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La Critique de l’École des femmes, Molière
Fiche de lecture

Contexte

La Critique de l’École des femmes est une petite pièce de théâtre en un acte que Molière écrit dans les mois suivants la première représentation de L’École des femmes (décembre 1662). Il s’agit d’une réponse à ses détracteurs, suite à ce qu’on appelle « la querelle de L’École des femmes ». La pièce, qui a connu un grand succès (il s’agit en fait du premier grand succès de la carrière de Molière) a en effet suscité de nombreuses critiques, accusant notamment l’auteur d’impiété et d’immoralité. Des dramaturges rivaux n’hésitent pas à faire jouer des pièces parodiques qui se mêlent de sa vie privée. Molière bénéficie cependant de la protection du roi, qui lui a donné le libre usage du théâtre du Palais-Royal en 1661, et qui assiste à de nombreuses de ses pièces. À travers cette œuvre courte, qui met en scène une banale conversation de salon portant sur l’objet de la polémique, la pièce L’École des femmes, Molière répond à ses détracteurs par l’intermédiaire de personnages de pédants ou de précieuses opposés au bon sens de leurs adversaires. Molière y aborde également le statut de la comédie, souvent jugée inférieure à la tragédie.

Jean-Baptiste Poquelin dit Molière

1663

La Critique de l’École des femmes

Genre

Théâtre

Personnages

Uranie : C’est elle qui reçoit, dans son salon. Elle a vu L’École des femmes avec sa cousine et l’a beaucoup appréciée.

Élise : Cousine d’Uranie, elle a également apprécié la pièce et fait semblant de se ranger à l’avis de Climène pour la railler.

Le marquis : Qualifié de « turlupin » par Élise (c’est-à-dire, un mauvais plaisantin, quelqu’un qui fait des « turlupinades »), il affirme avoir détesté la pièce, sans pour autant donner le moindre argument pour étayer son opinion.

Dorante : C’est lui le principal défenseur de la pièce. Il répond point par point à tous les arguments de Lysidas.

Lysidas : Lysidas est un dramaturge assez pédant, qui aime être écouté et exposer ses opinions.

Galopin : Le domestique d’Uranie.

Thèmes

La comédie : Dans une certaine mesure, La Critique de l’École des femmes peut se lire comme un plaidoyer en faveur de la comédie. Molière y défend ses vues sur la valeur de ce genre théâtral par rapport à la tragédie, mais montre aussi que la comédie sert avant tout à faire rire le public et à lui faire prendre du plaisir.

La préciosité : Ce courant, qui est à la fois un genre esthétique et une mode sociale, a déjà été l’objet des critiques de Molière dans la pièce Les Précieuses ridicules (1659). Ici, c’est le personnage de Climène qui incarne la précieuse. Son attitude exagérée, et l’absurdité de ses arguments soulignent son hypocrisie lorsqu’elle fait mine de s’offusquer.

Le pédantisme : À travers le personnage de Lysidas, Molière critique les soi-disant experts, qui, parce qu’ils sont auteurs ou comédiens, prétendent savoir quelles sont les règles d’une bonne comédie.

Résumé

L’action se déroule le temps d’une entrevue dans un salon, juste avant le dîner. Les personnages se réunissent pour échanger leurs opinions sur une pièce qu’ils ont tous vue récemment, L’École des femmes.

Scène 1

Élise et Uranie attendent l’arrivée de Dorante dans leur salon. Élise se plaint d’être poursuivie par un marquis aux manières grossières.

Scène 2

Élise et Uranie sont surprises par l’arrivée inattendue de Climène, que les deux cousines méprisent.

Scène 3

Climène entre en affichant une attitude exagérément choquée. Quand on lui demande des explications, elle répond que c’est à cause de la pièce qu’elle a vue : « Je viens de voir, pour mes péchés, cette méchante rapsodie de L’École des femmes. Je suis encore en défaillance du mal de cœur que cela m’a donné, et je pense que je n’en reviendrai de plus de quinze jours. »

Les cousines lui assurent qu’elles l’ont vue aussi, et qu’elles l’ont appréciée. S’ensuit un débat dans lequel Élise se moque ouvertement de la faiblesse des arguments de Climène, qui ne s’aperçoit de rien.

Climène fait notamment référence à une scène dans laquelle Arnolphe, le vieux barbon amoureux d’Agnès, demande à cette dernière ce qu’elle a fait avec Horace. Agnès livre une réponse très hésitante, qu’elle n’achève pas tout de suite. Elle dit donc « Il m’a pris le… » avant de finalement avouer « Il m’a pris le ruban que vous m’aviez donné. » Climène s’offusque de ce « le », ce qui donne lieu à une tirade qui tourne le personnage en ridicule en raison de l’absurdité de ses propos : « Ah ! ruban, tant qu’il vous plaira ; mais ce le, où elle s’arrête, n’est pas mis pour des prunes. Il vient sur ce le d’étranges pensées. Ce le scandalise furieusement ; et quoi que vous puissiez dire, vous ne sauriez défendre l’insolence de ce le. »

Scène 4

Cette scène sert de court intermède dans la pièce, avec un quiproquo assez caractéristique du genre de la comédie. Le marquis évoqué par les cousines au début de la pièce entre en scène malgré Galopin, qui essayait de lui interdire l’accès en prétendant qu’Uranie était sortie (celle-ci l’avait réprimandé pour avoir laissé passer Climène).

Informé du sujet de la conversation, le marquis s’empresse de donner son avis sur la pièce, qu’il a détestée, sans toutefois être capable de justifier pourquoi.

Scène 5

Dorante rejoint la scène et entre aussitôt dans la conversation, pour défendre la pièce. Il essaie de comprendre pourquoi le marquis l’a détestée, mais ce dernier n’a aucun argument, à part que le parterre, où se situent les spectateurs les moins riches (les autres ont droit à des places sur les balcons), a ri. Le marquis ne veut pas s’amuser de vulgarités qui font rire le peuple.

Scène 6

Lysidas, un auteur, entre en scène. Après quelques réticences affectées, il admet ne pas avoir une haute opinion de la pièce. Climène avance que la pièce est offensante pour les femmes. Uranie répond qu’il faut regarder les comédies en prenant du recul : « Toutes les peintures ridicules qu’on expose sur les théâtres doivent être regardées sans chagrin de tout le monde. Ce sont miroirs publics, où il ne faut jamais témoigner qu’on se voie ; et c’est se taxer hautement d’un défaut, que se scandaliser qu’on le reprenne. »

Lysidas fait ensuite remarquer qu’il s’agit seulement d’une comédie, et que ce genre n’atteindra jamais la beauté des pièces sérieuses, opinion à laquelle Dorante s’oppose fortement en faisant valoir l’aspect réaliste de la comédie par rapport à la tragédie : « Car enfin, je trouve qu’il est bien plus aisé de se guinder sur de grands sentiments, de braver en vers la Fortune, accuser les Destins, et dire des injures aux dieux, que d’entrer comme il faut dans le ridicule des hommes, et de rendre agréablement sur le théâtre les défauts de tout le monde. »

Dorante critique ensuite la pédanterie de Lysidas, et Uranie renchérit : « C’est une étrange chose de vous autres messieurs les poètes, que vous condamniez toujours les pièces où tout le monde court, et ne disiez jamais du bien que de celles où personne ne va. »

Lysidas met ensuite en avant le fait que L’École des femmes ne respecte pas les règles de la grande comédie, ce à quoi Dorante répond que la seule règle importante, c’est de plaire à son public. Il dit, en somme, qu’il est inutile de bouder son plaisir. « Je voudrais bien savoir si la grande règle de toutes les règles n’est pas de plaire ; et si une pièce de théâtre qui a attrapé son but n’a pas suivi un bon chemin. Veut-on que tout un public s’abuse sur ces sortes de choses, et que chacun ne soit pas juge du plaisir qu’il y prend ? »

La dispute se poursuit, avec le marquis, Climène, et Élise qui fait semblant d’être dans le camp de Lysidas, et qui approuve tous ses propos, contre Dorante, et la plus discrète Uranie. Ils reviennent sur plusieurs points de la pièce particulièrement sujets aux critiques. Uranie, amusée par la situation, suggère d’en faire une comédie.

Scène 7

La pièce se termine lorsqu’ils décident d’aller dîner, chacun satisfait et sûr de son opinion.

Citation

« URANIE :
[…] Il sied mal de vouloir être plus sage, que celles qui sont sages. L’affectation en cette matière est pire qu’en toute autre ; et je ne vois rien de si ridicule, que cette délicatesse d’honneur, qui prend tout en mauvaise part ; donne un sens criminel aux plus innocentes paroles ; et s’offense de l’ombre des choses. »

Scène 3

« DORANTE :
[…] à le prendre en général, je me fierais assez à l’approbation du parterre, par la raison qu’entre ceux qui le composent, il y en a plusieurs qui sont capables de juger d’une pièce selon les règles, et que les autres en jugent par la bonne façon d’en juger, qui est de se laisser prendre aux choses, et de n’avoir ni prévention aveugle, ni complaisance affectée, ni délicatesse ridicule. »

Scène 5

« DORANTE :
[…] En un mot, dans les pièces sérieuses, il suffit, pour n’être point blâmé, de dire des choses qui soient de bon sens, et bien écrites ; mais ce n’est pas assez dans les autres ; il y faut plaisanter ; et c’est une étrange entreprise que celle de faire rire les honnêtes gens. »

Scène 6

« DORANTE :
[…] Laissons-nous aller de bonne foi aux choses qui nous prennent par les entrailles, et ne cherchons point de raisonnements pour nous empêcher d’avoir du plaisir. »

Scène 6