Introduction du dossier :
À la suite de la manifestation des ligues d’extrême droite à Paris, le 6 février 1934, les partis de gauche (Parti communiste, SFIO [ancêtre du Parti socialiste] et radicaux) s’allient en vue des élections législatives de 1936. Vainqueurs des élections, les partis membres du Front populaire (à l’exception du Parti communiste, qui soutient le gouvernement sans y entrer) forment un gouvernement réformateur (notamment dans le domaine social) sous la direction de Léon Blum. Encouragés par cette victoire politique, les syndicats appellent les ouvriers à la grève. Le 7 juin 1936, représentants syndicaux et patronaux signent les accords de Matignon sous l’égide du gouvernement. Ces accords permettent des avancées sociales et économiques, comme l’augmentation des salaires ou la semaine de 40 heures.
Document 1 : Biographie de Léon Blum (1872-1950)
Président de la SFIO à partir du congrès de Tours en 1920, il est l’un des artisans de la création du Front populaire. Président du Conseil de juin 1936 à juin 1937 et de mars à avril 1938, son gouvernement permet de grandes avancées sociales : les congés payés, la semaine de 40 heures, les conventions collectives, la création de la SNCF… Déporté pendant la Seconde Guerre mondiale, il devient président du gouvernement provisoire à la Libération.
Document 2 : Allocution radiodiffusée de Léon Blum pour annoncer la constitution du gouvernement de Front populaire le 5 juin 1936
« Le gouvernement de Front populaire est constitué […].
Le gouvernement se présentera dès demain devant les Chambres. Dès aujourd’hui, il veut prendre contact avec le pays. Son programme est le programme de Front populaire. Parmi les projets dont il annoncera le dépôt immédiat et qu’il demandera aux deux Chambres de voter avant leur séparation figurent : la semaine de quarante heures ; les contrats collectifs ; les congés payés. C’est-à-dire les principales réformes réclamées par le monde ouvrier.
Il est donc résolu à agir avec décision et rapidité, pour les travailleurs de la terre comme pour les travailleurs des usines. Il fera tout son devoir. Il ne manquera à aucun des engagements qu’il a pris. Mais sa force réside avant tout dans la confiance qu’a mise en lui le peuple de France, et il en réclame aujourd’hui le témoignage aux millions d’électeurs qui l’ont porté au pouvoir.
L’action du gouvernement, pour être efficace, doit s’exercer dans la sécurité publique. Elle serait paralysée par toute atteinte à l’ordre, par toute interruption dans les services vitaux de la nation. Toute panique, toute confusion servirait les desseins obscurs des adversaires du Front populaire, dont certains guettent déjà leur revanche.
Le gouvernement demande donc aux travailleurs de s’en remettre à la loi pour celles de leurs revendications qui doivent être réglées par la loi, de poursuivre les autres dans le calme, la dignité et la discipline. Il demande au patronat d’examiner ces revendications dans un large esprit d’équité. […] La victoire des 26 avril et 3 mai reçoit aujourd’hui sa pleine consécration. Un grand avenir s’ouvre devant la démocratie française. Je l’adjure, comme chef du gouvernement, de s’y engager avec cette force tranquille qui est la garantie de victoires nouvelles. »
Appel radiodiffusé de Léon Blum (1872-1850) le 5 juin 1936 pour annoncer la formation du gouvernement qu’il préside suite à la victoire du Front populaire aux élections législatives de mai 1936
Remarque : Le gouvernement de Léon Blum est le premier à intégrer des femmes (exemple : Suzanne Lacore est nommée sous-secrétaire d’État chargée de la protection de l’enfance).
Document 3 : Extraits des accords de Matignon
Les accords de Matignon sont des accords signés dans la nuit du 7 au 8 juin 1936 à l’hôtel de Matignon entre les représentants du patronat, la Confédération générale du travail (CGT) et l’État à l’hôtel de Matignon. Ils mettent fin aux grèves initiées après la victoire du Front populaire aux élections législatives de mai 1936.
Art. 3. L’observation des lois s’imposant à tous les citoyens, les employeurs reconnaissent la liberté d’opinion, ainsi que le droit pour les travailleurs d’adhérer librement et d’appartenir à un syndicat professionnel constitué en vertu du livre III du Code du travail. Les employeurs s’engagent à ne pas prendre en considération le fait d’appartenir ou de ne pas appartenir à un syndicat pour arrêter leurs décisions en ce qui concerne l’embauchage ou le congédiement. […]
Art. 4. Les salaires réels pratiqués pour tous les ouvriers à la date du 25 mai 1936 seront, du jour de la reprise du travail, rajustés suivant une échelle décroissante commençant à 15 % pour les salaires les moins élevés pour arriver à 7 % pour les salaires les plus élevés. […]
Art. 5. En dehors des cas particuliers déjà réglés par la loi, dans chaque établissement comprenant plus de dix ouvriers, après accord entre organisations syndicales, ou, à défaut, entre les intéressés, il sera institué deux ou plusieurs délégués ouvriers selon l’importance de l’établissement. Ces délégués ont qualité pour présenter à la direction les réclamations individuelles qui n’auraient pas été directement satisfaites, visant l’application des lois, décrets, règlements du Code du travail, des tarifs de salaires, et des mesures d’hygiène et de sécurité. […]
Document 4 : Une affiche de propagande contre le Front populaire en 1936
Il s’agit d’une affiche de propagande anticommuniste du Centre de propagande des Républicains nationaux, organisation politique française de la droite modérée, qui avait pour but de fournir un soutien logistique aux parlementaires de droite afin de les aider à remporter les élections. Au premier plan, sont représentés Marcel Cachin du PCF (en haut à gauche), Édouard Herriot, président du Parti radical (au centre à gauche) et Léon Blum pour la SFIO (en bas à gauche). L’affiche dénonce la prétendue manipulation du Front populaire par l’URSS.
Document 5 : Extraits du discours prononcé par Léon Blum le 6 septembre 1936 à la fête commémorative de la République au stade de Luna Park
Le 17 juillet 1936, le général Franco dirige une tentative de coup d’état contre le gouvernement de Frente popular en Espagne ouvrant une période de guerre civile jusqu’en 1939. Dans un premier temps favorable à un soutien de la France au gouvernement espagnol, Blum doit rapidement faire machine arrière, non seulement du fait de la violente opposition de la droite et de l’extrême droite à son projet mais également des réticences de ses alliés radicaux et du Royaume-Uni. Il décide finalement de proposer aux puissances européennes, dont l’Allemagne nazie et l’Italie, une convention internationale de neutralité, qualifiée par le journaliste William Shirer d’une « des plus scandaleuses farces diplomatiques jouées en Europe entre les deux guerres » étant donné que nul n’ignorait que cette convention ne serait pas respectée.
« Demandez-vous aussi qui peut fournir dans le secret, par la concentration des pouvoirs dans la même main, par l’intensité des armements, par le potentiel industriel, comme on dit ; demandez-vous aussi qui peut s’assurer l’avantage dans une telle concurrence. Demandez-vous cela ! Une fois la concurrence des armements installée, car elle est fatale dans cette hypothèse, elle ne restera jamais unilatérale. Une fois la concurrence des armements installée, sur le sol espagnol, quelles peuvent être les conséquences pour l’Europe entière, cela dans la situation d’aujourd’hui ? […]
Ne vous étonnez pas si nous sommes venus à cette idée. La solution, ce qui permettrait peut-être à la fois d’assurer le salut de l’Espagne et le salut de la paix, c’est la conclusion d’une convention internationale par laquelle toutes les puissances s’engageraient, non pas à la neutralité – il ne s’agit pas de ce mot qui n’a rien à faire en l’espèce – mais à l’abstention, en ce qui concerne les livraisons d’armes, et s’engageraient à interdire l’exportation en Espagne du matériel de guerre. »
Quelles sont les principales mesures du programme porté par le Front populaire ? Quels sont les principaux soutiens et les principales oppositions à ce programme ? (doc. 1, 2 et 4)