Fiche de lecture
Gil Blas de Santillane, Alain-René Lesage
Contexte

Après de nombreux succès au théâtre, Lesage décide de s’essayer au roman, dans lequel il réussit tout aussi bien. Il se spécialise dans les romans à coloration espagnole. Pour Gil Blas, il a puisé une nouvelle fois dans cette source. Il fut même accusé de plagiat par Voltaire, puisqu’un écrivain espagnol avait écrit avant lui un Gil Blas.
Effectivement, Lesage a procédé par imitation, mais il s’agit bien d’une œuvre originale, française autant qu’espagnole, et dont l’histoire est transfigurée par son nouvel auteur.

Personnages

Gil Blas : Fils d’un écuyer et d’une duègne (gouvernante), très naïf au début du roman, il apprend peu à peu à connaître le monde.
Fabrice : Jeune homme malin et vif, il est en quelque sorte celui qui initie Gil Blas au monde.
Le docteur Sangredo : Médecin aux méthodes quelque peu archaïques, il tue régulièrement ses malades en pratiquant la saignée.
Antonia : Fille d’un riche laboureur et originaire de la même région que Gil Blas, dont elle devient la première épouse.
Duc de Lerme : Premier ministre d’Espagne, et protecteur de Gil Blas, qui travaillera pour lui.
Comte d’Olivarès : Intriguant de la Cour et protecteur de Gil Blas.
Dorothée : Seconde femme de Gil Blas, qu’il épouse à l’âge de cinquante-huit ans, et dont il aura deux enfants.

Thèmes

Un roman picaresque : Gil Blas est avant tout un roman picaresque, c’est-à-dire le récit d’un héros, d’abord naïf et ignorant, qui découvre le monde et les hommes à travers une suite d’aventures et de voyages. Il s’agit donc d’un récit d’apprentissage, mais qui insiste sur la peinture des mœurs, dans le cadre d’errances, non seulement géographiques mais aussi sociales.
Le roman marque donc par sa riche galerie de portraits, plus intéressante et plus variée que l’histoire elle-même. Lesage fait ici une véritable peinture des hommes et des classes sociales. Comme dans tout roman picaresque, le héros traverse les couches sociales, en mouvements descendants (son séjour chez les brigands, ses multiples emprisonnements et disgrâces) et ascendants (ses séjours à la Cour). On a donc affaire à un jeune homme qui après avoir longtemps servi de valet parvient à se retrouver à la Cour, ce qui est en fait peu probable. Mais c’est que Gil Blas fait preuve d’ambition, il a un désir d’ascension sociale et un certain goût pour les richesses. C’est également un homme plein d’énergie et de volonté, et capable d’héroïsme.
Une représentation de la société de son époque : L’histoire en elle-même semble quelque peu décousue. Cela est dû non seulement au genre du livre lui-même qui, en tant que roman picaresque, doit présenter de nombreuses facettes du monde, mais également au fait que Lesage l’a écrit en plusieurs fois. C’est également que l’histoire compte moins que la description des hommes. Plus encore, on peut lire ce roman comme un tableau historique, qui présente notamment la corruption du monde de la politique et de l’administration, miné par les intrigues. Il y a une véritable critique de la société de la part de Lesage, qui s’en prend à toutes les classes et à tous les types : les valets, les maîtres, les maris trompés, les femmes adultères, les prétentieux, les poètes pédants, les médecins dangereux, les mauvais savants. Chaque profession est dépeinte par ses travers et d’une façon parfaitement réaliste. De plus, le fait de situer l’action en Espagne permet, outre un exotisme plaisant pour le lecteur, de critiquer la situation française sans en avoir l’air et donc sans prendre de risque.

Résumé

Gil Blas quitte la maison de son père à 17 ans pour aller étudier à l’université de Salamanque, sans réel goût pour les études. Mais une série d’épisodes l’en empêche.
Il est d’abord volé par un muletier, qui a compris que le jeune homme était naïf. Mis en difficulté, Gil Blas tombe ensuite aux mains d’une troupe de brigands, avec lesquels il est contraint de vivre quelques temps. Un jour, il parvient à s’enfuir, et à délivrer une femme qui était elle aussi retenue prisonnière. Cet épisode chez les brigands conduit Gil Blas a être accusé à tort et emprisonné, mais il est rapidement innocenté et libéré.
Gil Blas arrive à Valladolid, où il rencontre Fabrice, un compatriote. Par l’intermédiaire de Fabrice, Gil Blas devient le serviteur d’un chanoine, puis d’un médecin, le docteur Sangredo, homme original mais mauvais médecin. La fréquentation du docteur Sangredo permet à Gil Blas d’apprendre un peu de médecine.
Il se rend ensuite à Madrid. Il travaille d’abord pour un petit maître, fréquente des comédiennes et devient l’amant de l’une d’entre elles. Gil Blas change d’employeurs rapidement et passe de maison en maison, de maître en maître, traversant ainsi des milieux et des couches sociales différents.
Il fait la connaissance du Duc de Lerme, dont il devient le favori : une nouvelle vie commence pour lui. C’est désormais le milieu de la politique et du gouvernement qui est décrit. Suite à une intrigue, Gil Blas est à nouveau emprisonné et, une fois libéré, il décide de quitter Madrid. Il retourne chez lui, non sans repasser par Valladolid où il revoit le docteur Sangrado. Lorsqu’il arrive chez lui, il trouve son père sur son lit de mort. Gil Blas décide de se marier et épouse Antonia.
Il se rend ensuite à la Cour, où il est protégé par le roi et devient le favori du comte d’Olivarès. Celui-ci l’envoie à Tolède en mission spéciale. Quelques années passent, pendant lesquelles Antonia meurt. Le Comte d’Olivarès étant tombé en disgrâce, Gil Blas perd un peu de son statut. Il se remarie avec Dorothée, avec laquelle il a plusieurs enfants.

Citation

« Vive Dieu ! s’écria-t-il, partons donc en diligence ; car ce docteur est si expéditif, qu’il ne donne pas le temps à ses malades d’appeler des notaires. Cet homme-là m’a bien soufflé des testaments. »
« Quand il vous arrivera quelque grand malheur, dit un pape, examinez-vous bien, et vous verrez qu’il y aura toujours un peu de votre faute. N’en déplaise à ce saint père, je ne vois pas comment, dans cette occasion, je contribuai à mon infortune. »
« Il [le comte] s’amusa quelque temps à badiner avec un gros singe qu’il avait auprès de lui, et qu’il appelait Cupidon. Je ne sais pourquoi on avait donné le nom de ce dieu à cet animal, si ce n’est à cause qu’il en avait toute la malice ; car il ne lui ressemblait nullement d’ailleurs. Il ne laissait pas, tel qu’il était, de faire les délices de son maître, qui était si charmé de ses gentillesses, qu’il l’avait sans cesse dans ses bras. »
« Je n’étais nullement fâché d’avoir renoncé à la médecine ; au contraire, je demandais pardon à Dieu de l’avoir exercée. Je ne laissai pas de compter avec plaisir l’argent que j’avais dans mes poches, bien que ce fût le salaire de mes assassinats. »