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Éthiopiques, Léopold Sédar Senghor
Fiche de lecture

Contexte

Éthiopiques est un recueil de poèmes écrit par Léopold Sédar Senghor et publié en 1956. Le titre de l’ouvrage fait référence à l’Éthiopie, mais il s’agit de l’Éthiopie antique, qui est à la source de la culture égyptienne. Ce titre, sous la forme d’un adjectif substantivé, renvoie aux poèmes antiques : Olympiques, Pythiques (écrits par Pindare au Ve siècle).

Les Éthiopiques, c’est aussi la marque d’un retour, pour l’auteur, aux peuples noirs en contant leurs origines et leurs histoires. Les valeurs de la culture africaine sont mises à l’honneur et relevées de l’épisode colonialiste.

Écrivain dont la poésie se fait la voix de la négritude, philosophe, homme politique sénégalais, Senghor porte avec ce recueil une réflexion sur la rencontre culturelle entre l’Afrique et l’Europe.

Léopold Sédar Senghor

1956

Éthiopiques

Genre

Poésie

Personnages

Kaya-Magan, ou roi de l’or : Il fait écho à la puissance antique de l’Afrique. Emblématique, cette figure positive rappelle une époque où l’Afrique était encore celle des mythes et du merveilleux. Elle apporte paix et fécondité.

Chaka : Chef guerrier qui a défendu les peuples de l’Afrique australe : les Xhosas, les Zoulous et les Vendas. Il est présenté comme une figure à la fois d’homme politique et de poète qui chante l’Afrique toute entière.

Figures féminines : Elles ponctuent le recueil. Parmi elles, Nolivé représente les femmes noires (mais aussi Khasonkée et Lilanga) avec ses membres longilignes et ses « bras de boas ». Elle est porteuse d’harmonie et elle est liée à la fécondité. Également reliée à la nuit, la femme permet le surgissement d’un monde nouveau.

La reine de Saba : Elle est un personnage mythique que l’on connaît aussi sous le nom de Makéda en éthiopien. Cette reine est décrite comme une femme sublime dont la sagesse et l’intelligence lui font honneur. Elle est parfois vue comme une magicienne et une tentatrice.

La princesse de Belborg : C’est le symbole de la femme blanche issue des Vikings. Elle est décrite comme ayant des « poignets de cristal » et une « démarche de navire ». Ses « yeux d’or vert » rappellent les couleurs de l’Éthiopie.

Thèmes

L’Afrique : Le poète évoque la nature de l’Afrique tout aussi bien que ses traditions, ses paysages, ses mythes, les femmes noires qui l’habitent, le rythme musical si particulier, les animaux, l’animisme et la croyance aux esprits. L’Afrique est avant tout le lieu d’une histoire personnelle et politique. Elle devient le symbole d’une terre rêvée dont le poète défend fermement l’universalité de sa culture.

La musique : La poésie est chant pour le poète. D’ailleurs, les poèmes africains sont composés pour être lus en musique sur des rythmes différents qui peuvent être francs et entraînants, nostalgiques et doux. Les percussions sont là pour donner du relief à la lecture et imitent les inflexions de la parole.

Le pouvoir et sa violence : On retrouve surtout la violence des blancs qui imposent leur voix et leur culture, celle du colonialisme. C’est aussi la violence des hommes envers la nature (déforestation).

La femme : Le poète décrit la figure des femmes noires aux noms charmeurs et de la femme blanche bien-aimée. Il célèbre la beauté. Souvent, la femme est comparée à la nature (l’Éthiopienne est d’une « douceur d’olive », Nolivé a les « seins de rizières mûres » et la princesse de Belborg est décrite comme une femme dont le « visage est un chef-d’œuvre, [le] corps un paysage »). La femme est l’antagonisme du pouvoir et s’oppose à la mission du guerrier. Enfin, il est à noter que l’Afrique est systématiquement féminisée.

Résumé

Éthiopiques se présente comme une partition musicale qui contient sept guimms (chants), un poème dramatique intitulé « Chaka », une grande série d’Épîtres à la Princesse, huit élégies, et une postface qui est un manifeste poétique.

Première partie

Huit poèmes composent cette première partie. Ils célèbrent l’Afrique et ses représentants mystiques.

« L’Homme et la Bête »

C’est le rythme des tambours qui ouvre le poème en illustrant le combat symbolique entre l’Homme et la bête. L’homme se préparant au combat est célébré. Celui-ci s’exalte par la danse, qui est le rite pouvant l’aider à libérer sa force. Les peurs sont chassées durant le rituel et la Bête est vaincue lors du combat. L’Homme accède alors au privilège de la nature qui se plie à ses volontés, il est le « Dompteur de la brousse ».

« Congo »

Le poème célèbre le grand fleuve africain. L’eau du fleuve est tantôt liée au rythme musical tantôt à la femme (elle peut être mère de l’Afrique, amante et inspiratrice du poète). Le fleuve devient une figure mythique à laquelle l’Homme et le poète se soumettent, d’autant plus que son rôle de purification annonce une renaissance.

« Le Kaya-Magan »

L’ancien empereur du Mali évoque l’importance de son rôle. Il est celui qui protège et nourrit, mais aussi, de façon plus symbolique, il est décrit comme le « roi de l’or ».

« Teggundal »

Le poète salue celui qu’il appelle Sall et évoque la difficulté de marcher dans le « Pays-haut du Dyêri ». Bientôt, l’itinéraire devient celui d’un parcours sentimental, puis initiatique. De façon plus symbolique, le mot sacré et magique « Teddungal » apparaît. Il est dit qu’il peut restituer le monde à sa vérité.

« L’absente »

Ce guimm est composé de sept parties. Il célèbre l’Afrique et surtout l’une de ses grandes figures mythiques que représente la reine de Saba (ou Makéda).

Partie 1

Le « Dyâli » (troubadour de l’Afrique de l’ouest) est le poète qui demande à ce qu’on célèbre « l’Absente ».

Partie 2

Le rôle du poète est de chanter la beauté de l’Afrique et de « l’Absente ». Il demande aux « jeunes filles » de chanter avec lui.

Partie 3

Le poète chante sa nostalgie de l’Afrique et rassemble les femmes qu’il a aimé autour de la figure de « l’Absente ». C’est aussi son retour qui est annoncé pour le printemps.

Partie 4

Les « jeunes filles » annoncent la sève et donc le printemps. Le poète célèbre alors ce retour « flamboyant » de la vie en Afrique.

Partie 5

L’arrivée de « l’Éthiopienne » (la reine de Saba) annonce un temps nouveau. La liberté semble se profiler comme une révolution.

Partie 6

Le poète, dévoué et ami fidèle (un « féal »), est fasciné par « l’Absente » qui est son inspiratrice.

Partie 7

Le pouvoir de la poésie est opposé à celui de la politique (figure du « Lion »). L’amour et la flamme créatrice sont célébrés par le poète.

« À New York »

Le poète découvre dans un premier temps la grande ville de New York et s’émerveille. Mais au milieu de ce décor urbain, l’angoisse monte rapidement et offre des images funèbres. Le quartier noir de Harlem lui fait penser à son Afrique natale puisqu’il s’y joue la musique jazz et qu’on entend le rythme du tam-tam.

« Chaka »

Il s’agit d’un poème dramatique découpé en deux chants.

Chant I

Le poème est dédié aux martyrs bantous de l’Afrique du Sud et possède une intention politique. Le protagoniste Chaka est fait prisonnier et est sur le point d’être tué. Il souhaite lutter contre la colonisation des Blancs.

Chant II

Chaka se souvient de sa bien-aimée Nolivé. Un chœur et un coryphée (chef du chœur) accompagnent le poète dans sa douleur. Alors que la nuit africaine se confond avec la femme aimée, Chaka espère l’arrivée d’une nouvelle aube avec laquelle « le soleil du monde nouveau » apparaîtra. Or, il meurt en s’affaissant « doucement ».

Deuxième partie

Elle se compose des Épîtres à la Princesse.

« Belborg Belborg ! »

Le poète vient de quitter la France et de laisser sa maîtresse. À ce moment, il prend clairement conscience de sa mission politique auprès de son peuple.

« Ambassadeur du peuple noir… »

La princesse ne répond pas aux missives du poète qui ne cesse pourtant de penser à elle et de la célébrer. Il espère lire une épître d’elle.

« Comme rosée du soir »

Une lettre de la princesse est arrivée. Elle y montre son intérêt pour les malheurs du peuple noir. La beauté de la femme aimée est de nouveau célébrée ainsi que son esprit. Le poète est impatient de la retrouver.

« Princesse, ma Princesse ! »

Le poète se souvient de la princesse restée en France. Une nostalgie s’installe en même temps qu’il renforce son amour pour son peuple qui souffre.

« Princesse, ton épître »

Le poète demande à la princesse de venir le rejoindre. L’Afrique est décrite comme la terre qui détient toutes les « forces de la vie ».

« La mort de la Princesse »

Cet hymne funèbre témoigne du désespoir du poète face à la mort de la princesse.

Troisième partie

Elle est constituée « d’autres chants » où se mêlent huit poèmes élégiaques et mélancoliques qui célèbrent tous la femme aimée absente. Le lyrisme en est le ton principal. En revanche, les deux derniers poèmes font davantage appel à Dieu et à la Vierge Marie.

Postface

Senghor rappelle en quoi la poésie des poètes noirs africains et malgaches tient une place particulière dans l’histoire des lettres françaises. Il évoque des éléments propres à la culture négro-africaine comme l’importance de l’émotion, le rôle de la langue, de l’image et du rythme, et surtout celle du chant.

Le symbole du « métis culturel » qu’est l’écrivain noir d’expression française comme lui termine la réflexion de ce long recueil.

Citation

« New York ! D’abord j’ai été confondu par ta beauté, ces grandes filles d’or aux jambes longues.
Si timide d’abord devant tes yeux de métal bleu, ton sourire de givre
Si timide. Et l’angoisse au fond des rues à gratte-ciel
Levant des yeux de chouette parmi l’éclipse du soleil. »

« À New York »

« Je ne sais en quel temps c’était, je confonds toujours l’enfance et l’Éden
Comme je mêle la Mort et la Vie – un pont de douceur les relie. »

« Je ne sais »

« Mais lumière sur nos visages plus beaux que masques d’or !…
Princesse, nous serons maîtres de la Mort.
Retiens ce message Princesse, nous serons le Ciel et la Terre. »

« Princesse, ton épître »

« La poésie ne doit pas périr. Car alors, où serait l’espoir du Monde ? »

Postface