Fiche de lecture
Les Châtiments, Victor Hugo
Contexte

Les Châtiments est un recueil de Victor Hugo publié en 1853. Le poète rédige cette œuvre lors de son exil à Jersey, suite au coup d’État de 1851 qui voit l’accession au pouvoir du neveu de Napoléon Ier, Louis Napoléon Bonaparte (ou Napoléon III). Ce recueil structuré en sept parties peut se lire comme un réquisitoire contre le nouvel empereur, qualifié par Hugo d’usurpateur et surnommé « Napoléon le Petit ». Victor Hugo est en effet un écrivain engagé, qui a participé à la révolution de 1848. Cette révolte a mis fin à la monarchie de Juillet, un régime plus souple qui succède à la Restauration, où règne l’ultra-conservateur Charles X. En raison des prises de positions politiques de l’écrivain en faveur du peuple et de la liberté, Hugo est contraint à l’exil. Les Châtiments, dans un style très oratoire, est pour l’écrivain un moyen de dénoncer la tyrannie, de tourner en dérision les grandes figures politiques, et d’ébaucher la figure romantique du poète, figure à laquelle Hugo s’identifie. Contrairement à un recueil comme Les Contemplations, où Hugo utilise un registre lyrique où le « je » prédomine, Les Châtiments tient plutôt du réquisitoire, où l’on utilise principalement la deuxième ou la troisième personne, et où l’on passe de la fresque historique à la satire, en passant par la chanson.

Thèmes

La politique et l’histoire : À l’instar de Châteaubriant (à qui il vouait une grande admiration), Hugo est impliqué dans la vie politique de son époque, et prend position dans les grandes luttes politiques. Féroce opposant de la tyrannie, il défend dans Les Châtiments la vision d’une république vertueuse sur laquelle règne la liberté.
Le poète : Dans l’œuvre de Hugo, la figure du poète apparaît comme celle d’un prophète, un visionnaire qui a pour fonction d’éclairer le peuple. Le poète est un témoin de son époque, un observateur attentif, qui parle et prie sans jamais chercher le pouvoir pour lui-même. Après l’écrivain polémiste du XVIIIe siècle, on peut voir ici les prémisses de la conception de l’écrivain engagée défendue par des auteurs comme Sartre au XXe siècle.
Le peuple : Ce thème, cher à Hugo, est présent dans nombre de ses œuvres. Il dénonce sa souffrance sous l’oppression des puissants. L’engagement de Hugo aux côtés du peuple a d’ailleurs sûrement participé à sa popularité. Victor Hugo est en effet le seul auteur à avoir résidé dans une rue qui portait son nom.

Résumé

Le recueil est composé de sept parties comprises entre un poème d’introduction, « Nox », et le poème de conclusion, « Lux ». À travers cette opposition entre la nuit et la lumière, Hugo veut montrer le passage de la tyrannie, l’oppression et la souffrance à l’espérance, la liberté, et l’amour. Les titres des différentes parties ont une portée très ironique visant à se moquer du nouveau régime. Chaque livre mêle de nombreuses formes poétiques et tonalités. Ainsi, on passe de l’élégie à la satire, la chanson côtoie l’ode, le registre épique succède à l’imprécation prophétique. Au total, on compte 6 000 vers répartis en une centaine de poèmes.

Livre premier : La société est sauvée

Dans cette première partie, Hugo évoque le coup d’État de décembre 1851. Cet événement est à l’origine de son exil et, selon l’écrivain, le résultat d’un châtiment pour les crimes commis par Napoléon Ier, qui s’est lui aussi emparé du pouvoir par un coup d’État.

Livre deuxième : L’ordre est rétabli

Ce livre, le plus bref, aborde des sujets variés. On en retient notamment le dernier poème, « À l’obéissance passive », qui s’adresse particulièrement à Saint-Arnaud, qui a exigé de l’armée la soumission totale aux ordres. Hugo, qui admire l’armée, exprime son indignation en opposant l’héroïsme passé des soldats libérateurs à cette obéissance vile aux tyrans.

« Ô soldats de décembre ! ô soldats d’embuscades
Contre votre pays ! honte à vos cavalcades
Dans Paris consterné !
Vos pères, je l’ai dit, brillaient comme le phare ;
Ils bravaient, en chantant une haute fanfare,
La mort, spectre étonné ; […] »

Livre troisième : La famille est restaurée

Dans ce livre, Hugo poursuit sa réflexion sur l’Histoire et les événements qui ont agité la vie politique française depuis le début du siècle. Ce livre présente notamment une scène de théâtre où dialoguent des personnages allégoriques comme la mer, la terre, l’épée ou la loi. Le « il » fait bien sûr référence au principal coupable : Napoléon III.

« LA LOI
J’étais la loi, je suis un spectre. Il m’a tuée.

LA JUSTICE
De moi, prêtresse, il fait une prostituée. »

Livre quatrième : La religion est glorifiée

Comme son titre l’indique, ce livre se concentre particulièrement sur le thème de la religion. Ainsi qu’il le fait souvent dans le recueil, Hugo évoque la figure de Jésus comme un modèle de vertu et d’humanité qu’il oppose aux oppresseurs qui font souffrir le peuple. Hugo en profite pour esquisser la vision qu’il a du rôle du poète.

« Tu ne dois pas chercher le pouvoir, tu dois faire
Ton œuvre ailleurs ; tu dois, esprit d’une autre sphère,
Devant l’occasion reculer chastement.
[…]
Ton rôle est d’avertir et de rester pensif. »

Livre cinquième : L’autorité est sacrée

Dans ce livre, Hugo expose l’une des thèses majeures du recueil, à travers le poème central de l’œuvre : « L’expiation ». Dans ce poème, Hugo présente la République comme quelque chose qui se mérite, que la France ne pourra obtenir qu’en se détournant définitivement du totalitarisme. Le coup d’État de Napoléon III apparaît comme le châtiment tardif du coup d’État de son oncle, Napoléon Ier.

« Pareils aux mots que vit resplendir Balthazar,
Deux mots dans l’ombre écrits flamboyaient sur César ;
Bonaparte, tremblant comme un enfant sans mère,
Leva sa face pâle et lut : — DIX-HUIT BRUMAIRE ! »

Livre sixième : La stabilité est assurée

Ce livre s’ouvre sur un poème très vindicatif directement adressé à Napoléon III.

« Te voilà, nain immonde, accroupi sur ce nom !
Cette gloire est ton trou, ta bauge, ta demeure ! »

On peut également y lire le poème « Stella », dans lequel Hugo revient à l’opposition fondamentale qui structure le recueil : la nuit et le jour.

« L’astre éclatant changeait la nuée en duvet.
C’était une clarté qui pensait, qui vivait
Elle apaisait l’écueil où la vague déferle
On croyait voir une âme à travers une perle.
Il faisait nuit encor, l’ombre régnait en vain,
Le ciel s’illuminait d’un sourire divin. »

Livre septième : Les sauveurs se sauveront

Le titre de ce livre est le seul qui ne paraphrase pas une déclaration de Napoléon III. Par ce titre, Hugo veut à la fois dire que les soi-disant sauveurs qui ont participé au coup d’État finiront par être contraints à la fuite, mais aussi qu’avec le triomphe de la République, ils échapperont à la peine de mort (la lutte contre la peine de mort est l’un des grands combats de Hugo). Dans cette partie, Hugo évoque notamment les douleurs de l’exil et la nostalgie de la patrie.

« - On ne peut pas vivre sans pain ;
On ne peut pas non plus vivre sans la patrie. »

Citation

« France ! à l’heure où tu te prosternes,
Le pied d’un tyran sur ton front,
La voix sortira des cavernes ;
Les enchaînés tressailleront.

Le banni, debout sur la grève,
Contemplant l’étoile et le flot,
Comme ceux qu’on entend en rêve,
Parlera dans l’ombre tout haut ; […] »

Livre premier, « France, à l’heure où tu te prosternes »
« France, ils t’égorgèrent la veille.
Ils tiennent, c’est leur lendemain,
Dans une main une bouteille
Et ta tête dans l’autre main. »

Livre II, « À l’obéissance passive »
« Oui, c’est de ce monceau d’indigences terribles
Que les lourds millions, étincelants, horribles,
Semant l’or en chemin,
Rampant vers les palais et les apothéoses,
Sortent, monstres joyeux et couronnés de roses,
Et teints de sang humain ! »

Livre III, « Joyeuse vie »
« Au fond des cieux un point scintille.
Regardez, il grandit, il brille,
Il approche, énorme et vermeil.
Ô République universelle,
Tu n’es encor que l’étincelle,
Demain tu seras le soleil ! »

« Lux »