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Les Cahiers de Douai, Arthur Rimbaud
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Fiche de lecture

Contexte

Cette fiche de lecture fait partie du programme pour le bac de français 2024.

Cours sur Les Cahiers de Douai en 1ere

Les Cahiers de Douai est un recueil posthume d’Arthur Rimbaud. Ce n’est pas lui qui a choisi ce titre et il ne voit que quelques-uns de ces vingt-deux poèmes publiés dans des revues. Il les écrit principalement à Douai en 1870, après une fugue, chez son professeur Georges Izambard. Tout porte à croire qu’il avait prévu une publication, mais il change visiblement d’avis puisqu’en 1871 il demande à son ami Paul Demeny de brûler tous ses cahiers. Heureusement, Demeny n’en fera rien. Il conserve précieusement les feuillets et propose une première présentation des poèmes.
Le lyrisme à la fois révolté, sensuel et érudit qui se dégage de cet ensemble traduit un idéalisme de jeunesse qui n’est déjà plus celui du romantisme ou du réalisme et qui marque durablement la poésie moderne.

ArthurRimbaud

1888 et 1893

Les Cahiers de Douai

Genre

Poésie

Personnages

Le « je » : Les Cahiers de Douai donnent à entendre la voix d’un poète de quinze ans. Plusieurs éléments prouvent qu’il s’agit de textes autobiographiques, puisqu’il y est question de l’expérience de la prison (« Morts de Quatre-vingt-douze… »), ou de la place de la gare de Charleville (« À la musique »). Mais le « je » désigne aussi tous les adolescents avides de découvrir le monde.

Les femmes : Rimbaud parle aussi bien de ses maîtresses (« Première soirée »), que des femmes qu’il souhaite séduire (« Les réparties de Nina »). C’est une séduction adolescente, voire enfantine, qui n’aboutit pas toujours. D’ailleurs, c’est le plus souvent la jeune femme qui mène la danse face à un poète « naïf ».

Le peuple et le tyran : De nombreux poèmes du recueil dénoncent la médiocrité voire la cruauté des bourgeois, au sommet desquels se trouve le tyran. Tel Victor Hugo faisant la satire de Napoléon III dans Les Châtiments, Rimbaud dans « Le Forgeron » désigne Louis XVI comme responsable de la misère du peuple.

Thèmes

La nature : Comme c’est souvent le cas dans la poésie lyrique, la nature tient une place centrale dans la poésie de Rimbaud. Le poète s’émerveille d’une nature qui le ramène à lui-même. Ses escapades sont pour lui une occasion de stimuler ses sens au contact de la végétation, des animaux, des éléments, etc. (« Sensation », « Roman »).

L’errance : Rimbaud se présente presque toujours en promenade. D’ailleurs, la plupart des textes sont écrits alors qu’il s’est enfui de chez lui. Ce mouvement permanent est non seulement la revendication de son désir de liberté, mais également une invitation à partir à l’aventure adressée au lecteur (« Ma bohème », « Roman »).

L’émancipation : Ce recueil est signé par un adolescent en quête de liberté qui souhaite s’affranchir de toutes les formes possibles d’autorité. Il raconte comment il a quitté sa mère et sa ville, s’est rendu à Paris, s’est retrouvé emprisonné, mais aussi comment il repart toujours sur les routes malgré les forces contraires qui tentent de le ralentir. La meilleure expression de cette émancipation, c’est l’écriture elle-même. Il cherche à fuir également à travers des formes poétiques nouvelles qui invitent à voir le monde différemment.

La guerre : En 1870, quand Rimbaud écrit Les Cahiers de Douai, la France est en guerre. Le poète condamne ceux qui plongent les peuples dans un bain de sang, comme dans « Rages de César » ou « Morts de Quatre-vingt-douze », mais il prend aussi la défense des soldats qui se font massacrer (« Le dormeur du val »), ou du petit peuple qui subit le conflit à l’arrière (« Le Mal »).

La mythologie : Grand lecteur, Rimbaud est un poète érudit. Les thèmes de son recueil sont ancrés dans l’actualité de son temps, mais il utilise aussi la mythologie pour transposer les situations qu’ils racontent ou pour exalter ses émotions. Il leur donne ainsi une dimension universelle (« Vénus anadyomène », « Ophélie »).

Résumé

Les poèmes que Rimbaud recopie à Douai au recto de plusieurs feuillets sont parfois déjà écrits ou publiés, alors que d’autres sont composés directement entre mars et octobre 1870. Personne ne sait exactement comment il aurait souhaité organiser la structure de son recueil.
Dans la version actuelle de l’œuvre, le lecteur découvre un premier cahier comportant quinze poèmes. Les dates de ces textes ne se suivent pas, l’ordre serait donc plutôt thématique, mais force est de constater qu’il n’y a pas de véritable unité à ce niveau-là non plus. Rimbaud évoque tour à tour l’errance, la sensualité, l’ivresse ou la révolte, mais c’est également le cas dans le second cahier. Trois de ces poèmes (« Sensation » ; « Ophélie », « Soleil et chair ») furent envoyés à Théodore de Banville. On peut donc dire qu’ils sont frappés de l’influence parnassienne, parfois hugolienne de Rimbaud. Sur le plan formel, on trouve des poèmes de taille très variable, mais le respect des règles de versification reste très rigoureux dans ce premier ensemble.
En revanche, le second cahier présente une unité formelle évidente : tous sont des sonnets. C’est une forme poétique classique que reprend Rimbaud pour la bousculer un peu. S’il conserve bien le système de rimes habituel lié à cette forme, il joue beaucoup sur les rejets et les contre-rejets pour créer un rythme heurté tout en surprises. Une lecture attentive montre que les sept poèmes ont aussi un fort lien thématique puisqu’ils évoquent le bonheur de prendre son élan, de partir, d’aller à la rencontre de l’inconnu. En plaçant « Ma bohème », ce sonnet sur la griserie du voyage, à la fin du recueil, Rimbaud propose un final plein d’entrain. Peut-être aurait-il souhaité que son lecteur aussi cherche à prendre la route.

Citation

« Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,.
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue. »

« Sensation »

« On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
– Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
– On va sous les tilleuls verts de la promenade. »

« Roman »

« Il est un Dieu qui rit aux nappes damassées
Des autels, à l’encens, aux grands calices d’or ;
Qui dans le bercement des hosannah s’endort,

Et se réveille, quand des mères, ramassées
Dans l’angoisse, et pleurant sous leur vieux bonnet noir,
Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir ! »

« Le mal »

« Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut. »

« Le dormeur du val »

« Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;
Oh ! là ! là ! que d’amours splendides j’ai rêvées ! »

« Ma bohème »