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Le Roi des Aulnes, Michel Tournier
Fiche de lecture

Contexte

Le Roi des aulnes est un roman de Michel Tournier, écrit en 1970. Il obtient le prix Goncourt la même année.

L’auteur traite de l’Allemagne nazie, des penchants contre-nature et de la perversion. Le récit mêle plusieurs types de narration (interne et externe) et raconte le destin d’Abel Tiffauges, de son enfance en pensionnat à son destin de prisonnier de guerre en Allemagne.

Le titre de l’ouvrage fait référence à un poème de Goethe traduit par Tournier : le Roi des Aulnes est une créature mythique qui séduit les petits garçons pour les tuer.

Michel Tournier est également connu pour son roman Vendredi ou les Limbes du Pacifique.

Michel Tournier

1970

Le Roi des Aulnes

Genre

Roman

Personnages

Abel Tiffauges : Jeune homme malingre, il connaît une enfance difficile au pensionnat Saint-Christophe jusqu’à ce qu’il rencontre Nestor, qui décide de s’occuper de son apprentissage initiatique. Abel développe des penchants qui défient les lois de la morale et se passionne pour les enfants. Sa passion reste cependant spirituelle et non charnelle.

Nestor : Fils du concierge du pensionnat Saint-Christophe, il est l’antithèse physique d’Abel. Il séduit Abel et exerce sur lui un pouvoir particulier. Il meurt dans l’incendie du pensionnat.

Ephraïm : Jeune juif innocent et pur enfermé dans un camp qu’Abel tente de sauver lors d’une prise de conscience.

Thèmes

L’ogre : Abel, le jeune enfant malingre, se transforme progressivement en ogre. L’ogre est la figure du monstre sauvage, de celui qui mène une vie atypique : Abel ne se nourrit plus que de viande crue et de lait et commence à se rapprocher des enfants. Il est attiré par leur odeur, leur contact, leur rire. Le physique d’Abel contribue également à cette analogie : il fait un mètre quatre-vingt-onze et pèse plus de cent-dix kilos. La rudesse du froid allemand va encore renforcer cet aspect. Abel vit même dans une petite maisonnette en bois, ce qui rappelle la figure de l’ogre dans les contes.

L’enfance : L’obsession d’Abel pour l’enfance et les enfants parcourt tout le roman. On découvre dans un premier temps l’enfance difficile d’Abel et la découverte des plaisirs déviants auprès de Nestor, puis, plus tard, la tentation pour Abel de posséder les enfants. Abel, comme saint Christophe, pense avoir la vocation d’être un « porte-enfant », destinée qu’il accomplit avec le sauvetage d’Ephraïm.

Le bien et le mal : L’utilisation de la figure mythique de l’ogre permet de symboliser le défaut des valeurs humaines d’une époque (nazisme et Seconde Guerre mondiale) et le côté bestial d’un humanité divergente. Le prénom d’Abel, d’origine biblique, renvoie à l’aimé de Dieu, tué par jalousie par son frère Caïn. Il représente l’innocence et la confiance ; tandis que son nom, Tiffauges, renvoie à un personnage du Moyen Âge, connu pour ses crimes affreux sur des enfants.

Ces symboles contradictoires soulignent le flou qui existe entre le bien et le mal, la pureté et l’horreur chez le personnage principal.

Résumé

Le Roi des Aulnes raconte le parcours d’Abel Tiffauges, de son enfance à son expérience de la Seconde Guerre mondiale.

Le récit mêle les écrits d’Abel Tiffauges et une narration externe.

Abel commence à confier dans son journal intime son enfance et sa vie avant 1939 : faible et chétif, il est l’élève souffre-douleur du pensionnat Saint-Christophe jusqu’à ce qu’il rencontre Nestor, le fils du concierge, qui le prend sous son aile. L’étrange Nestor développe chez son ami des plaisirs déviants. Lorsque celui-ci meurt dans l’incendie du pensionnat, une partie de ce personnage semble survivre en Abel, qui se transforme progressivement en ogre. Mécanicien, il devient gigantesque, se nourrit de chair crue, et nourrit une obsession pour les enfants, qu’il veut collectionner. Il se contente tout d’abord de secourir des enfants blessés et de récolter des cheveux, des photographies et des enregistrements sonores. À force de rôder autour des écoles, il se fait condamner pour un viol qu’il n’a pas commis.

Mais la Seconde Guerre mondiale éclate, et Abel est libéré. Il est chargé de s’occuper des pigeons voyageurs dans l’armée en Alsace. Abel récupère les plus beaux pigeons et en fait une collection. Le jeune homme est finalement fait prisonnier et transporté en Allemagne, en Pologne, puis en Prusse-Orientale. Il est d’abord emprisonné dans le camp de Moorhof, puis dans la réserve de Rominten et, en 1943, dans l’ancienne forteresse de Kaltenborn. Il se sent chez lui en Allemagne, et se fait remarquer par la hiérarchie nazie, qui loue son travail. Il devient peu à peu « l’ogre de Kaltenborn ». Là, il se plaît à recruter de force des enfants en Mazurie pour une école militaire prussienne, sans savoir qu’ils sont destinés à mourir pour la sauvegarde de la forteresse contre l’invasion soviétique. Pour chasser les enfants, Abel monte sur un immense cheval et s’entoure d’une horde de chiens. Il devient le maître de la napola (internat d’élite pour former les jeunesses hitlériennes). Celle-ci sera finalement détruite par l’Armée rouge.

C’est en découvrant Ephraïm, un jeune juif échappé d’un camp nazi et à moitié mort, qu’Abel réalise ce qu’est réellement le nazisme. Le roman se termine sur l’image d’Abel s’enfonçant dans la vase d’un marécage, Ephraïm sur son dos.

Citation

« Il y a deux sortes de femmes. La femme-bibelot que l’on peut manier, manipuler, embrasser du regard, et qui est l’ornement d’une vie d’homme. Et la femme-paysage. Celle-là, on la visite, on s’y engage, on risque de s’y perdre. La première est verticale. La seconde horizontale. La première est volubile, capricieuse, revendicative, coquette. L’autre est taciturne, obstinée, possessive, mémorante, rêveuse ».

6 janvier 1938

« Il n'y a sans doute rien de plus émouvant dans la vie d'un homme que la découverte fortuite de la perversion à laquelle il est voué. »

16 mars 1938

« Le sens de l’évolution est clair. Le temps de la fleur est passé. Il faut devenir fruit, il faut devenir graine. Le piège matrimonial referme bientôt ses mâchoires sur le niais. Et le voilà attelé avec les autres au lourd charroi de la propagation de l’espèce, contraint d’apporter sa contribution à la grande diarrhée démographique dont l’humanité est en train de crever. Tristesse, indignation. Mais à quoi bon ? N’est-ce pas sur ce fumier que naîtront bientôt d’autres fleurs ? »

30 octobre 1938

« Il devait maintenant faire un effort surhumain pour vaincre la résistance gluante qui lui broyait le ventre, la poitrine, mais il persévérait, sachant que tout était bien ainsi. Quand il le va pour la dernière fois la tête vers Ephraïm, il ne vit qu’une étoile d’or à six branches qui tournait lentement dans le ciel noir. »