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Le Voyage d’Urien, André Gide
Fiche de lecture

Contexte

Le Voyage d’Urien est le quatrième livre publié par André Gide, sorti deux ans après ses débuts en littérature. Les Cahiers d’André Walter, son premier livre, avait été remarqué dans le milieu symboliste et avait introduit Gide dans les salons littéraires.

Le Voyage d’Urien est accompagné de lithographies originales dessinées par Maurice Denis à la demande de Gide.

Ce livre ne retient pas l’attention des critiques, et les amis de Gide eux-mêmes se montrent peu encourageants. Le Voyage d’Urien constitue en tout cas l’apogée de la période symboliste de Gide, qui se prolongera jusqu’à Paludes en 1895, et à laquelle il tournera le dos avec son grand roman, Les Nourritures terrestres, en 1897.

André Gide

1893

Le Voyage d’Urien

Genre

Roman

Personnages

Urien : Les personnages de cette courte fantaisie symboliste sont au nombre de treize, rappelant peut-être les apôtres groupés autour de Jésus.
Parmi ce petit groupe, Urien est le principal protagoniste. Ce n’est pas pour autant un prophète, comme l’indique d’ailleurs son nom aux consonances comiques, mélange d’urée et de rien.

Les voyageurs : Les différents voyageurs ne sont pas clairement identifiés. Au fur et à mesure du voyage, ils se partagent seulement entre les « faux chevaliers », ceux qui succombent aux chants des sirènes et sont incapables de poursuivre leur quête, et les autres qui vont jusqu’au bout.

Thèmes

Le symbolisme : Ce court récit, qui tient à la fois du roman symboliste et du long poème, incite évidemment à une interprétation des symboles. Le voyage, jalonné de différentes étapes, marqué par les découvertes et par les épreuves, peut être vu comme une métaphore de la vie humaine. Il s’agirait alors d’une vision à la fois esthétisante et pessimiste de l’existence puisque le terme du voyage est désespérant.

L’initiation : Ce voyage ressemble aussi à une initiation. Les voyageurs connaissent d’abord les plaisirs ensoleillés des mers du Sud, dont ils doivent cependant s’arracher pour entreprendre une traversée plus difficile et parvenir à des territoires plus austères. Beaucoup d’entre eux mourront, rappelant ainsi que tous ne sont pas destinés à atteindre la sagesse.

L’ironie : Mais il faut aussi tenir compte de l’ironie de Gide, déjà présente et que n’éteint pas son inspiration symboliste. Ce texte est avant tout une fantaisie, et la conclusion rappelle la gratuité du récit. Les paysages traversés valent pour eux-mêmes, en tant qu’émotions esthétiques, et indépendamment de toute interprétation. Le nom du personnage éponyme incite à cette interprétation : Le Voyage d’Urien s’entend en effet « Le Voyage du rien ».

Résumé

Prologue

Urien et onze compagnons sont pris d’angoisse avant leur départ vers des territoires inconnus.

Préludes

Les voyageurs s’embarquent sur le navire Orion.

C’est le début d’un incroyable voyage, qui les fait d’abord passer par les mers du Sud.

Ils arrivent dans une belle ville où la reine des lieux les reçoit aimablement. Ils goutent les raffinements et délices de ce séjour, mais ce paradis est troublé par une terrible maladie qui ravage la région. Les voyageurs doivent fuir.

Mer des Sargasses

Ils entament la deuxième partie de leur voyage qui les fait gagner la mer des Sargasses. Puis ils quittent la mer et s’arrêtent dans l’estuaire d’un fleuve. Sur une plage, ils retrouvent la maîtresse d’Urien, Ellis, qu’ils embarquent avec eux. Celle-ci lit des livres de théologie qu’elle distribue à ses compagnons.

Les voyageurs remontent maintenant le fleuve et parviennent à sa source. Alors qu’ils atteignent l’autre versant, ils comprennent que les paysages qu’ils traversent sont exactement les mêmes que ceux qu’ils ont déjà parcourus mais en sens inverse. Ils s’apprêtent donc à effectuer le même voyage à rebours.

Voyage vers une mer glaciale

Il leur faut maintenant atteindre le pôle.

Ellis est devenue étrange, elle semble s’être transformée et Urien doute de son identité. Peu à peu, elle semble s’effacer et devenir irréelle. Ses compagnons finissent par l’abandonner sur la terre des Esquimaux.

Les conditions sont difficiles et plusieurs voyageurs périssent. Urien et six de ses compagnons parviennent au pôle. C’est un lac blanc, entouré de glaces et sans vie. Les voyageurs sont déçus par ce lieu qui constituait dès le départ le but de leur voyage. Ils estiment qu’ils ne se seraient pas lancé dans ce périple s’ils avaient su ce qui les attendait. Mais ils ne souhaitent pas pour autant gagner d’autres régions et se réjouissent des efforts démesurés qu’ils ont accomplis et du long voyage qu’ils ont dû entreprendre. Ce voyage en effet a été pour eux la seule joie réelle qu’il leur ait jamais été donné de connaître.

Envoi

Dans une brève conclusion, l’auteur avoue que ce voyage n’a jamais eu lieu et qu’il est entièrement tiré de l’imagination d’un lecteur.

Citation

« Ils ignorent leur destinée et ne gouvernent pas leur navire, mais un désir de volonté les leurre et leur fait prendre pour résolue la route que suivra leur nef hasardeuse. »

« Sitôt qu’ils se reposaient de mâcher, le frais qu’ils en avaient tiré se muait en brûlure, comme il advient d’épices ou d’herbes bénéolentes à la saveur poivrée. »

« L’île des Sirènes était une vallée d’ombre et comme l’eau fraîche aux malades. »

« Ils prenaient des bains dans les piscines tièdes, au bord desquelles se tenaient des enfants au bras grêles. »