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Le monde rural

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Introduction :

En France, à l’époque moderne, le monde rural reste prépondérant : 85 % des habitants du royaume vivent à la campagne à la fin du XVIe siècle. Mais ce monde est à la fois très divers sur le plan social et en sensible évolution au cours des XVIIe et XVIIIe siècles. Il s’agit donc dans ce cours de voir quelles sont les permanences et les évolutions que connaît le monde rural à l’époque moderne. Nous étudierons tout d’abord l’organisation de la société d’Ancien Régime et la place qu’y occupe le monde rural. Nous nous intéresserons ensuite à la condition paysanne difficile et cause de troubles fréquents avant d’aborder enfin les lentes transformations que connaît la société rurale au cours des XVIIe et des XVIIIe siècles.

Une société très inégalitaire

Les trois ordres de la société

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À retenir

La société d’Ancien Régime est divisée en trois ordres d’importance numérique et de dignité sociale très inégales : le clergé, la noblesse et le tiers état.

Cette division est un héritage de la société féodale du Moyen Âge où l’Église attribuait à chacun son rôle : le clergé devait assurer le salut des hommes après la mort, la noblesse avait pour charge de défendre le royaume par les armes et le tiers état le rôle de produire les richesses destinées à nourrir la société.

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À retenir

Au XVIIIe siècle, le clergé et la noblesse représentent environ 3 % de la population tandis que le tiers état regroupe environ 97 % des habitants du royaume de France. La plupart des impôts repose sur le tiers état afin d’entretenir les deux autres ordres, qui sont ainsi privilégiés.

Un monde rural très contrasté

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À retenir

Tout au long de l’époque moderne, les campagnes abritent une proportion écrasante des habitants du royaume : les ruraux constituent encore 80 % de la population française à la fin du XVIIIe siècle. Mais le monde rural est marqué par de très fortes disparités de condition.

La noblesse et le clergé détiennent encore une grande partie de la terre. Les paysans restent donc largement encadrés par un seigneur, membre de la noblesse ou du clergé (abbé, évêque). Celui-ci garde une partie des terres et concède le reste à des paysans. Ces derniers connaissent des situations sociales contrastées entre journaliers pauvres, tenanciers, petits propriétaires ou gros laboureurs. Dans les villages, on trouve aussi des artisans et commerçants dont les activités sont étroitement liées au travail des paysans.

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Définition

Journalier :

Ouvrier agricole payé à la journée de travail.

Laboureur :

Paysan riche possédant son matériel (charrue), animaux de trait (chevaux, bœufs).

Tenanciers :

Paysan libre travaillant sur une terre seigneuriale.

Très diverse, la société rurale est aussi une société traversée par de nombreuses inquiétudes et tensions.

Une paysannerie sous tension

Un monde paysan soumis aux aléas climatiques

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À retenir

Les paysans pratiquent une agriculture largement rudimentaire, appuyée sur des moyens techniques peu productifs.

Les paysans travaillent surtout à la force des mains et utilisent encore de nombreux outils en bois. Cette faible productivité soumet les paysans de l’époque moderne à une très forte dépendance aux aléas climatiques. Un printemps trop pluvieux ou un hiver trop froid entraînent des récoltes insuffisantes pour nourrir l’ensemble de la population. Les famines et disettes sont ainsi encore très fréquentes, comme celles de 1693-1694 et de 1709 où les hivers particulièrement froids entraînent de très mauvaises récoltes et une forte surmortalité. Les mauvaises conditions climatiques sont aussi responsables de la montée du prix du grain et du pain qui devient trop cher pour les populations modestes.

Une paysannerie assommée par la fiscalité et les droits féodaux

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À retenir

À l’époque moderne, les paysans sont soumis à une fiscalité très lourde.

Ils payent tout d’abord la dîme, l’impôt dû à l’Église. Ils sont également frappés par les impôts que les rois augmentent ou créent pour financer les guerres. Ils ont à payer les impôts directs, principalement la taille royale, à laquelle s’ajoutent au cours du temps la capitation et le vingtième.

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Rappel

La taille royale est un impôt devenu annuel et permanent pendant la Guerre de Cent Ans et frappant chaque foyer tandis que la capitation (créée en 1695) est un impôt nominatif en fonction du niveau de revenu. Le vingtième (créé en 1749), impose les revenus annuels.

Les paysans doivent également acquitter des impôts indirects comme la gabelle ou les aides.

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Définition

Gabelle :

Impôt royal indirect sur la consommation du sel (indispensable à la conservation des aliments à cette époque).

Aides :

Impôts royaux indirects perçus sur la consommation de certaines marchandises, notamment les boissons.

Par ailleurs, les droits seigneuriaux (ou droits féodaux) continuent de peser sur les paysans. Originaires de la société féodale du Moyen Âge, ils se sont pour la plupart maintenus à l’époque moderne. Les paysans doivent payer au seigneur des droits d’usage, les banalités, pour utiliser le four ou le moulin de la seigneurie. Les paysans tenanciers doivent payer le cens (redevance fixe due au seigneur qui possède la terre). Ceux qui louent leur terre payent un loyer en argent (le fermage) ou en nature (le métayage).

IMG01 : Famille de paysans dans un intérieur, Antoine ou Louis Le Nain, vers 1642

Un monde paysan secoué par de fréquentes révoltes

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À retenir

La condition difficile des paysans entraîne de nombreuses révoltes lors des crises de subsistance, lorsque le prix du blé augmente ou quand l’État cherche à augmenter la pression fiscale.

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Définition

Crise de subsistance :

Crise dont l’origine repose sur le manque de nourriture disponible ou les prix trop élevés des produits agricoles.

Les émeutes de subsistance sont particulièrement nombreuses au XVIIe siècle, comme celle des Croquants du Périgord (1635-1637) ou celle des Nu-pieds (1639-1643) de Normandie. Cette dernière est déclenchée par une rumeur évoquant l’instauration de la gabelle dans cette province jusque-là exemptée de cette taxe.
Les « Nu-Pieds », surnom donné aux sauniers (paysans qui ramassaient le sel dans les marais salants), se soulèvent alors et assassinent deux officiers du roi. L’agitation gagne ensuite toute la Basse Normandie et une armée de plus de 20 000 hommes s’organise dans les campagnes, composée de paysans, de prêtres de paroisse et de petits nobles, avec pour chef un certain Jean Va-Nu-Pieds. L’agitation gagne ensuite Rouen, Caen et Bayeux, les meurtres de représentants du pouvoir central et des actes de pillage se multiplient. Louis XIII et Richelieu décident alors de réprimer la révolte de façon exemplaire afin de dissuader toute récidive. Entre 1639 et 1641, les troupes royales, dirigées par le chancelier Séguier massacrent les rebelles et pillent les villes soulevées. Les survivants arrêtés sont sommairement jugés, exécutés ou condamnés aux galères. De nombreuses villes sont privées de leurs droits et privilèges.

IMG02 : Gravure de Jacques Callot, in Les Grandes Misères de la Guerre, 1633

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À retenir

Ces révoltes fréquentes ne constituent pas une contestation des fondements de la société d’Ancien Régime ni de l’ordre politique mais le plus souvent une réaction ponctuelle contre le poids des impôts ou la hausse des prix du pain et des biens de consommation courante.

Néanmoins, le monde rural connaît de lentes améliorations au cours du XVIIIe siècle.

Une société qui se transforme peu à peu

Un contexte plus favorable aux paysans au XVIIIe siècle

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À retenir

Au cours du XVIIIe siècle, le contexte est plus favorable aux campagnes : le climat devient un peu moins rude et les récoltes se font plus abondantes.

Invasions et pillages sont également moins fréquents, perturbant moins les activités agricoles et l’approvisionnement en blé. Enfin, l’État améliore les capacités de circulation et de stockage du blé, favorisant ainsi les secours apportés aux régions en situation critique. Ainsi, même si les disettes restent récurrentes, la France ne connaît plus de grande famine après 1709.

La modernisation technique de l’agriculture au XVIIIe siècle

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À retenir

On assiste aussi au XVIIIe siècle à une amélioration des pratiques agricoles.

IMG03 : Travaux et outils agricoles au XVIIIe siècle, extrait d’une planche de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, volume 1, 1762

Encouragée par les physiocrates, l’agronomie (connaissances scientifiques et techniques qui concernent l’agriculture) progresse, entraînant une meilleure utilisation des sols et une amélioration de l’outillage, notamment avec une plus grande utilisation du fer.

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Rappel

Les physiocrates affirment que l’État n’a pas à intervenir dans la sphère économique. Il faut respecter le droit à la propriété, la liberté de commerce et de l’industrie, faire baisser les impôts, réformer le système fiscal, favoriser le développement de l’agriculture. On peut dire qu’ils sont l’équivalent de l’époque des libéraux aujourd’hui.

Ainsi, les rendements connaissent une forte hausse (environ 33 % en moyenne entre le début et la fin du XVIIIe siècle). Les surfaces cultivées augmentent et de nouvelles cultures se développent comme la pomme de terre ou les légumineuses destinées à nourrir le bétail. La population française, mieux nourrie, passe alors de 22 millions en 1700 à 28 en 1790. Cette croissance démographique augmente aussi la main d’œuvre rurale.

Des inégalités croissantes et la résurgence des émeutes à la fin du XVIIIe siècle

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À retenir

Cependant, les inégalités se creusent peu à peu dans le monde paysan.

Les riches laboureurs, comme ceux du Bassin parisien, profitent de l’expansion économique et commerciale et dirigent désormais des exploitations de plusieurs centaines d’hectares, qu’ils louent en échange d’un fermage. Ils ont pu devenir propriétaires de leur matériel et s’enrichissent considérablement des profits qu’ils tirent de la terre qu’ils exploitent. Mais la grande majorité des paysans connait toujours des conditions difficiles et peine à survivre : petits propriétaires, métayers, ouvriers agricoles. Ceux-là partent parfois travailler en ville une partie de l’année ou encore définitivement.

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À retenir

L’essor du commerce et sa libéralisation obtenue par les physiocrates entraîne aussi le retour des émeutes de subsistance à la fin du XVIIIe siècle comme celles de la Guerre des farines en 1775.

Celle-ci est déclenchée par la hausse des prix des céréales liée aux mauvaises récoltes des étés précédents. De plus, avec la libéralisation du commerce du blé décrétée par le ministre Turgot en 1774, le blé qui est produit en abondance dans une région peut désormais être librement vendu par les marchands. Et il peut être vendu plus cher, dans une autre région touchée par la pénurie. La police des grains royale, elle, n’est plus autorisée à intervenir sur le marché du blé pour contrôler la qualité, réguler les prix ou forcer les marchands à vendre leur stock. Cette libéralisation favorise ainsi la spéculation, qui provoque en 1775 des hausses de prix importantes. La disette touche alors davantage de gens et partout sur le territoire.
Les populations modestes, en colère contre les « les accapareurs », s’en prennent alors aux gros fermiers, aux entrepôts et aux boulangeries des villes.

Le pouvoir royal met fin aux émeutes par la répression mais aussi en obligeant les propriétaires de blé à vendre leur stock à un prix imposé. Puis il met fin, provisoirement, à l’édit sur la liberté du commerce des grains.

Conclusion :

Ainsi, à l’époque moderne, le monde rural reste marqué par les inégalités juridiques et sociales de la société d’ordre où le poids des impôts pèse surtout sur les paysans et par une vie paysanne très précaire, régulièrement frappée par les disettes ou la famine. C’est aussi un monde fréquemment troublé par des révoltes contre la vie chère ou la fiscalité. Si de lents progrès apparaissent au XVIIIe siècle, grâce à une amélioration des pratiques agricoles et des conditions plus favorables, les inégalités s’accentuent dans le même temps dans le monde paysan et les émeutes de subsistance ne disparaissent pas. Ainsi, à la veille de la Révolution française, les attentes du monde rural sont très contradictoires : tandis que les nobles tiennent à la conservation de leurs droits et privilèges, les gros laboureurs souhaitent la libéralisation du commerce des grains, quand la majorité des paysans attend essentiellement une diminution de la fiscalité et l’abolition des droits seigneuriaux.