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L’Amant, Marguerite Duras
Fiche de lecture

Contexte

Ce roman aux multiples prix littéraires est un essai mélangeant fiction et autobiographie. Duras y raconte son adolescence en Indochine et son premier amour avec un jeune homme chinois de douze ans son aîné. Bravant les interdits de la société et de sa famille, c’est l’histoire d’une jeune fille qui se découvre et se libère. Entre roman initiatique et fresque de l’Indochine française, Duras nous livre un témoignage poignant et intime. Fidèle à son style et au mouvement du nouveau roman, le texte est éclaté, chargé de silences, de non-dits, d’ellipses permettant une plongée dans l’univers personnel de l’auteur, dans ses rêves et fantasmes.

Marguerite Duras

1984

L’Amant

Genre

Roman

Personnages

Marguerite : Jeune fille de 15 ans, elle prend peu à peu conscience de son pouvoir de séduction et est déjà très mature pour son âge. Alter ego de Marguerite Duras l’écrivain, on note une différence dans la narration quand l’écrivain prend la parole et quand on suit les aventures de son « moi » jeune.

L’amant : Jeune homme chinois de 28 ans, il appartient à une famille riche qui condamne sa relation avec la jeune fille. Pourtant réservé, il initie Marguerite aux plaisirs de l’amour. Son nom n’est jamais cité.

La mère : La mère de Marguerite, veuve et institutrice, possède une terre incultivable à Sadec, dans le delta du Mekong. Violente, il lui arrive de battre sa fille. Elle fait tout pour son fils ainé.

Le grand frère Pierre : Le fils préféré vit une vie de débauche. Il collabore avec les Allemands pendant la guerre, et finira dans la misère, enterré avec sa mère.

Le petit frère Paul : Il s’entend bien avec Marguerite. Il mourra d’une pneumonie.

Thèmes

Les interdits : L’héroïne brave les interdits par son comportement, avec sa relation avec un homme plus âgé et le fait qu’il soit chinois. Elle se bat également contre une famille étouffante et contre une société qui ne tolère pas la différence.

L’autobiographie : Plusieurs points de vues de succèdent au fil du texte. Celui de Marguerite enfant et celui de Marguerite écrivain et âgée. Prenant du recul sur sa propre vie, Duras se permet de fantasmer certains moments, d’en réécrire d’autres, de faire parler la fiction plus que les faits réels. Cela donne de la profondeur au récit où plusieurs époques et narrations s’imbriquent.

La sexualité : Sujet tabou dans beaucoup de sociétés, la sexualité de Marguerite peut paraître choquante. Son absence de pudeur à vivre son amour charnel avec un homme plus âgé est troublante tout comme ses émois homosexuels à propos des grandes femmes de sa vie. Ce thème de l’enfant-adulte est souvent abordé en littérature, par exemple avec Lolita de Nabokov.

Résumé

À 15 ans, Marguerite est mise en pension à Saigon par sa mère. Bien que très jeune elle se maquille et porte des tenues plutôt osées qui sont révélatrices d’une certaine maturité sensuelle Elle porte un chapeau d’homme. Lors d’une traversée du fleuve Mékong, Un passager chinois en limousine la dévore des yeux.

Elle justifie son excentricité : ce chapeau, ces tenues provocantes expriment son souhait de quitter un milieu familial oppressant, rongé par l’échec et le désarroi. On apprend que ce ne sera qu’après la mort de son jeune frère que la jeune fille pourra s’arracher à cette famille haïe. Plus tard, sa mère regagna la France avec son fils préféré.

L’élégant passager de la limousine, un jeune homme chinois, finit par l’aborder avec timidité et lui propose de la raccompagner à Saigon. Pendant le trajet, elle apprend qu’il est d’une famille riche et qu’il revient notamment d’un voyage à Paris.

Un après midi, il l’emmène chez lui, où, brûlant de désir, il l’initie aux plaisirs de l’amour.

Leur relation dure un an et demi pendant lequel la famille jouit de la fortune du jeune chinois sans jamais le remercier. Il est méprisé, notamment par le frère aîné qui se montre cruel. Ce dernier est le préféré de la mère, qui ne résiste pas à ses désirs ou caprices. Il la convainc de battre sa fille pour qu’elle avoue qu’elle couche avec le jeune chinois.

Marguerite Duras se remémore Paris sous l’occupation en 1942. Elle évoque le souvenir de deux femmes : une riche américaine, Marie-Claude Carpenter et Betty Fernandez, une femme qu’elle admire profondément.

À la pension de Saigon, ses sorties nocturnes sont tolérées. Elle rencontre une jeune femme d’une beauté à coupe le souffle, Hélène Lagonelle, qui a 17 ans et ne se rend pas encore compte de son pouvoir érotique. Séduite et troublée, Marguerite s’imagine offrant Hélène à son amant.

L’auteur fait un portrait du frère aîné. Voleur, escroc, détesté, il est pourtant adoré par sa mère qui renie ses enfants pour lui seul. Il finira seul et misérable.

Marguerite évoque le spectacle grandiose de la campagne chinoise la nuit, pendant la saison sèche. Le jeune chinois n’a pas réussi à infléchir son père, leur mariage ne pourra jamais se concrétiser. Elle se rappelle d’autres souvenirs : la folle de Vinhlong, une mendiante qui vendait ses enfants, des séances photos où la famille semblait unie, etc.

Les deux amants réalisent que leur relation ne durera pas. Leur relation et leur intimité s’en trouve renforcée. La jeune fille, une fois seule, réalise qu’elle souhaite devenir écrivain.

Marguerite se souviens de la mort de son premier enfant, et ainsi de la mort de son petit frère. La jeune fille retourne en France, sur un paquebot qui l’emmène loin de son amant.

Un jeune homme se donne la mort pendant la traversée. Elle prend conscience de ses sentiments, elle aussi a tenté de se suicider par amour.

Des années plus tard, elle reçoit un appel téléphonique : le chinois, de passage à Paris, avoue toujours l’aimer.

Citation

« L’histoire de ma vie n’existe pas. ça n’existe pas. Il n’y a jamais de centre. Pas de chemin, pas de ligne. Il y a de vastes endroits où l’on fait croire qu’il y avait quelqu’un, ce n’est pas vrai, il n’y avait personne. »

« Il devient brutal, son sentiment est désespéré, il se jette sur moi, il mange les seins d’enfant, il crie, il insulte. Je ferme les yeux sur le plaisir très fort. Je pense : il a l’habitude, c’est ce qu’il fait dans la vie, l’amour, seulement ça. »

« On s’était trompé. L’erreur qu’on avait faite, en quelques secondes, a gagné tout l’univers. Le scandale était à l’échelle de Dieu. Mon petit frère était immortel et on ne l’avait pas vu. L’immortalité avait été recélée par le corps de ce frère tandis qu’il vivait et nous, on n’avait pas vu que c’était dans ce corps-là que se trouvait être logée l’immortalité. Le corps de mon frère était mort. L’immortalité était morte avec lui. Et ainsi allait le monde maintenant, privé de ce corps visité, et de cette visite. On s’était trompé complètement. L’erreur a gagné tout l’univers, le scandale. »

« Cet amour insensé que je lui porte reste pour moi un insondable mystère. Je ne sais pas pourquoi je l’aimais à ce point là de vouloir mourir de sa mort. J’étais séparée de lui depuis dix ans quand c’est arrivé et je ne pensais que rarement à lui. Je l’aimais, semblait-il, pour toujours et rien de nouveau ne pouvait arriver à cet amour. J’avais oublié la mort. »