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Les Mots, Jean-Paul Sartre
Fiche de lecture

Contexte

Les Mots est une autobiographie de Jean-Paul Sartre publiée en 1964 aux éditions Gallimard. Elle est divisée en deux parties : « Lire » et « Écrire ». À l’origine, un deuxième livre autobiographique devait suivre celui-ci, mais Sartre n’aura finalement pas le temps de l’écrire. Le titre initialement prévu était « Jean sans terre » pour le jeu de mots avec « Jean sans père », Jean-Paul Sartre n’ayant jamais connu son père. En tant que philosophe, et attristé par les événements tragiques survenus dans sa vie (la mort de l’auteur Albert Camus survenue peu de temps auparavant notamment), l’auteur tente de répondre à la question suivante : « que peut la littérature ? »

Jean-Paul Sartre

1964

Les Mots

Genre

Autobiographie

Personnages

Jean-Paul Sartre : On découvre dans cette autobiographie Jean-Paul en tant qu’enfant, mais également en tant qu’adulte puisqu’il est le narrateur.

Karl Schweitzer : Le grand-père maternel du petit Jean-Paul est professeur d’allemand. Autoritaire, il est l’une des figures adultes les plus importantes pour Sartre enfant.

Louise Schweitzer : La grand-mère maternelle de Jean-Paul.

Anne-Marie Schweitzer : La mère de Jean-Paul. Jeune femme, elle perd son mari très tôt et s’en remet donc à ses parents. Elle n’a pas les moyens ni les capacités d’élever le petit Jean-Paul seule.

Jean-Baptiste Sartre : Le père de Jean-Paul. Issu de la marine, malade, il meurt peu de temps après son mariage. Son fils ne l’aura pour ainsi dire jamais connu.

Thèmes

La lecture : L’univers du livre, la bibliothèque, le fait d’être entouré de livres et de se noyer dedans, quitte à en perdre la notion du temps et de la réalité, sont omniprésents dans le roman.

L’écriture : Après la lecture vient le moment d’écrire, puisque les mots sont devenus malléables, familiers et que ces derniers permettent de soulever des questions, d’exprimer ce que l’on ressent, de répondre à des interrogations. L’écriture, c’est ce que l’auteur est, ce pour quoi il est fait.

La littérature : De nombreuses références littéraires sont évoquées tout au long de cette autobiographie. Cela permet au lecteur d’avoir une idée des lectures d’enfance de Sartre. Passionné de littérature, d’histoire, il a consacré sa vie aux mots et à leur sens, et plus largement à la littérature.

L’enfance : L’enfance est au centre de cette œuvre. Sont évoqués la naissance de Sartre, sa vie avec sa famille en Alsace, sa vie de petit garçon et la difficulté pour lui de s’intégrer parmi les enfants de son âge.

L’autobiographie : La manière dont un auteur se raconte est le propre de l’autobiographie. Est-il au plus près de la réalité, ou tente-il de nous faire adhérer à une idée qu’il se fait de sa propre enfance ? C’est le genre de questions que soulève l’autobiographie de manière générale.

La réflexion philosophique : Cette écriture de soi, de son enfance, la manière dont Sartre se raconte, est, dans une certaine mesure, un moyen de s’accepter au travers d’une thérapie écrite. La notion du beau et du laid, cette peur de la mort, reposent sur l’acceptation : accepter que l’on est laid, accepter que l’on va mourir.

Résumé

Les Mots raconte la jeunesse de Jean-Paul Sartre, jusqu’à ses 11 ans.

Lire

L’histoire commence en Alsace en 1850. Le narrateur, dans un premier temps, décrit sa famille et son histoire : Anne-Marie, sa mère, retourne vivre chez ses parents à la mort de son époux, n’ayant pas d’argent. Jean-Paul n’a alors que deux ans. Son grand-père, à la retraite, un homme dur et ferme, n’apprécie pas vraiment, semble-t-il, le retour de sa fille veuve. Jean-Paul, devenu petit garçon, évoque tout d’abord ses premiers souvenirs de cinéma. Il parle notamment du Panthéon et fait des citations de films. En écoutant de la musique, Jean-Paul Sartre, surnommé « Poulou », joue à la guerre. Il se présente comme un enfant profondément seul, qui s’ennuie et donc s’occupe comme il le peut, en se créant un monde fictif. Puis, Jean-Paul découvre la lecture. Il parle de ses lectures en détails, de ses personnages préférés, de leur histoire, des héros auxquels il s’identifie pour échapper à la réalité. Le jeune Jean-Paul Sartre vit deux vies : sa vraie vie, dans laquelle il s’ennuie, et celle qu’il vit au travers des livres. N’ayant plus de père, il vit une relation forte avec son grand-père. C’est d’ailleurs dans la bibliothèque de son grand-père qu’il va passer une grande partie de son enfance. Cette autobiographie repose sur des souvenirs pas toujours chronologiques ni très clairs dans l’esprit du narrateur. La réalité est en effet parfois romancée, arrangée par le narrateur. La première partie du roman s’achève sur l’image du petit Jean-Paul alors âgé de 8 ans, qui n’arrive pas à s’intégrer auprès d’autres groupes d’enfants. Très solitaire et renfermé, il n’ose pas, naturellement, aller vers les enfants de son âge.

Écrire

La deuxième partie se concentre sur la relation de Jean-Paul avec son grand-père, qui va jouer un rôle très important dans sa condition de jeune lecteur et de jeune écrivain. Sans ce grand-père à la fois rustre et pédagogue, Sartre ne serait pas devenu ce qu’il a été par la suite. Son grand-père lui écrit par exemple des lettres en vers. Jean-Paul lit les Fables de La Fontaine, et les réécrit en alexandrins, trouvant l’original déplaisant. Il explique qu’il écrit par singerie, pour jouer au grand et faire comme les adultes qui l’entourent. Ce petit garçon en effet grandit trop vite, plongé dans un monde d’adultes sans avoir vraiment fréquenté d’autres enfants. Il écrit : « Je feignais d’être un acteur feignant d’être un héros. » Cette phrase est révélatrice du fait que Sartre a conscience de ce qu’il est très tôt : il réalise qu’il est un imposteur, qu’il n’est pas lui-même, qu’il joue un double jeu.

Par ailleurs, étant un enfant qui réfléchit beaucoup, un enfant intelligent pour ne pas dire précoce, c’est durant cette période qu’il réalise notamment sa peur de la mort et le fait qu’il n’ait pas un physique facile. Sartre joue beaucoup de l’ironie dans son autobiographie, ce qui lui permet de poursuivre ses réflexions et sa thèse sur la condition de soi, le rapport à soi. Il s’essaye à l’écriture automatique. Il va s’essayer à plusieurs sortes d’écritures durant sa jeunesse, plusieurs genres et styles. L’histoire de France, notamment, le passionne et le stimule. Le livre s’achève sur la folie de Sartre, qu’il décrit comme élément moteur à son écriture, à ce qu’il est et ce qu’il sera. Une suite était censée voir le jour, comme Sartre l’écrit à la fin des Mots. Il ne l’écrira finalement jamais, n’ayant pas eu le temps.

Citation

« Les Schweitzer sont grands et les Sartre petits, je tenais de mon père voilà tout. »

« Lire »

« J’avais trouvé ma religion : rien ne me parut plus important qu’un livre. La bibliothèque, j’y voyais un temple. »

« Lire »

« J’ai désinvesti mais je n’ai pas défroqué : j’écris toujours. Que faire d’autre ? »

« Écrire »

« C’est mon habitude et puis c’est mon métier. Longtemps j’ai pris ma plume pour une épée, à présent je connais notre impuissance. »

« Écrire »