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L’Homme qui rit, Victor Hugo
Fiche de lecture

Contexte

Publié en 1869, un an avant le retour de Victor Hugo en France, L’Homme qui rit est un roman philosophique mettant en scène l’une des thématiques favorites de l’écrivain : l’opposition entre le physique et le moral. En effet, à l’instar de Quasimodo dans Notre-Dame de Paris, le héros de L’Homme qui rit est un homme bon, mais horriblement défiguré. Ce roman s’inscrit dans un projet de trilogie politique. Ce premier volume traite de l’aristocratie ; Hugo abordera la révolution avec Quatre-vingt-treize. À l’époque de la rédaction du livre, Hugo s’est vu proposé deux amnisties qu’il a refusées pour ne pas plier devant Napoléon III, qu’il considère comme un tyran. C’est donc à Guernesey, en exil suite à ses prises de position politiques, que Victor Hugo rédige la plus grande partie de ce roman. Cette œuvre complexe, assez érudite, se sert beaucoup de l’allégorie à travers les animaux et les personnages afin de véhiculer les idées. On peut y voir certaines résonances biographiques puisque, comme Gwynplaine, Victor Hugo, nommé pair de France par Louis-Philippe en 1845, a tenté de défendre ses idéaux humanistes avant de voir la barbarie revenir sous la forme du coup d’État de Napoléon III, en 1851.

Victor Hugo

1869

L’Homme qui rit

Genre

Roman

Personnages

Ursus : Vendeur ambulant, Ursus (dont le nom signifie « ours » en latin) est un misanthrope épris de liberté qui trouve en Homo, son loup domestique, un compagnon idéal pour ses errances.

Homo : Ce loup domestiqué, dont le nom signifie « homme » en latin, accompagne Ursus partout. C’est lui qui retrouve Gwynplaine à la fin du livre pour le guider vers Dea et Ursus.

Gwynplaine : Jeune homme défiguré, Gwynplaine est décrit comme un héros, prêt à prendre fait et cause pour les plus faibles. Son seul défaut est peut-être la naïveté qui lui fait croire qu’il peut convaincre les lords de rallier sa cause. En dépit du surnom qui donne son titre au roman, « l’homme qui rit », Gwynplaine est un homme grave et sérieux.

Dea : Jeune fille aveugle sauvée par Gwynplaine quand elle était bébé, elle est belle et fragile. Pour Gwynplaine, elle incarne un idéal, un ange inaccessible.

Josiane : Si Gwynplaine a une belle âme et un physique affreux, l’inverse est vrai pour Josiane. Cette duchesse, sœur de la reine, s’ennuie, dédaigne les hommes, et possède un penchant pervers pour la difformité. Gwynplaine et les contrastes qu’il incarne la fascinent. Pour lui, elle agit comme une tentatrice, l’opposée de la chaste Dea.

Barkilphedro : Débiteur de Josiane, grâce à qui il a obtenu une position enviable, c’est un homme ambitieux qui déteste sa bienfaitrice. À cause de lui, Gwynplaine, et indirectement Dea et Ursus, sont conduits à leur perte.

David Dirry-Moir : Fils illégitime d’un lord, il est supposé épouser Josiane. C’est en réalité le demi-frère de Gwynplaine, qu’il rencontre en se faisant passer pour un matelot du nom de Tim-Tom-Jack.

Thèmes

Le grotesque et le sublime : L’écriture hugolienne favorise les oppositions fortes. Ainsi, l’opposition directe du sublime, compris comme la beauté absolue, qui élève l’âme, sera le grotesque, représenté par des personnages comme Gwynplaine, ou Quasimodo dans Notre-Dame de Paris. Le grotesque de leur apparence cache en vérité le sublime de leur âme.

La politique : L’Homme qui rit est un roman politique, sous la forme d’un réquisitoire contre l’aristocratie, perçue comme oisive face au peuple, besogneux et miséreux. Comme le recueil de poèmes Les Châtiments, L’Homme qui rit est un livre de l’indignation et de la révolte.

Résumé

L’Homme qui rit se déroule dans l’Angleterre de la fin du XVIIe siècle et du début du XVIIIe siècle. Le roman se découpe en deux grandes parties, qui racontent l’enfance puis la vie adulte de Gwynplaine, dont les cicatrices, laissées par des voleurs d’enfants, donnent l’impression qu’il rit en permanence.

Première partie

Ursus adopte Gwynplaine, un enfant défiguré qui a tenté d’échapper à une tempête de neige en se réfugiant dans sa roulotte. Avec lui, il y a un bébé, une petite fille qu’Ursus baptisera Dea, et que Gwynplaine a sauvée alors qu’elle était seule sur le cadavre d’une femme, non loin d’un gibet où se trouvait un autre corps. En les recueillant, Ursus s’aperçoit que Dea est aveugle, mais il se prend d’affection pour eux.

Deuxième partie

Cette partie commence quinze ans après les événements de la première partie. Gwynplaine et Dea sont devenus très proches, même si leur relation reste chaste. Grâce à la troupe de théâtre montée par Ursus, chacun des jeunes gens trouve à s’épanouir malgré son handicap. Cependant, le visage de Gwynplaine fait rire le public.

En parallèle, le roman présente la reine Anne et sa sœur Josiane, jalousée à la fois par la reine et Barkiphedro, qui ne supporte pas son attitude condescendante. Cet homme finit par mettre la main sur une bouteille jetée à la mer par les voleurs d’enfants, les Comprachicos. Il découvre alors la véritable identité de Gwynplaine. On nous présente ensuite le personnage du wapentake, un homme au service de la couronne. Il est doté d’un pouvoir surnaturel qui lui permet de seulement toucher quelqu’un pour l’obliger à le suivre, pouvoir qu’il emploie sur Gwynplaine. Ce dernier apprend alors qu’il fait en réalité partie de la noblesse. Il participe à l’assemblée des lords et donne un discours fervent en faveur des pauvres, mais ne parvient qu’à provoquer l’hilarité de la salle. Gwynplaine décide alors d’abandonner la vie politique et part à la recherche d’Ursus et Dea, contraints à l’exil en raison de la présence illégale du loup à Londres. Homo vient à la rencontre de Gwynplaine et le guide vers Dea et Ursus. Mais Dea, qui a le cœur fragile, meurt sous le choc du retour du jeune homme. Désespéré, celui-ci se suicide.

Citation

« La loquacité de la nuit n’est pas moins lugubre que son silence. On y sent la colère de l’ignoré. »

Première partie, Livre II, chapitre VII

« C’est en riant que Gwynplaine faisait rire. Et pourtant il ne riait pas. Sa face riait, sa pensée non. L’espèce de visage inouï que le hasard ou une industrie bizarrement spéciale lui avait façonné, riait tout seul. Gwynplaine ne s’en mêlait pas. Le dehors ne dépendait pas du dedans. »

Deuxième partie, Livre II, chapitre I

« Je suis celui qui vient des profondeurs. Milords, vous êtes les grands et les riches. C’est périlleux. Vous profitez de la nuit. Mais prenez garde, il y a une grande puissance, l’aurore. L’aube ne peut être vaincue. Elle arrivera. Elle arrive. Elle a en elle le jet du jour irrésistible. Et qui empêchera cette fronde de jeter le soleil dans le ciel ? Le soleil, c’est le droit. Vous, vous êtes le privilège. »

Deuxième partie, Livre VIII, chapitre VII

« Les désillusions se détendent comme l’arc, avec une force sinistre, et jettent l’homme, cette flèche, vers le vrai. »

Deuxième partie, Livre IX, chapitre I