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La Vie devant soi, Émile Ajar
Fiche de lecture

Contexte

Au centre de l’affaire Ajar/Gary, ce roman sorti en 1975 sème la polémique. Romain Gary se réjouit de ses deux prix Goncourt et de son pied de nez au monde littéraire. Écrit sous le pseudonyme d’Émile Ajar, La Vie devant soi est une réflexion sur la vieillesse mêlant humour et franc parler. Le roman est situé dans le quartier parisien de Belleville, ce quartier populaire est un carrefour de multiples communautés. Ces différentes ethnicités se ressentent dans le discours si particulier de son héros, Momo, un jeune garçon de 10 ans. C’est également une histoire d’amour peu commune entre un petit garçon mulsuman et une vieille dame juive qui veillent l’un sur l’autre avec une tendresse particulière.

Romain Gary dit Émile Ajar

1975

La Vie devant soi

Genre

Roman

Personnages

Momo (Mohammed) : Enfant musulman de 10 ans (en réalité 14), il est le fils de M. Youssef Kadir et d’une prostituée. À 3 ans, il est confié à Mme Rosa dans son foyer pour « enfants de putes ». Il s’exprime avec un langage bien à lui, mêlant humour et parler de la rue.

Madame Rosa : Veille femme juive de 65 ans, ancienne prostituée, elle tient un foyer où elle s’occupe des enfants de la rue moyennant des mandats mensuels. Elle a connu le camp d’Auschwitz et la rafle du Vel d’hiv. Elle a une très mauvaise santé et perd ses cheveux.

Docteur Katz : Vieux docteur juif, il a de la sympathie pour Momo et Mme Rosa.

Madame Lola : Ancien boxer sénégalais désormais travesti au bois de Boulogne, il aide Momo à s’occuper de Mme Rosa lors de ses crises de démence.

Monsieur Hamil : Vieux monsieur musulman aveugle, il donne des conseils à Momo. Il a deux livres de chevet, le Coran et Les Misérables.

Banania et Moïse : Les autres enfants en pension chez Mme Rosa sont plus jeunes que Momo.

Thèmes

La maladie : Le roman est une réflexion sur la vieillesse et la maladie. Mme Rosa se mourant, elle passe par des moments de confusion et de trouble. Le corps ne suivant plus, l’auteur n’épargne ni à Momo, ni au lecteur, des détails crus et tristes.

Le langage : Le parler de Momo est l’élément fondateur du roman. Mélangeant l’argot, les expressions désuètes qu’il a entendues ou encore prenant un mot pour un autre, son langage est une langue à part entière. Il est révélateur du quartier multiculturel qu’est Belleville, mais aussi des tourments internes du petit garçon qui grandit.

La vie de la rue : Momo évolue dans un monde d’adultes, il n’est pas un enfant comme les autres. Il fréquente des prostituées, des drogués, des travestis. Il n’y a plus de barrières entre le monde de l’enfance et celui des adultes, entre celui du foyer et celui de la rue. Les rôles sont également inversés : c’est Momo qui finira par s’occuper de Mme Rosa après qu’elle eut pris soin de lui.

Résumé

L’histoire se déroule à Paris dans le quartier de Belleville, en 1970. Momo a été laissé en pension depuis ses 3 ans chez Mme Rosa, une ancienne prostituée à la retraite. L’état de santé de Mme Rosa inquiète de plus en plus Momo, qui cherche de l’aide parmi les voisins du quartier. Il ne veut pas abandonner Mme Rosa car c’est sa mère de substitution mais il comprend bien qu’il faut qu’il trouve une solution pour le moment ou elle ne sera plus là.

Chapitres 1 à 4

Mme Rosa à de plus en plus de mal à monter ses six étages sans ascenseur. Le petit Momo s’interroge sur sa vie et sur l’absence de ses parents. Pour s’occuper, il vole un chien puis le vend à une dame. Il jette l’argent dans le caniveau. Mme Rosa s'inquiète de son comportement.

Chapitres 5 à 7

Momo découvre au sous sol le « trou juif » de Mme Rosa : c’est une planque qu’elle s’est aménagée avec un fauteuil et des bougies. Elle reste traumatisée de son expérience à Auschwitz. Elle alterne des phases de lucidité et d’autres où elle tombe dans un état léthargique. Momo fréquente la salle d’attente du docteur pour occuper ses journées.

Chapitres 8 à 12

Momo s’est bricolé un pantin avec un vieux parapluie. Il l’exhibe dans la rue pour gagner un peu d’argent. Il est fasciné par les vitrines animées des grands magasins. Il traîne avec les drogués et les communautés noires de Belleville et vole de quoi s’habiller et manger pour aider Mme Rosa.

Chapitres 13 à 16

Momo suit une jeune femme blonde dans la rue. Elle travaille comme doubleuse et semble intriguée par Momo. Il aimerait se faire adopter mais n’ose pas abandonner Mme Rosa.

Chapitres 17 à 20

Mme Rosa multiplie les crises. Elle ne peut plus sortir seule et passe des heures dans un état d'hébétude. Mme Lola et des voisins viennent aider Momo à la laver et la faire bouger. Des amis l'amènent en voiture dans les rues où elle travaillait. Cette escapade lui faisant remontrer ses souvenirs, elle enfile des vêtements osés, se maquille à outrance et se prélasse dans des poses lascives. Momo est choqué et s'inquiète de plus en plus pour sa santé.

Chapitres 21 à 24

Momo fait venir des amis africains afin d'exorciser Mme Rosa de son mal. Le lendemain, un homme sonne à la porte et se présente comme M. Kadir, le père de Mohammed. Momo apprends que son père à des problèmes mentaux et qu’il a tué sa mère. Il a en réalité 14 ans, et cette découverte lui fait un choc. Mme Rosa explique à M. Kadir qu’elle s’est trompée d’enfant et, sous le coup de l’émotion, M. Kadir meurt d’une crise cardiaque. Momo et Mme Rosa sont rassurés car ils pourront rester ensemble encore un peu.

Chapitre 25 à 27

Momo se retrouve chez la jeune dame blonde et son mari. Il leur raconte toute son histoire, étonné de les voir si attentifs. Pendant ce temps Mme Rosa dépérit, elle a besoin de soins constants mais refuse d’aller mourir à l'hôpital et d'être maintenue dans un état végétatif.

Chapitre 27 à 31

Le docteur Katz insiste pour amener Mme Rosa à l'hôpital. Momo se sentant grandi de 4 ans de plus se dispute avec le docteur et lui demande pourquoi il ne peut pas l'euthanasier. Il invente finalement un mensonge : la famille de Mme Rosa va venir la chercher en avion et la ramener en Israël où elle pourra mourir sur la terre de ses ancêtres. Tout le monde dans le quartier semble rassuré et heureux pour Mme Rosa.

Chapitre 32

Momo et Mme Rosa descendent dans son trou juif. Elle s’installe dans son fauteuil et Momo à ses cotés. Elle s’éteint finalement et Momo, n’étant pas prêt à l’accepter, parfume et maquille Mme Rosa jour après jour. Il campe avec elle jusqu'à ce que l’odeur attire les voisins et qu’ils découvrent que Momo veille la dépouille de Mme Rosa depuis trois semaines.

Citation

« Je n’avais rien appris du tout. J’étais encore plus sûr que la juive me faisait des cachotteries mais je tenais pas tellement à savoir. Plus on connaît, moins c’est bon. »

Chapitre 8

« Il y avait des mois que les mandats n’arrivaient plus pour Banania, Madame Rosa n’avait jamais vu la couleur de son argent, sauf quand il a débarqué, parce qu’elle s’était fait payer deux mois d’avance. Banania allait maintenant gratuitement sur ses quatre ans et il se conduisait sans gêne, comme s’il avait payé. »

Chapitre 10

« Mais je tiens pas tellement à être heureux, je préfère encore la vie. Le bonheur c’est une belle ordure et une peau de vache et il faudrait lui apprendre à vivre. On n’est pas du même bord, lui et moi, et j’ai rien à en foutre. »

Chapitre 10

« Je me souviens très bien de ce moment dans ma vie parce qu’il était tout à fait comme les autres. Chez moi c’est toujours la vie de tous les jours mais j’ai des moments où je me sens encore moins bien. »

Chapitre 12