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Marianne

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Résister au plus fort chez La Fontaine

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Introduction :

Les fables de La Fontaine éduquent le lecteur tout en l’amusant. Elles sont parfois même l’occasion de remettre en question la société du XVIIe siècle dans laquelle vivait l’auteur. Parmi les sujets que La Fontaine traite fréquemment figurent les abus des puissants.
Nous étudierons dans ce cours les moyens par lesquels les faibles résistent aux plus forts dans les fables de La Fontaine. Ainsi nous verrons qu’ils peuvent résister par la prudence et l’intelligence mais aussi par le mensonge.

Résister par la prudence et l’intelligence

Si la ruse est un trait de caractère souvent associé au renard, elle n’est pas toujours du côté des plus forts. Elle peut être aussi une arme pour les plus faibles. Dans la fable « Le loup, la chèvre et le chevreau » de La Fontaine, la chèvre laisse son chevreau seul le temps d’aller se nourrir et demande à son petit de n’ouvrir à personne. Une phrase de code est même convenue : « Foin du loup et de sa race ! ». Ainsi, le chevreau ne doit ouvrir que s’il entend cette phrase prononcée par sa mère. Le loup étant dans les parages entend cela et sitôt la chèvre partie, tente d’entrer chez elle pour manger son chevreau. Voici la suite de la fable :

« Dès qu’il la voit partie, il contrefait1 son ton,
Et d’une voix papelarde2
Il demande qu’on ouvre, en disant : « Foin du loup !3 »
Et croyant entrer tout d’un coup.
Le biquet soupçonneux par la fente regarde :
‟Montrez-moi patte blanche, ou je n’ouvrirai point,”
S’écria-t-il d’abord. (Patte blanche est un point
Chez les loups, comme on sait, rarement en usage4.)
Celui-ci, fort surpris d’entendre ce langage,
Comme il était venu s’en retourna chez soi.
Où serait le biquet s’il eût ajouté foi5
Au mot du guet que de fortune6
Notre loup avait entendu ?
Deux sûretés valent mieux qu’une,
Et le trop en cela ne fut jamais perdu. »

1 Contrefait : Imiter
2 Papelarde : Hypocrite
3 Foin du loup : Expression qui sert à exprimer le dégoût
4 En usage : Qu’on a l’habitude de voir
5 Ajouté foi : Croire
6 De fortune : par chance

Jean-Jacques Grandville, illustrations des Fables de La Fontaine, 1838-1840-Français-6e Jean-Jacques Grandville, illustrations des Fables de La Fontaine, 1838-1840

Le chevreau se montre malin. Afin d’être bien sûr qu’il s’agisse de sa mère, il demande au loup de lui montrer sa patte. Car si la patte de la chèvre est blanche, celle du loup est bien souvent noire ou grise. Par cette deuxième précaution, le chevreau sauve sa vie et parvient à déjouer le plan du loup.

La morale de la fable : « Deux sûretés valent mieux qu’une, / Et le trop en cela ne fut jamais perdu », signifie qu’il vaut mieux être trop prudent que pas assez.

Pour que le lecteur comprenne mieux le danger qui guettait le chevreau, La Fontaine s’adresse directement à la personne qui lit la fable :

« Où serait le biquet s’il eût ajouté foi
Au mot du guet que de fortune
Notre loup avait entendu ? ».

La réponse est évidente pour le lecteur, le petit aurait été mangé par le loup.

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À retenir

Le fait de poser la question force le lecteur à réfléchir. Cela donne également plus d’impact à la morale qui suit.

On peut remarquer que La Fontaine utilise un présent de l’indicatif à certains passages de son récit. On relève par exemple les verbes « voit », « contrefait », « demande », « ouvre », « regarde ».
Il s’agit d’un présent de narration.

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À retenir

Le présent de narration est un présent employé pour raconter des faits qui sont passés. Il donne plus de relief au récit. On le retrouve fréquemment dans les récits didactiques.

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Définition

Récit didactique :

Un récit didactique est un récit qui livre un enseignement.

Le présent dans le récit didactique apporte une dimension intemporelle.

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Définition

Intemporel :

L’adjectif intemporel désigne quelque chose qui ne change pas en fonction du temps, de l’époque.

C’est comme si le récit était actuel, qu’il pouvait exister à n’importe quelle époque. Parce que ce qui importe, ce ne sont pas les faits passés, mais l’enseignement que l’on en tire et qui, lui, est effectivement intemporel. La morale de la fable est d’ailleurs elle aussi au présent de l’indicatif, comme on peut le voir avec le verbe « valent ».

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À retenir

Le chevreau malin parvient donc à contrer la ruse du loup. La Fontaine loue ici les mérites de la prudence face aux plus forts que soi.

Mais il existe d’autres moyens de résister aux plus forts, notamment par le mensonge.

Résister par le mensonge

Dans la fable « Les obsèques de la Lionne », La Fontaine raconte l’histoire d’un lion dont la femme meurt. Le Lion étant le roi, tous les autres animaux viennent pleurer à ses côtés la perte de la reine. Mais le Cerf ne se joint pas aux lamentations générales. La Lionne avait tué sa femme et son fils, le voilà donc vengé. Le Lion, fâché de voir que le Cerf ne pleure pas la Lionne, décide de le faire exécuter par les loups mais le Cerf se défend ainsi :

« Le Cerf reprit alors : ‟Sire, le temps des pleurs
Est passé ; la douleur est ici superflue1.
Votre digne moitié2 couchée entre des fleurs,
Tout près d’ici m’est apparue ;
Et je l’ai d’abord reconnue.
Ami, m’a-t-elle dit, garde que ce convoi3,
Quand je vais chez les Dieux, ne t’oblige à des larmes.
Aux Champs Elysiens4 j’ai goûté mille charmes,
Conversant avec ceux qui sont saints comme moi.
Laisse agir quelque temps le désespoir du Roi.
J’y prends plaisir.” À peine on eut ouï la chose,
Qu’on se mit à crier : ‟Miracle, apothéose5 !”
Le Cerf eut un présent, bien loin d’être puni.
Amusez les Rois par des songes,
Flattez-les, payez-les d’agréables mensonges,
Quelque indignation dont leur cœur soit rempli,
Ils goberont l’appât6, vous serez leur ami. »

1 Superflu : Qui n’est pas nécessaire
2 Moitié : Désigne ici la femme, la Lionne
3 Garde que ce convoi : fais attention à ce que les gens à mes obsèques
4 Champs Elysiens : (Champs Elysées) Lieu où se rendaient les âmes les plus pures après la mort selon les Grecs dans l’Antiquité
5 Apothéose : Dans l’Antiquité, l’admission d’un mortel chez les Dieux
6 Gober l’appât : y croire

Alt texte

Le Cerf trouve le moyen d’échapper à sa condamnation par le mensonge. En effet, il raconte avoir vu la Lionne après sa mort et qu’elle lui aurait dit être heureuse là où elle se trouvait, nul besoin donc de la pleurer.

Le discours du Cerf est une histoire bien racontée, elle fait rêver le roi et sa cour. La référence aux « Champs Elysiens » signifie que la Lionne est dans un endroit consacré aux âmes les plus pures après la mort. D’autre part, l’expression « d’autres saints comme moi » évoque le fait que la Lionne est une sainte. Le Cerf décrit la Lionne et le lieu où elle se trouve à présent avec des termes mélioratifs.

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Rappel

L’adjectif mélioratif présente quelque chose sous un jour positif, donne un aspect favorable.

Le mensonge du Cerf rassure le Lion sur le sort de sa femme, il lui en est reconnaissant et lui fait même un cadeau.

L’auteur compare ici les animaux décrits et la société dans laquelle il vit. La Fontaine vivait en effet à la cour du roi Louis XIV. Il est comme le Cerf qui amuse et flatte le Roi avec ses fables, bien qu’il ne partage pas ses idées.

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À retenir

La morale de La Fontaine nous enseigne que l’on doit flatter les puissants et leur raconter des histoires qui les font rêver afin de devenir leur ami. On ne peut s’opposer à eux de manière directe.

Conclusion :

Les fables de La Fontaine nous enseignent que l’intelligence est une arme parfois plus efficace que la force. Que ce soit la ruse, la prudence ou le mensonge, face aux puissants, tous les moyens sont bons pour se défendre. La Fontaine applique ses conseils, puisqu’il combat lui-même les puissants, de manière indirecte, grâce à ses fables.