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La Leçon, Eugène Ionesco
Fiche de lecture

Contexte

Eugène Ionesco écrivit La Leçon en 1950, qui fut représentée pour la première fois le 20 février 1951, au théâtre de Poche de Paris.

La Leçon est l’une des premières œuvres de l’auteur et du théâtre de l’absurde, dont Ionesco est l’un des fondateurs. Ionesco préférait le terme de « théâtre de la dérision » pour désigner ce théâtre qui s’est développé dans une période d’innovation dramatique, au cœur d’un XXe siècle marqué par le traumatisme de la Seconde Guerre mondiale et des régimes totalitaires. Ce théâtre rompt avec le théâtre classique par l’absence d’action et parce qu’il met en scène des anti-héros entre lesquels la communication est rendue impossible à cause d’un langage qui est volontairement déstructuré, constamment hasardeux et lacunaire, vidé de tout sens. Ce théâtre, qui mélange les registres, joue souvent d’un humour noir qui crée un malaise chez les spectateurs parce qu’il vise à leur révéler l’absurdité de l’Homme et la déraison du monde.

C’est exactement l’effet produit par La Leçon, qu’Eugène Ionesco qualifie de « drame comique ».

Eugène Ionesco

1951

La Leçon

Genre

Théâtre

Personnages

Le Professeur : Ce personnage, qui a entre 50 et 60 ans, se révèle être un tyran, très autoritaire, froid et distant avec son élève qu’il réduit au silence en lui imposant à plusieurs reprises de se taire, même lorsque celle-ci se plaint de son mal de dents auquel il reste tout à fait insensible. S’il détient l’autorité professorale en exposant magistralement son savoir, ce personnage se révèle n’être qu’un faux savant, très pédant, qui multiplie les affirmations évidentes et dont le discours est à la fois creux et absurde. C’est un personnage ridicule et caricatural mais aussi inquiétant.

La jeune élève : Elle est une jeune fille de 18 ans sotte et naïve, qui souhaite passer le « doctorat total ». Sa gaité et sa vivacité déclinent au fil de la pièce à cause de son mal de dents et du caractère de plus en plus autoritaire et insensible du Professeur.

La bonne : Elle a de 45 à 50 ans. Elle semble tenter de canaliser le Professeur, mais sans grand succès. Elle est la complice du Professeur en ce qu’elle n’empêche pas l’élève d’entrer et de se faire tuer, puis elle couvre le Professeur après la mort de l’élève.

Thèmes

Critique du pouvoir : Ionesco fait la critique du pouvoir, et plus exactement du pouvoir professoral, à travers le personnage du Professeur, tyran ridicule et caricatural. Ce personnage a une dimension inquiétante parce qu’il détient le pouvoir du savoir et du silence : il impose à l’élève de l’écouter et lui interdit de participer à la leçon en prenant la parole.

Démythification de l’autorité : Le caractère ridicule du Professeur qui tient un discours absurde et vide de sens est une façon de démythifier l’autorité, professorale en particulier, mais aussi en général.

Parodie du discours pédagogique : Le Professeur compense le vide et l’absurdité de son discours par une forme oratoire péremptoire, en ayant recourt au présent de vérité générale et à des termes compliqués, alors qu’il multiplie les affirmations évidentes (« toute langue n’est en somme qu’un langage »), les exemples inadéquats et les métaphores inappropriées. Il donne l’impression de développer une démonstration logique qui aboutit finalement à des affirmations tout à fait creuses.

Satire des faux savants : Avec la caricature ridicule du personnage du Professeur, Ionesco fait la satire des pédants, de ceux qui prétendent détenir le savoir, mais dont le discours est désespérément creux.

Dénonciation de la tyrannie entre les hommes : À travers le personnage tyrannique du Professeur, à la fois brutal et insensible à la douleur de la jeune fille qu’il semble vouloir terrifier et qu’il maltraitera, Ionesco dénonce la tyrannie entre les hommes.

Résumé

Dans cette pièce composée d’un seul acte, Ionesco met en scène un vieux professeur qui reçoit chez lui une jeune élève. Après avoir évalué ses connaissances, il s’ensuit un cours sur l’arithmétique puis une étude des langues. Mais au fil de la leçon, le Professeur perd son calme face à une élève déconcentrée par un terrible mal de dents.

La pièce s’ouvre sur le retentissement de la sonnette de la porte d’entrée du Professeur. C’est la bonne qui va ouvrir à la jeune élève. Elle l’invite à prendre place dans le lieu où va être donnée la leçon et appelle le Professeur. Lorsque ce dernier entre en scène, après quelques civilités très banales, il questionne la jeune fille sur ce qu’elle désire apprendre. Pendant les premières répliques de la scène, le Professeur bégaie légèrement. L’élève lui confie vouloir passer le « doctorat total ». Le Professeur, qui paraît satisfait de cette motivation, cherche ensuite à évaluer le niveau et les connaissances de la jeune élève en lui posant quelques questions : « […] je commencerai par faire un examen sommaire de vos connaissances passées et présentes, afin de pouvoir en dégager la voie future… Bon. Où en est votre perception de la pluralité ? »

Ensuite, la leçon commence avec un peu d’arithmétique, mais les interrogations du Professeur remettent en cause le bien-fondé de la leçon dans le sens où il est absurde de demander à une jeune fille de 18 ans de résoudre de simples additions. Toutefois, ces échanges font éclater la sottise de la jeune élève et son incapacité à résoudre des soustractions aussi simples que les additions.

Le Professeur juge alors qu’elle ne pourra pas passer le « doctorat total » et lui conseille de se concentrer sur le « doctorat partiel ». Le duo passe ensuite de la leçon d’arithmétique à une leçon de linguistique puis de philologie. Progressivement, le discours du Professeur devient unilatéral, il ne s’agit plus vraiment d’échanges en ce qu’il expose magistralement, avec un air très pédant, un savoir qui se révèle erroné, notamment lorsqu’il introduit une leçon sur le néo-espagnol qu’il convient de prononcer comme du français.

Cette étude des langues est interrompue à plusieurs reprises par la distraction de la jeune fille qui se plaint de ses maux de dents. La tension monte à chaque fois qu’elle se plaint de sa douleur car le Professeur perd patience, et lui adresse plusieurs mystérieux avertissements. Ne se contrôlant plus, il devient de plus en plus cruel : à la violence verbale succède la violence physique. Il menace la jeune fille avec un couteau, et le viol est suggéré dans l’échange et les postures des personnages. La jeune élève est tuée, et l’on apprend par le personnage de la bonne, qui sermonne avec légèreté le Professeur, que cela arrive très fréquemment : « c’est la quarantième fois, aujourd’hui !… Et tous les jours c’est la même chose ! Tous les jours ! »

La bonne couvre donc le Professeur, et le cadavre est emporté pour accueillir une nouvelle élève afin qu’une nouvelle leçon puisse commencer.

Cette fin reproduit la situation initiale et met en exergue la structure cyclique de la pièce.

Citation

« L’ÉLÈVE :
[…] J’ai une telle soif de m’instruire. Mes parents aussi désirent que j’approfondisse mes connaissances. Ils veulent que je me spécialise. Ils pensent qu’une simple culture générale, même si elle est solide, ne suffit plus, à notre époque.

LE PROFESSEUR :
Vos parents, mademoiselle, ont parfaitement raison. Vous devez pousser vos études. Je m’excuse de vous le dire, mais c’est une chose nécessaire. La vie contemporaine est devenue très complexe. »

« L’ÉLÈVE :
J’ai mal aux dents, monsieur.

LE PROFESSEUR :
Ça n’a pas d’importance. Nous n’allons pas nous arrêter pour si peu de chose. Continuons… »

« LE PROFESSEUR :
… et ceci est encore un principe fondamental, toute langue n’est en somme qu’un langage, ce qui implique nécessairement qu’elle se compose de sons, ou…

L’ÉLÈVE :
Phonèmes…

LE PROFESSEUR :
J’allais vous le dire. N’étalez donc pas votre savoir. Écoutez plutôt. »

« LE PROFESSEUR, irrité :
Ce n’est pas ma faute ! Elle ne voulait pas apprendre ! Elle était désobéissante. C’était une mauvaise élève ! Elle ne voulait pas apprendre ! »