Fiche de lecture
De la dignité de l'homme, Jean Pic de la Mirandole
Contexte

Jean Pic de la Mirandole est un philosophe humaniste d’origine italienne. Un humaniste est un érudit (une personne savante) qui a des connaissances très approfondies du latin, du grec et éventuellement de l’hébreu.
L’humanisme est un mouvement qui place l’Homme (au sens de l’être humain) au cœur des réflexions philosophiques et qui le considère comme un sujet d’étude particulièrement intéressant.
Jean Pic de la Mirandole a étudié plusieurs doctrines (principes d’enseignement philosophique avec ses propres règles) philosophiques. Son discours sur la dignité de l’homme a été modelé par des influences liées aux philosophes Platon et Aristote.
De la dignité de l’homme est un essai philosophique rédigé au cœur de la période de la Renaissance (de 1400 à 1600).
La Renaissance est caractérisée par des bouleversements importants dans toute l’Europe. Il s’agit principalement de bouleversements artistiques, intellectuels et politiques.
D’un point de vue artistique, on assiste à la naissance d’un certain nombre de génies de l’art pictural. Des œuvres comme La naissance de Vénus (Botticelli, 1485), La Joconde (Léonard de Vinci, 1502) ou La chapelle Sixtine (dont Michel-Ange a peint en 1535 une fresque gigantesque représentant le Jugement dernier) sont représentatives de l’essor de ces deux siècles durant lesquels la Renaissance se développe pleinement.
D’un point de vue intellectuel, des penseurs, écrivains, philosophes et humanistes tels qu’Érasme (Éloge de la folie, 1511), Thomas More (Utopie, 1516), Machiavel (Le Prince, 1516) et Rabelais (Pantagruel, 1532) permettent une approche nouvelle des réflexions sur l’Homme et son existence.
D’un point de vue politique, de nouvelles mesures permettent au commerce de se développer, ce qui engendre nécessairement un enrichissement des villes et des industries.
Plus généralement, la Renaissance est la période de la conquête de nouveaux territoires, dont l’exemple le plus évident est celui de la découverte de l’Amérique par le célèbre explorateur Christophe Colomb en 1492.
Des découvertes fondamentales dans les domaines des mathématiques et de l’astronomie voient le jour (théorie de l’héliocentrisme de Copernic selon laquelle la Terre tournerait autour du Soleil, la lunette astronomique de Galilée, etc.).

Thèmes

La philosophie : La philosophie se situe au cœur de l’essai de Jean Pic de la Mirandole.
Le terme « philosophie » vient du grec ancien philein qui signifie « aimer » et sophia, qui signifie « sagesse » ou éventuellement « savoir ». La traduction littéraire la plus souvent acceptée par les spécialistes est la suivante : « l’amour de la sagesse ».

Née durant la période de l’Antiquité (de 3000 av. J.-C. jusqu’au Ve siècle apr. J.-C.), la philosophie peut être définie comme une discipline appartenant aux sciences humaines. Elle se caractérise par une démarche fondée sur deux critères importants : le questionnement et la réflexion critique. Cette réflexion critique vise à réfléchir sur des sujets tels que l’existence de la vie humaine, le savoir ou encore le monde dans lequel nous vivons.

Des sujets tels que l’art, le bonheur, le bien et le mal, la beauté, la justice ou l’illusion constituent un riche terrain d’étude pour les penseurs, écrivains et philosophes.

Dans le domaine artistique, des œuvres comme Le penseur (Rodin), D’où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? (Paul Gauguin) ou Le philosophe (Rembrandt) sont représentatives de la philosophie.

La philosophie continue d’exister plusieurs millénaires après sa naissance. Voici quelques exemples de sujets modernes de philosophie, issus du baccalauréat :

  • « Toute vérité est-elle définitive ? » (série ES, 2018)
  • « L’Homme est-il condamné à se faire des illusions sur lui-même ? » (série L, 2011)
  • « Éprouver l’injustice, est-ce nécessaire pour savoir ce qui est juste ? » (série S, 2018)
    L’Homme : L’auteur souhaite montrer que l’être humain ne peut pas être classé dans la catégorie « humains » au même titre qu’il existe la catégorie des animaux, des végétaux et des minéraux.

Les êtres humains se distinguent des animaux et des plantes, notamment par leur plasticité, c’est-à-dire qu’ils ont la faculté de se forger différents caractères et différentes formes physiques (dans le sens où ils peuvent plus ou moins changer d’apparence : cheveux courts ou longs, etc.). Ils ne peuvent donc pas être placés dans une catégorie car l’Homme se façonne tout au long de sa vie et est confronté à de multiples choix qui le laissent libre d’agir selon sa propre et unique volonté.
La religion : Comme le montrent les citations ci-dessous, la religion est présente dans le texte de Jean Pic de la Mirandole. Le contexte socio-historique au cours duquel le texte a été écrit justifie le thème de la religion. En effet, la période de la Renaissance assiste à un déchirement entre deux religions essayant de « s’imposer » : le Christianisme (plutôt largement répandu) et l’Islamisme.

Jean Pic de la Mirandole s’est inspiré de certains textes, notamment de L’Odyssée (Homère), de Timée (Platon) et de La hiérarchie céleste (Denys l’Aréopagite).

Résumé

Ayant écrit son texte à l’âge de 24 ans, l’Italien Jean Pic de la Mirandole avait pour objectif de transmettre sa philosophie à ses aînés. Sa philosophie était particulièrement empreinte de vérité, autour de laquelle l’homme se situait.

Ce texte s’inscrit totalement dans le mouvement humaniste du siècle de la Renaissance puisque l’homme est placé au centre des préoccupations de l’auteur. Une volonté d’introspection (analyse de soi-même, de ses sentiments et états d’âme) est palpable dans son discours.

Au fur et à mesure de ses réflexions, Jean Pic de la Mirandole s’inspire de la religion pour s’interroger sur la question suivante : « En quoi peut-on qualifier l’homme de supérieur aux autres créatures ? ». La réponse argumentée à cette question a d’ores et déjà été traitée par certains philosophes de l’époque, la voici : l’homme se distingue des autres créatures par sa faculté de communiquer avec Dieu et de maîtriser la nature grâce à son intelligence.

Cependant, Jean Pic de la Mirandole est loin de partager cet avis et propose par conséquent le sien, d’où la naissance de son essai De la dignité de l’homme, qui lui vaudra un exil en France, un emprisonnement et une incarcération dans un donjon à Vincennes en 1487, pour avoir offensé l’Église par la publication de son texte.

Citation

« Finalement, j’ai cru comprendre pourquoi l’homme est le mieux loti des êtres animés, digne par conséquent de toute admiration, et quelle est en fin de compte cette noble condition qui lui est échue dans l’ordre de l’univers, où non seulement les bêtes pourraient l’envier, mais les astres, ainsi que les esprits de l’au-delà. »

De la dignité de l’homme, traduction de Yves Hersant, 1993, p. 5


« Si nous ne t’avons donné, Adam, ni une place déterminée, ni un aspect qui te soit propre, ni aucun don particulier, c’est afin que la place, l’aspect, les dons que toi-même aurais souhaités, tu les aies et les possèdes selon ton vœu, à ton idée. »

De la dignité de l’homme, traduction de Yves Hersant, 1993, p. 7


« Mais à l’homme naissant, le Père a donné des semences de toute sorte et les germes de toute espèce de vie. Ceux que chacun aura cultivés se développeront et se fructifieront en lui : végétatifs, ils le feront devenir plante ; sensibles, ils feront de lui une bête ; rationnels, ils le hisseront au rang d’être céleste ; intellectifs, ils feront de lui un ange et un fils de Dieu. »

De la dignité de l’homme, traduction de Yves Hersant, 1993, p. 9


« Si vous voyez un philosophe discerner toutes choses selon la droite raison, vénérez-le : c’est un être céleste et non terrestre ; si vous voyez un pur contemplateur se retirer, sans souci de son corps, dans le sanctuaire de son esprit, il ne s’agit plus d’un être terrestre ni d’un être céleste, mais d’une divinité plus auguste enveloppée de chair humaine. »

De la dignité de l’homme, traduction de Yves Hersant, 1993, p. 13