la question pécuniaire et celle des liens familiaux.
  • En provoquant le conflit, elle va contribuer à élever le rire au même niveau d’importance que la pseudo-maladie d’Argan.
  • La question de l’argent est récurrente (scène d’exposition, mariage d’intérêt, convoitise d’héritage, etc.)
  • La vénalité (et la petite bourgeoisie) est finalement le constant objet de la satire puisqu’elle apparaît en filigrane de toutes les autres questions : celle de la maladie, celle du mariage, celle de la mort.
  • Focalisés sur des questions d’argent, d’amour ou de maladie, les personnages en viennent à ne plus parvenir à communiquer.
  • Cette communication impossible est une des formes de la déraison dans Le Malade imaginaire.
  • Le procédé qui l’illustre le mieux est le quiproquo.
  • Cette surenchère dans la méprise est un moteur efficace pour le rire et pour la conflictualité entre les personnages.
  • La remise au clair qui en découle est en général un bon moyen pour les adjuvants de connaître les intentions des opposants.
  • Toinette dénoue en général les quiproquos. Elle agit comme unr démystificatrice, cherchant à faire triompher la raison sur la déraison.

Quand la déraison devient raison

  • Le paradoxe de la pièce réside dans le fait que c’est en poussant la déraison à son paroxysme que la raison pourra l’emporter.
  • C’est celui qui devait échouer parce qu’il était un père abusif (Argan) qui triomphe en devenant médecin.
  • Le ridicule et l’omniprésence du faux et de la contrefaçon dans chaque scène servent à faire l’éloge de la comédie.
  • Toinette et Béralde opposent sans cesse le bon sens au ridicule mais, s’ils font triompher la vérité, ils ne le font que de biais, car ils doivent composer avec les pédants que sont les médecins.
  • La plupart des médecins dans Le Malade imaginaire sont des médecins déguisés. Ils s’opposent aux vrais médecins qui ne sont pas affublés d’un drôle d’accoutrement.
  • Molière transmet de cette façon son scepticisme à l’égard de cette profession.
  • La cérémonie qui clôt la pièce ne sert pas seulement à se moquer d’un personnage trop crédule. Comme le dit Béralde dans une de ses répliques, c’est aussi un moyen de rendre hommage à la fantaisie et à l’imagination.
  • Caricaturer le savoir et remettre en cause le statut de la vérité permet à Molière d’atteindre trois objectifs :
  • un objectif comique ;
  • un objectif intellectuel ;
  • un objectif théâtral.
  • La parodie et les jeux de masques sont des moyens d’opposer la comédie à la triste avancée de la mort. Le Malade imaginaire propose d’introduire du théâtre dans le théâtre (mise en abyme).
  • Derrière l’illusion théâtrale et le jeu, se cache toujours quelque chose de vrai et de juste chez les hommes ; c’est en tout cas toute l’ambition des pièces de Molière que de le révéler.