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Le Procès, Franz Kafka
Fiche de lecture

Contexte

Le Procès est le deuxième livre qu’écrit Kafka, en 1914. À l’instar de la plupart des œuvres de l’auteur, Le Procès n’était pas achevé à la mort de Kafka. Ce fut son ami Max Brod qui le publia en 1925, un après sa mort.

Kafka a rédigé en premier lieu la fin et le début de son roman, se laissant la possibilité d’enrichir son contenu à volonté. Aussi, on s’accorde à dire que cette œuvre, en particulier, comporte une grande part autobiographique : K., employé de banque en proie à une culpabilité inexplicable, cherche par tous les moyens à prouver son innocence alors qu’il ignore sa faute. Cette intrigue fait écho à la problématique qui a occupé l’existence de Kafka, c’est-à-dire, la culpabilité, omniprésente également dans sa Lettre au père.

Le titre comporte un double sens : d’une part, le roman est effectivement centré sur le procès de Joseph K. ; d’autre part, son sens renvoie à un « processus » absurde qui se solde par la condamnation à mort de l’accusé.

Franz Kafka

1925

Le Procès

Genre

Roman

Personnages

Joseph K. : Haut employé de banque, il est un jour arrêté sans motif apparent. Il se débat contre les incohérences judiciaires et bureaucratiques en vain et finit par se soumettre face à une loi absurde : il est exécuté un an après son arrestation alors que sa faute restera à jamais inconnue.

Mademoiselle Bürstner : Mlle Bürstner est la voisine de K. qui le fuit après avoir appris son arrestation.

Mademoiselle Montag : Amie de Mlle Bürstner, elle demande à K. de cesser sa relation avec cette dernière.

L’oncle : L’oncle de K. tente d’offrir son aide en l’orientant vers un avocat.

Léni : Léni est une jeune infirmière nymphomane qui séduit les clients de M. Huld.

Maître Huld : Avocat alité et malade, il apparaît rapidement comme incompétent et inutile pour K. qui le congédie.

Titorelli : Titorelli est un peintre corrompu qui survit dans un appartement de fortune : il est le seul personnage qui se révèlera capable de répondre aux questions de K.

L’abbé : L’abbé est le dernier personnage que rencontre K., lui contant la fameuse parabole de la loi qui est un apologue de la justice absurde et tragique.

Thèmes

La culpabilité : Tout au long du roman, on ignore la faute de K. Cette information est sciemment éludée car ce qui importe, c’est le processus, le traitement de la faute. On peut également interpréter le cheminement de K. comme celui de l’homme ne pouvant jamais se repentir de sa culpabilité humaine (face à une puissance telle que Dieu, par exemple).

La critique de l’institution : Kafka en sait plus qu’il n’en faut sur les fonctionnements des institutions modernes puisqu’il a travaillé dans une compagnie d’assurance. Dans ce roman, la bureaucratie reflète l’inhumanité. Elle plonge l’individu dans un sentiment d’étrangeté au monde.

L’onirisme : Le rêve est très présent dans le procès, notamment par rapport à l’espace qui paraît labyrinthique, infini.

Le roman de l’absurde : Le Procès est marqué de cette théâtralité de l’absurde qui marquera les pièces de Sartre ou Beckett. Sa trame est composée de 10 scènes. Tous les repères habituels (les noms et les lieux) sont estompés pour conférer à l’œuvre cette atmosphère de non-sens, proche de la folie.

Résumé

Le Procès est un roman de l’absurde du début du XXe siècle construit en dix chapitres qui se déroule dans une ville inconnue sur une période d’un an.

Joseph K. est un jour arrêté chez lui sans motif. Il va dans un premier temps chercher à se défendre et à comprendre sa faute. Mais il se heurte aux fonctionnements incohérents du tribunal et de son avocat qui ne font que lui faire perdre son temps. À force d’échecs, il finit par accepter l’absurde, c’est-à-dire, cette culpabilité qui demeure à jamais inconnue, mais pourtant pesante, et finit par se laisser exécuter dans une carrière.

Chapitre I

Arrestation

Le matin de son trentième anniversaire, Joseph K. haut employé d’une grande banque est réveillé par un inspecteur et deux gardiens. Ces derniers sont envoyés par le tribunal pour procéder à l’arrestation de K. sans en donner le motif. Ils laissent cependant K. en liberté, qui va au travail surveillé par trois de ses collègues (Rabensteiner, Kullich et Kaminer) amenés par l’inspecteur afin de garantir une arrestation en toute discrétion. Restant dans l’incompréhension, K. effectue finalement sa journée de travail normalement.

Conversation avec Mme Grubach, puis avec Mlle Bürstner

Le soir, il s’excuse auprès de sa logeuse, Mme Grubach, et tente de comprendre la situation. Lorsque Mlle Bürstner (sa voisine) rentre du théâtre, il lui raconte cette troublante arrestation puis l’embrasse et regagne sa chambre.

Chapitre II

L’amie de Mlle Bürstner

K. épie Mlle Bürstner qui l’évite depuis leur discussion à propos de l’arrestation. Un jour en rentrant du travail, il entend des bruits dans le vestibule : Mme Grubach, avec qui il s’est réconcilié, lui apprend que Mlle Montag est en train de déménager pour s’installer chez son amie, Mlle Bürstner. Mlle Montag lui fait savoir que son amie ne veut plus le revoir et elle lui demande en conséquence de ne plus les importuner. En dernier recours, K. tente de s’introduire chez Mlle Bürstner, mais en vain.

Chapitre III

Premier interrogatoire

K. reçoit un appel le sommant de se rendre au tribunal un dimanche, sans précision sur l’heure et le lieu. Le jour venu, K. se rend au tribunal dans lequel il erre avant de trouver la bonne porte. Il se trouve confronté à une assemblée de vieillards qui lui reprochent son retard. Puis l’interrogatoire commence et se transforme rapidement en une mascarade, présidée par un juge sévère. K. plaide longuement sa cause, démontrant l’absurdité d’un tel système en apostrophant l’audience et suscitant l’hostilité de cette dernière. Mais sa plaidoirie est interrompue par un couple indiscret (la jeune laveuse et l’étudiant Berthold qui badinent au fond de la salle) ce qui amuse l’assemblée. Exaspéré par toutes ces incohérences, K. quitte le tribunal, malgré les menaces du juge, se disant qu’il a perdu son temps.

Chapitre IV

Dans la salle d’audience déserte

K. attend pendant une semaine une autre convocation du tribunal. Ne recevant rien, il décide de se rendre le dimanche à nouveau au tribunal. Il gagne la même salle d’audience qu’il trouve vide. Il y rencontre la femme de l’huissier qui lui propose son aide en lui faisant des avances.

L’étudiant

Soudainement, l’étudiant de droit du dimanche dernier (Berthold) fait irruption dans la salle, disant être l’amant de la femme de l’huissier. Le couple quitte la salle.

Le bureau des greffes

K. erre dans les bureaux du tribunal où il finit par rencontrer l’huissier : celui-ci se plaint faiblement des infidélités de sa femme, les considérant comme une fatalité. Il informe K. que bien d’autres accusés sont sans nouvelles de leurs dossiers. Ils se séparent et K. se rend alors compte qu’il est perdu : dans la pesanteur des bureaux, il fait un malaise, prenant conscience pour la première fois de la faiblesse de son corps. Deux employés l’aident ensuite à gagner la sortie.

Chapitre V

Le bourreau

Un soir, K. sort tard du travail. En quittant la banque, il entend du couloir des gémissements en provenance d’un débarras : il y surprend les deux agents qui l’avaient arrêté se faisant fouetter par un bourreau. Ces derniers lui demandent de l’aide. K. essaie alors de soudoyer le bourreau mais il refuse : ils sont condamnés pour avoir tenté de voler les chemises de K. Il quitte alors le débarras. Le lendemain, en repassant devant le débarras à nouveau, K. constate que « tout était exactement tel qu’il l’avait trouvé la veille en ouvrant la porte. » Il referme alors la porte ne pouvant supporter la scène.

Chapitre VI

L’oncle

L’oncle de K. lui rend visite à la banque un après-midi, ayant appris de sa fille que son neveu est accusé. Il lui offre son aide au nom de l’honneur familial en lui conseillant de prendre un avocat. K. accepte et ils se rendent chez Me Huld.

Léni

En arrivant chez Me Huld, K. et son oncle sont accueilli par Léni, une charmante infirmière qui manifeste d’emblée un désir presque nymphomane pour K. Me Huld est un vieillard alité et malade qui dit être au fait de l’affaire, ce qui surprend K. Puis il informe son chef de bureau, qui sort étrangement d’un coin sombre de la pièce, qu’il accepte de prendre l’affaire. Mais en plein milieu de l’entretien, Léni fait en sorte d’éloigner K. pour flirter avec lui. Au bout d’un bon moment, K. quitte les lieux pour retrouver son oncle dans la rue qui est furieux de l’attitude irresponsable de K.

Chapitre VII

L’avocat

K. se rend compte que son procès piétine et que Me Huld est en fait incompétent et capricieux : il ne lui est d’aucune aide.

L’industriel

À la banque, K. rencontre un industriel, client de la banque, qui lui fait une lettre de recommandation afin de prendre conseil auprès du peintre du tribunal, Titorelli. Il quitte la banque, laissant les clients qui patientent au directeur adjoint qui lui est hostile.

Le peintre

K. se rend chez Titorelli qui vit dans un appartement miteux, difficilement accessible car un groupe de fillettes obstrue l’entrée dans la cage d’escalier. Titorelli n’a pas une grande influence mais une bonne connaissance de l’appareil juridique. Trois solutions sont données : « l’acquittement réel », « l’acquittement apparent », « l’atermoiement illimité ». La première est impossible à obtenir, les deux autres identiques. Devant tant d’absurdité, K. fait à nouveau un malaise. Il quitte les lieux après avoir acheté, contraint, trois toiles.

Chapitre VIII

Le négociant Block

En arrivant chez son avocat pour le renvoyer, K. surprend Léni en compagnie d’un certain M. Block : ils semblent être amants. Se retrouvant seul avec le négociant, K. apprend que Block est également un client de Me Huld, qu’il est en procès depuis cinq ans et qu’il a déménagé dans une petite chambre pour être mieux informé de son affaire ; pouvant être convoqué à toute heure.

Renvoi de l’avocat

K. est finalement reçu par Me Huld. Il lui confie que Léni séduit tous les accusés et lui annonce son renvoi. Me Huld fait alors venir le négociant Block et l’humilie sous les yeux de K. qui décide de quitter les lieux sur le champ.

Chapitre IX

À la cathédrale

K. est chargé par le directeur adjoint de sa banque de faire visiter la cathédrale à un client italien. Mais le client ne vient pas au rendez-vous. K. décide d’explorer la cathédrale et fait la rencontre d’un abbé, également aumônier de prison. L’abbé raconte alors La Parabole de la Loi à K., qui est une mise en abîme, un récit enchâssé tragique sur l’impossibilité d’obtenir justice. Il l’informe ensuite qu’il connaît son cas et que les rumeurs disent qu’il tourne mal.

Chapitre X

Fin

L’avant-veille de son trente et unième anniversaire au soir, deux hommes se rendent chez K. et l’emmènent pour l’exécuter. Ils marchent longuement dans les rues jusqu’à une carrière excentrée. Là, ils le déshabillent, le couchent à terre et lui enfoncent un couteau dans le cœur : « “Comme un chien !” dit-il, et c’était comme si la honte dût lui survivre. »

Citation

« […] il reconnaît qu’il ignore la loi, et il affirme en même temps qu’il n’est pas coupable ! »

Chapitre 1, « Arrestation de K. »

« Le jugement n’intervient pas d’un coup ; c’est la procédure qui insensiblement devient jugement. »

Chapitre 11, « Dans la cathédrale »

« Dois-je laisser dire de moi qu’au début de mon procès je voulais le finir et qu’à la fin je ne voulais que le recommencer ? »

Chapitre 10, « Fin »

« La logique a beau être inébranlable, elle ne résiste pas à un homme qui veut vivre. Où était le juge qu’il n’avait jamais vu ? Où était la haute cour à laquelle il n’était jamais parvenu ? Il leva les mains et écarquilla les doigts.

Mais l’un des deux messieurs venait de le saisir à la gorge ; l’autre lui enfonça le couteau dans le cœur et l’y retourna par deux fois. Les yeux mourants, K. vit encore les deux messieurs penchés tout près de son visage qui observaient le dénouement joue contre joue.

“Comme un chien !” dit-il, et c’était comme si la honte dût lui survivre. »

Chapitre 10, « Fin »