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Artamène ou le Grand Cyrus, Madeleine et Georges de Scudéry
Fiche de lecture

Contexte

Ce roman-fleuve est considéré comme le plus long roman en langue française. Paru entre 1649 et 1653, l'édition original comporte 13 000 pages et mobilise plus de 400 personnages. Une trentaine d'histoires distinctes évoluent autour de la trame principale dans un succession de récits enchâssés qui ne sont pas sans rappeler le principe des Mille et une nuits.

Ce roman a connu un immense succès à son époque, mais il est tombé en désuétude par la suite à cause de sa démesure même. L'ampleur de ce projet s'explique cependant par le fait qu'il s'agisse d'un roman à clef, chaque personnage fictif représentant probablement un personnage réel. Beaucoup de ces allusions se sont perdues aujourd'hui.

Madeleine et Georges de Scudéry

1649-1653

Artamène

Genre

Roman

Personnages

Cyrus-Artamène : Amoureux de Mandane. Cyrus, dans le roman comme dans la réalité, est roi de Perse.

Mandane : Fille de Ciaraxe, elle est amoureuse de Cyrus.

Le roi d'Assyrie : Amoureux de Mandane.

Ciaraxe : Père de Mandane, il s'oppose à son mariage avec Cyrus.

Le roi de Pont : Amoureux de Mandane, il l'enlève.

Thèmes

L'amour : Malgré les nombreuses scènes de batailles, de sièges et de négociations, le grand thème de ce roman est bien entendu l'amour. Presque chacune des nombreuses histoires qui émaillent le récit sont consacrées au motif amoureux et à ses variations : la jalousie, la rupture, le mariage etc. L'une de ces narrations raconte ainsi comment quatre amants malheureux débattent pour savoir lequel d'entre eux est le plus à plaindre. Cela donne lieu à une typologie de l'amant malheureux, distinguant l'amant absent, l'amant non aimé, l'amant en deuil et l'amant jaloux.

Les récits enchassés : La particularité de ce roman fleuve est de présenter un très grand nombre de récits à tiroir. Chaque événement de l'intrigue principale est prétexte à ce qu'un personnage raconte soit sa propre histoire, soit l'histoire de quelqu'un d'autre. Ces digressions à n'en plus finir, qui expliquent en grande partie la longueur de l'ensemble, perturbent d'autant plus le lecteur moderne qu'il n'en saisit que très peu l'enjeu. Mais pour les contemporains de Madeleine de Scudéry, non seulement ces intrigues étaient autant de propos et de réflexions sur l'amour, mais ils mettaient également en scène des personnages représentant quelques grandes figures de leur époque, et notamment les principaux acteurs de la Fronde.

Il faut en effet tenir compte du fait que Artamène n'était pas lu par un lecteur solitaire, mais faisait l'objet d'une lecture à voix haute dans les salons. La progression n'était pas nécessairement linéaire, et la lecture pouvait proposer des morceaux choisis. L'intérêt était de procéder, d'extrait en extrait, à des commentaires et de susciter des hypothèses parmi les auditeurs.

Résumé

Partie I

Cyrus-Artamène cherche Mandane qui a été enlevée dans la ville de Sinope en flammes. Suite à différents enlèvements, la jeune fille est retrouvée sur le rivage et passe pour morte. Cyaxare, son père, fait arrêter Cyrus-Artamène.

Les amis de Cyrus-Artamène essayent de le faire libérer et racontent son histoire aux officiers de l'armée de Cyaxare. Cyrus est l'héritier du trône de Perse, et il cache son identité sous le nom d'Artamène.

Partie II

Les officiers écoutent la suite de l'histoire de Cyrus-Artamène.

Mandane est en vie. Martésie, sa suivante, raconte ce qui lui est arrivée. On apprend qu'elle a été enlevée par le roi de Pont.

Cyaxare comprend que Cyrus-Artamène est amoureux de sa fille et ordonne son exécution.

Partie III

Suite à une révolte de l'armée de Cyaxare, Cyrus-Artamène s'échappe.
Cyaxare est capturé, mais sauvé par Cyrus : le roi reconnaît s'être trompé et lui confie le pouvoir.

Cyrus, à la tête d'une armée, se rend en Arménie où il espère retrouver Mandane. Mais la princesse captive n'est pas sa bien-aimée mais Araminte, qui lui raconte son histoire.

Partie IV

Cyrus apprend que la roi de Pont, ravisseur de Mandane et allié à Crésus, roi de Lydie, l'aurait emmenée à Éphèse. Cyrus s'y rend et apprend que Mandane est détenue prisonnière avec la princesse Palmis.

Cyrus déclare la guerre à Crésus. Il attend le moment propice pour faire libérer Mandane.
Pendant cette guerre, Cyrus fait de nombreux prisonniers.

Cyrus est fait prisonnier, mais l'ennemi ne le reconnaît pas et il est libéré.

Partie V

Cyrus écoute l'histoire d'un soldat valeureux appartenant au camp ennemi, Mazare, qui avait enlevé Mandane lors de l'incendie de Sinope. Il veut lui aussi faire libérer Mandane.

Partie VI

Une lettre apprend à Cyrus que Mandane l'accuse d'infidélité.

On prépare la bataille de Sardis, ville où Crésus et le roi de Pont ont trouvé refuge.
Les premiers assauts de Sardis échouent, mais Cyrus parvient enfin à faire tomber la ville. Mandane et le roi de Pont ont disparu et Cyrus se lance à leur poursuite. Mais il apprend que le roi de Pont possède la pierre héliotrope qui rend invisible.
Cyrus retourne à temps à Sardis pour empêcher le roi d'Assyrie de faire exécuter Crésus.

Partie VII

Cyrus apprend que le roi de Pont et Mandane seraient à Cume.

Cyrus s'apprête à s'emparer de Cume et il reçoit l'aide de la princesse Cléobuline.

Enfin Cyrus parvient à libérer Mandane : celle-ci reconnaît que sa jalousie n'était pas légitime.

Cyrus et le roi d'Assyrie décident de se battre en duel.

Partie VIII

Comme le roi d'Assyrie a reçu des blessures lors d'un combat, le duel est repoussé.

Les différents personnages continuent leur route tout en se racontant leurs histoires.

Cyrus et le roi d'Assyrie commencent à se battre, mais le duel est interrompu : Mandane a été à nouveau enlevée. Anaxaris est le ravisseur.

Partie IX

Anaxaris s'appelle en réalité Aryante, il est frère de Tomyris, reine de Massagettes. Il a emmené Mandane chez sa sœur.
Dans sa fuite, il a tué le roi d'Assyrie.

Cyrus arrive au royaume de Tomyris et déclare la guerre.
Il parvient à vaincre Tomyris et Anaxaris mais il est blessé. Pendant sa convalescence, il apprend que le roi de Pont est mort.

Tomyris menace de faire tuer Mandane si Cyrus ne se livre pas.

Partie X

Cyrus est fait prisonnier mais n'est pas reconnu.
Suite à un quiproquo, on confond un cadavre avec celui de Cyrus, qui passe donc pour mort.

Mandane et Tomyris apprennent que Cyrus est vivant. Tomyris veut faire tuer Mandane, mais un assaut parvient à la sauver au dernier moment. L'armée de Cyrus l'emporte, les amants sont réunis et se marient.

Citation

« L’embrazement de la ville de Sinope estoit si grand, que tout le Ciel ; toute la Mer ; toute la Plaine ; et le haut de toutes les montagnes les plus reculées, en recevoient une impression de lumière, qui malgré l’obscurité de la nuit, permettoit de distinguer toutes choses. Jamais objet ne fut si terrible que celuylà : l’on voyoit tout à la fois vingt galères qui brusloient dans le port ; et qui au milieu de l’eau dont elles estoient si proches, ne laissoient pas de pousser des flames ondoyantes jusques aux nuës. Ces flames estant agitées par un vent assez impetueux, se courboient quelquefois vers la plus grande partie de la ville, qu’elles avoient desja toute embrazée ; et de laquelle elles n’avoient presque plus fait qu’un grand bûcher. L’on les voyoit passer d’un lieu à l’autre en un moment ; et par une funeste communication, il n’y avoit quasi pas un endroit en toute cette déplorable ville, qui n’esprouvast leur fureur. »

« Il n’y a point de conversation plus ennuyeuse que celle d’un amant qui n’a rien à désirer, ni rien à se plaindre. »

« Cependant on ne me dit jamais rien comme on le dit à tout le reste du monde : car si on me fait excuse de ce qu’on ne m’est pas venu voir, on me dit qu’on a eu peur d’interrompre mes occupations. Si on m’accuse de resver, on me dit que c’est sans doute que je ne suis jamais mieux, que lors que je suis seule avec moy mesme : si je dis seulement que j’ay mal à la teste, je trouve tousjours quelqu’un qui aime assez les choses communes, et populaires, pour me dire que c’est la maladie des beaux esprits : et mon Medecin mesme, quand je me pleins de quelque légère incommodité, me dit que le mesme temperamment qui fait mon bel esprit, fait mes maux. Enfin je suis si importunée de vers, de sçavoir, et de bel esprit, que je regarde la stupidité, et l’ignorance, comme le souverain bien. »

« Quoy Leontidas, reprit Martesie, vous pouvez croire que la jalousie est un plus grand mal, que la mort de la personne aimée ! Ha Leontidas, s’écria-t-elle, songez bien à ce que vous dites. J’y songe bien aussi, luy repliqua-t-il, et je parle d’une passion qui ne m’est pas inconnuë. Pour moy, interrompit Erenice, il me semble que la jalousie est un assez grand mal, pour ne trouver pas estrange qu’il soit mis par Leontidas entre les plus grands suplices de l’amour : mais que Thimocrate ait osé parler de l’absence, comme de la plus rigoureuse chose du monde ; il me semble, dis-je, que l’on peut assurer suil a l’ame un peu delicate. Il faudroit l’avoir bien insensible, reprit-il, pour ne trouver pas que l’absence comprend en soy tous les autres maux : ce n’est qu’à celuy qui n’est point aimé, reprit Philocles, qu’il est permis, s’il faut ainsi dire, de ramasser tous les maux de l’amour en un seul : et quiconque n’a point esprouvé celuy là, ne connoist point du tout quelle est la supréme infortune. C’est un mal du moins adjousta, Thimocrate, dont un homme généreux ne doit pas estre long temps tourmenté : puis qu’il n’est rien de plus juste, ny de plus naturel, que de cesser d’aimer ce qui ne nous aime point. Il l’est encore plus, répliqua Philocles, à celuy qui pleure sa maistresse morte, de se consoler s’il est sage, par l’impossibilité qu’il y a de trouver du remede à son mal : à celuy qui est absent, de trouver de la douceur, dans l’esperance du retour : et à celuy qui est jaloux, de chercher sa guérison, par la connoissance de la vertu de celle qu’il aime ; ou par celle de son propre merite ; ou par le dépit. »