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En attendant Godot, Samuel Beckett
Fiche de lecture

Contexte

En attendant Godot est une pièce théâtrale appartenant au théâtre de l’absurde.
Le théâtre de l’absurde est un courant littéraire datant du XXe siècle dont la genèse remonte à la Seconde Guerre mondiale. Il est révélateur de nombreux bouleversements dans le domaine du théâtre : les codes de la tragédie et de la comédie sont délaissés pour parvenir à un style décalé dans lequel l’histoire peut être décousue et la continuité du discours hachée.
Composée de deux actes seulement, En attendant Godot a pour spécificité l’absence de découpage en scènes. Il s’agit ici d’un exemple typique du courant de l’absurde autour duquel la pièce se fixe.
Des œuvres comme Rhinocéros et La cantatrice chauve (Eugène Ionesco) ou encore Fin de partie (Samuel Beckett) mettent en exergue ce mouvement littéraire.

Samuel Beckett

1952

En attendant Godot

Genre

Théâtre

Personnages

Godot : Il s’agit du personnage attendu durant toute la durée de la pièce. Le fait qu’il ne vienne pas interroge le lecteur et laisse les personnages perplexes et libres d’imaginer différentes stratégies pour essayer de faire passer le temps dans les meilleures conditions possible. Ce temps passé à attendre le protagoniste mène les personnages à diverses réflexions sur la vacuité de l’existence. Vladimir et Estragon en arrivent même à vouloir se suicider.

Estragon : C’est un vagabond qui entretient des discussions souvent aberrantes avec son compagnon d’infortune Vladimir. Il devient amnésique au cours de la pièce.

Vladimir : C’est un vagabond qui converse avec Estragon.

Pozzo : Il est le maître de Lucky et le potentiel propriétaire des lieux. Il possède un caractère particulièrement autoritaire. Pozzo souffre soudainement de cécité u cours de la pièce.

Lucky : Ce personnage est un esclave maltraité et tenu en laisse par Pozzo. Il est intéressant d’insister sur le prénom Lucky, qui signifie en anglais « chanceux ». La situation vécue par ce personnage est bien loin d’être qualifiée de chanceuse. C’est grâce à ce genre de subtilités, que l’auteur manipule avec la plus grande habileté, que nous reconnaissons le caractère absurde de cette pièce de théâtre. Aussi brusquement qu’Estragon devient partiellement amnésique, Lucky devient muet.

Thèmes

Le temps : Le temps est un thème récurrent dans l’œuvre de Beckett. Le titre évoque la question de la temporalité de manière suffisamment explicite : En attendant Godot. Toute la pièce est axée sur l’attente de l’arrivée de Godot : or ce personnage ne se présente pas aux deux rendez-vous consécutifs.

L’absurdité : La pièce regorge d’événements absurdes. L’absurdité la plus évidente est celle qui constitue l’essence même de l’œuvre : l’arrivée de Godot qui n’a pas lieu.
On peut noter d’autres absurdités, parmi lesquelles la révolte de Vladimir et Estragon suite au traitement inacceptable de Pozzo envers Lucky, alors qu’ils infligent par la suite à ce dernier le même traitement si scandaleux.
La fin de la pièce révèle un aspect absurde qui frôle le tragi-comique, lorsque Vladimir et Estragon tentent de se suicider et que leur projet échoue en raison d’une simple ceinture qui s’est cassée.

La maladie : Différentes pathologies viennent frapper les personnages de la pièce. Estragon devient amnésique, tout comme le messager qui ne se rappelle nullement être venu la veille. Pozzo affirme être devenu aveugle et Lucky devient subitement muet.

Résumé

Acte I

Prémices de la pièce

La pièce s’ouvre sur deux personnages errants (Vladimir et Estragon) n’ayant pas de domicile fixe. Ils sont tous deux réunis au crépuscule dans l’objectif d’attendre un autre personnage nommé Godot. Ne sachant pas pour quelle raison précise Godot leur a donné rendez-vous, les personnages n’ont qu’à attendre. Mais, contre toute attente, les heures défilent et Godot ne se montre toujours pas. Les inquiétudes commencent à se montrer et à perturber ce duo atypique.

L’arrivée de nouveaux personnages sur scène

À mi-chemin du premier acte, deux personnages font leur apparition. Il s’agit de Pozzo et Lucky. Lucky est un esclave maltraité par Pozzo, le soi-disant propriétaire des lieux. Celui-ci traîne Lucky en laisse, comme s’il s’agissait à proprement parler d’un chien et non d’un être humain. Ce spectacle désolant, représentant une relation plus que déséquilibrée entre les deux personnages, laisse Vladimir et Estragon outrés.

L’étrange comportement de Lucky

Lucky se lance corps et âme dans une tirade d’une longueur remarquable, ponctuée de propos incompréhensibles. Puis il sort de scène accompagné de Pozzo. Un jeune garçon survient ultérieurement et envoie l’information que Godot viendra le lendemain et non lors du rendez-vous initialement prévu.

Acte II

Une impression de déjà-vu pour le lecteur est à prévoir, puisque le second acte reprend le premier, si ce n’est qu’il y apporte quelques modifications et que le rythme de la pièce est davantage soutenu.

Des personnages victimes de divers maux

Le début du second acte malmène les personnages. En effet, Estragon est subitement atteint d’amnésie : il oublie tout ce qu’il s’est passé la veille. Dès l’arrivée sur scène de Pozzo et Lucky, Pozzo explique être devenu aveugle, de manière aussi inattendue que l’amnésie d’Estragon, et Lucky devient tout à coup muet.

Une réflexion sur l’existence

Pozzo et Lucky quittent la scène. Vladimir et Estragon sont à nouveau solitaires. Seul Vladimir garde en mémoire les événements de la veille, si peu mouvementés soient-ils (rappelons que peu d’actions se déroulent sur scène : les personnages discutent en attendant la prétendue arrivée de Godot). Vladimir prend progressivement conscience de la futilité de l’existence, lorsqu’à la fin de la pièce le même garçon de l’acte I (un messager en quelque sorte) vient annoncer ce qu’il avait déjà dit, c’est-à-dire que Godot viendrait le lendemain. Lui aussi est visiblement atteint d’amnésie, ne se rappelant pas être déjà venu la veille.

Une fin de pièce surprenante

Vladimir et Estragon projettent de se pendre à l’arbre qui constitue un des rares décors de la pièce. Ils ne parviennent toutefois pas à exécuter leur funeste projet car la ceinture qu’ils veulent utiliser se brise après avoir été soumise à un test de solidité.

Citation

« ESTRAGON :
Si on se quittait ? Ça irait peut-être mieux.

VLADIMIR :
On se pendra demain. (Un temps.) À moins que Godot ne vienne. »

Acte II

« VLADIMIR :
Voilà l’homme tout entier, s’en prenant à sa chaussure alors que c’est son pied le coupable. »

Acte I

« POZZO :
[…] Les larmes du monde sont immuables. Pour chacun qui se met à pleurer, quelque part un autre s’arrête. Il en va de même du rire. (Il rit). Ne disons donc pas de mal de notre époque, elle n’est pas plus malheureuse que les précédentes. (Silence). N’en disons pas de bien non plus. (Silence). N’en parlons pas. »

Acte I

« ESTRAGON :
Nous naissons tous fous. Quelques-uns le demeurent. »

Acte II