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Fin de partie, Samuel Beckett
Fiche de lecture

Contexte

Pièce composée d’un seul acte, sans subdivision de scènes. Dédiée à Roger Blin, elle est représentée pour la première fois au Royal Court Theater à Londres, et mise en scène par Roger Blin lui-même. La première publication française date de 1957 aux Éditions de Minuit. Ayant vécu à Paris, Beckett avait la particularité d’écrire ses textes en français, alors même qu’il était irlandais. Dramaturge de l’absurde, il est également romancier. Les personnages de Beckett sont souvent ancrés dans cette solitude et semblent être en perpétuel combat contre elle, contre eux-mêmes, tentant alors d’exprimer l’inexprimable.

L’auteur a vécu la Seconde Guerre mondiale : lorsque la guerre est déclarée, il se précipite à Paris depuis l’Irlande, et se rend disponible, comme il le dit lui-même, pour la France. Il sera résistant, et donc recherché par les forces de la police allemande lorsque le réseau sera démantelé. Il se réfugiera notamment chez son amie Nathalie Sarraute. Touché par les récits de déportation de ses camarades, ses récits sont imprégnés par ce mal du siècle qu’a été la guerre. Beckett, au travers de cette pièce, exprime un profond pessimisme concernant la condition de l’homme et son devenir.

Samuel Beckett

1956

Fin de partie

Genre

Théâtre

Personnages

Hamm : Paralysé et cloué dans son fauteuil, Hamm est un vieil aveugle, doté d’un sifflet et de lunettes noires juchées sur le nez. Hamm est immobile, au centre de la pièce, en attendant que le temps fasse son chemin vers la mort.

Clov  : Il s’occupe du vieux Hamm, fait la cuisine, visiblement, à l’inverse du vieux qui ne peut se lever, lui, ne peut s’asseoir. Caractériel, il a l’air d’en avoir assez de s’en occuper, et regrette d’avoir perdu autant de temps, n’attendant alors plus rien de la vie.

Nagg  : Il émerge d’une des deux poubelles entreposées dans la pièce en réclamant sa bouillie. C’est un personnage qui incarne ce théâtre de l’absurde. Père de Hamm, bon à jeter, c’est un déchet. D’où sa place : la poubelle.

Nell : Elle porte un bonnet de dentelle et émerge de la seconde poubelle. Elle est proche et intimement liée à Nagg. On peut supposer que c’est la mère de Hamm, même si contrairement à Nagg, ceci n’est précisé à aucun moment dans le texte.

Thèmes

L’enjeu de la partie : Un peu comme aux échecs, dont Beckett raffolait, les personnages ne peuvent pas jouer tous seuls. Le vieux Hamm souhaite juste qu’on lui donne la réplique, pour ne pas devenir complètement fou et parler seul. Le titre Fin de partie signifie bien que la fin est proche, que les choses suivent leur cours, qu’il va être temps d’arrêter de se battre.

La misère et la solitude : Ces thèmes sont omniprésents dans les œuvres de Beckett au travers des personnages, qui ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes. C sont des êtres profondément seuls et torturés.

L’absurdité : Absurdité de la vie, de la fin de la vie. Quel rôle tient réellement Hamm ? À quoi sert-il, vieux et handicapé ? Pourquoi les choses arrivent-elles de telle ou telle manière ?

Le temps : Le temps qui passe est évoqué à travers la vieillesse et l’évocation des souvenirs. C’est une thématique récurrente de la pièce.

L’inutilité : Le fait que Hamm soit vieux et donc « bon à jeter », inutile à la société, ne tenant plus aucun rôle, l’enlise dans l’immobilisme et l’inactivité.

Résumé

La pièce est constituée d’un seul acte. La mise en scène instaure une atmosphère lourde, silencieuse et pesante. En effet, il nous est précisé par les didascalies que la pièce est vide : « Intérieur sans meubles. Lumière grisâtre. » Seul, un personnage est au milieu de la scène, assis, recouvert d’un vieux drap, semblant endormi (Hamm). Un autre (Clov) s’affaire et n’a de cesse de bouger, répétant des gestes absurdes.

Les didascalies sont très présentes dans la pièce et il se passe énormément de temps, d’actions silencieuses et un peu absurdes, avant que les personnages ne se mettent à communiquer entre eux.

Une fois le silence rompu, les personnages prennent leur temps pour parler et aller au bout de leur réflexion. Très souvent la didascalie « Un temps. » apparaît. Les didascalies viennent mettre en exergue cette atmosphère propre à la pièce et à l’écriture de Beckett. Cela permet de mettre en place cette attente de la fin, attente qui semble interminable justement. Hamm, le vieux, s’exprime tranquillement, prend le temps, n’ayant plus que cela à faire de ses journées.

Au début de la pièce, les didascalies précisent que le personnage de Clov n’a de cesse de répéter les mêmes gestes inlassablement et est donc en perpétuel mouvement répétitif sur scène, à l’inverse du vieux qui dort, et qui ne peut se déplacer. L’absurde est alors mis en place à travers ce début de pièce au travers du personnage de Clov, qui tourne en rond, ne tient pas en place, répétant inlassablement des gestes absurdes et inutiles tel un lion en cage, tel un fou dans sa chambre d’hôpital (tirer le rideau, rouvrir le rideau, monter sur l’escabeau, descendre de l’escabeau, ouvrir la poubelle, fermer la poubelle etc.).

Tout au long de la pièce, les personnages discutent de manière décousue, le vieux pose des questions quelques fois absurdes et rabâche semble-t-il tous les jours les mêmes questions. Comme une sorte de cercle vicieux, les jours défilent et se ressemblent. Il demande si les graines ont germé, Clov répond qu’elles ne germeront pas, comme si le temps était suspendu ou passé. Comme si il était déjà trop tard, pour eux, pour vivre, pour que la vie reprenne. Le temps leur file entre les doigts, et ils attendent la fin, la libération. Tout au long de la pièce on parle de vue qui baisse, de perte de dents et de perte de cheveux…

Le vieux souhaite se faire promener par Clov dans la pièce et insiste pour toucher le mur pour être sûr que Clov le ballade vraiment correctement le long du mur, puis il souhaite que Clov le remette bien à sa place et n’a de cesse de demander à être plus à droite ou plus à gauche, ne se sentant plus réellement au centre de la pièce. Le théâtre de l’absurde est alors mis en place puisque, étant aveugle, il ne peut pas en avoir réellement conscience. Clov doit par ailleurs, prendre la lunette, monter sur l’escabeau, et décrire tous les jours au vieux ce qu’il se passe au dehors&nbsp : l’océan, l’horizon, le ciel, etc.

Nell et Nag sont déjà sur scène, cachés au fond de leurs poubelles. Ils semblent être dans une situation de pauvreté extrême, vivant dans les poubelles, quémandant un peu de nourriture. Ils sont les parents de Hamm. Lui-même déjà vieux, l’on peut considérer qu’ils incarnent la personnification de la mort, notamment par le biais de ces poubelles dans lesquelles ils se trouvent. Il est même précisé que Nell meurt au cours de la pièce. Ils sont des déchets dont plus personne ne veut, dont personne ne souhaite s’occuper. Pesants tel un fardeau, personne ne sait quoi en faire, ils sont donc là, inertes dans leurs poubelles.

Hamm a besoin d’être rassuré, de savoir si Clov est toujours présent, toujours là pour lui. Le sentiment d’abandon semble l’obséder et comme n’importe qui, il ne souhaite pas se retrouver seul pour mourir. Ne pouvant se déplacer, lorsque Clov disparaît longtemps dans sa cuisine, il panique. Ils ont donc l’idée d’un système pour que Hamm sache si Clov a enfin quitté le domicile, comme il le répète sans cesse, ou si il est toujours présent : le système du réveil. Ainsi, si le réveil sonne, c’est que Clov a quitté le vieux et qu’il est loin, car il aura pris soin d’enclencher le réveil avant de partir. Si le réveil ne sonne pas et que Clov ne réapparaît pas dans le salon, c’est qu’il est mort dans sa cuisine. Le vieux adhère à ce système et le trouve efficace. Des dialogues typiques du théâtre de l’absurde sont présents :

« HAMM :
Ouvre la fenêtre.

CLOV :
Pour quoi faire  ?

HAMM :
Je veux entendre la mer.

CLOV :
Tu ne l’entendrais pas.

HAMM :
Même si tu ouvrais la fenêtre ?

CLOV :
Non.

HAMM :
Alors ce n’est pas la peine de l’ouvrir ?

CLOV :
Non.

HAMM (avec violence) :
Alors ouvre la fenêtre là ! […] »

À la fin de la pièce, Clov ne donne plus de calmant à Hamm, lui expliquant qu’il n’y en a plus et qu’il n’y en aura plus jamais, comme pour spécifier aux spectateurs que c’est la fin. La pièce se termine sur cette image du vieux Hamm, seul dans son fauteuil.

Citation

« Hier ! Qu’est-ce que ça veut dire. Hier ! »

« Tu pues déjà. Toute la maison pue le cadavre. »

«  Un jour tu seras aveugle. Comme moi. Tu seras assis quelque part, petit plein perdu dans le vide, pour toujours, dans le noir. Comme moi. »

« CLOV :
Pourquoi cette comédie, tous les jours ?

HAMM : La routine. On ne sait jamais. (Un temps.) Cette nuit j’ai vu dans ma poitrine. Il y avait un gros bobo.

CLOV :
Tu as vu ton cœur.

HAMM :
Non, c’était vivant. (Un temps. Avec angoisse.) Clov !

CLOV :
Oui.

HAMM :
Qu’est-ce qui se passé ?

CLOV :
Quelque chose suit son cours. »