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Les Poètes maudits, Paul Verlaine
Fiche de lecture

Contexte

Les Poètes maudits est un essai critique du poète Paul Verlaine qui est paru une première fois en 1883 dans la revue littéraire Lutèce, puis en volume en 1884 et dans une version augmentée en 1988. Les premières versions comptent seulement trois « poètes maudits » : Tristan Corbière, Arthur Rimbaud et Stéphane Mallarmé. Marceline  Desbordes-Valmore, Auguste de Villiers de l’Isle-Adam et Pauvre Lélian (Verlaine) apparaissent ensuite.

En tant qu’écrivain connu, son œuvre a un impact important dans l’histoire littéraire puisqu’il met en avant des auteurs encore ignorés. Les Poètes maudits c’est aussi un hommage au Parnasse français et à ce qui devient le « décadentisme » de la fin du XIXe siècle.

Cette figure du poète maudit va devenir mythique et marquer la pensée du XIXe siècle, fascinant les romantiques et les symbolistes.

Paul Verlaine

1884

Les Poètes maudits

Genre

Essai

Personnages

Les poètes : Les six personnages dont parle Paul Verlaine sont des poètes ayant existé et regroupés sous le nom de « poètes maudits ». Sous cette identité se cache des figures tragiques de génie. Le « poète maudit » devient également le symbole d’une conception de la poésie qui marque toute la seconde moitié du XIXe siècle.

Il s’agit de Tristan Corbière, Arthur Rimbaud, Stéphane Mallarmé, Marceline Desbordes-Valmore, Auguste de Villiers de l’Isle-Adam et Pauvre Lelian (anagramme de Paul Verlaine).

Thèmes

La malédiction : La malédiction est une notion romantique qui unit ici les poètes rejetés par la société qui ne les entend pas. Ces poètes sont incompris dès leur jeunesse et se remarquent par leur marginalité dans la vie. Souvent, leur parcours est marqué par l’échec. La consécration de leurs œuvres et de leur talent n’intervient qu’après leur mort.

La solitude : Elle est l’une des composantes, avec la drogue et l’alcool, de l’inspiration de ces poètes qui sont amenés, en tant qu’Hommes sensibles, au retrait. C’est là aussi une notion romantique. La solitude, c’est la marque du rejet des valeurs sociales et la conséquence des attitudes provocantes qu’optent souvent les poètes maudits.

Le poète-voyant : Malgré un public sourd, le poète persiste à transmettre sa vision du monde au commun des mortels qui, aveugle, ne voit pas ni ne saisit les symboles. Le poète connaît des difficultés à communiquer sa vision souvent liée à l’obscurantisme des textes et à une perception singulière et non habituelle.

Résumé

Les Poètes maudits contient des portraits plus ou moins longs de poètes que Verlaine proclame maudits, mais à qui il confère des vers d’une beauté exceptionnelle.

Ces poètes sont connus pour leur destinée tragique et mélancolique. Dans son ouvrage, Verlaine distingue plusieurs caractéristiques qui les rassemblent : une vie tragique qui se définit par une enfance le plus souvent triste ou difficile, des difficultés matérielles, un corps fragile (syphillis, alcool, drogue), un anticonformisme fort face à une société bourgeoise, des questionnements métaphysiques, une certaine croyance en l’existence d’un démon qui les persécute… Mais avant toute chose, ce sont des êtres sensibles qui connaissent l’échec et dont l’écriture provocante (jurons, obscénité, thèmes anticonformistes) les place en marge. Chacun est à la recherche d’absolu et de perfection.

L’ouvrage se compose d’un avant-propos et de six portraits.

Avant-propos

Verlaine annonce que les « poètes maudits » qu’il peint ici sont des « poètes absolus » encore inconnus et mal compris de leur temps.

Tristan Corbière

Verlaine dresse le portrait rapide d’un homme breton et passe à la description du poète. Il critique d’abord son style et note un reproche général : ses irrégularités. Mais pour Verlaine, « nul d’entre les Grands comme lui n’est impeccable, à commencer par Homère ».

Il lui reconnaît d’emblée la vivacité de son vers, son ironie amère qui oscille avec génie entre férocité et extravagante gaîté.

Il cite les poèmes suivants : « Rescousse » ; « Épitaphe » ; « Heures », ainsi que des fragments du « Pardon de sainte Anne ».

Arthur Rimbaud

Verlaine brosse ici un portrait plus intimiste où la relation entre les deux poètes participe à la connaissance particulière qu’en a Verlaine. Un portrait physique soulignant la beauté de ce jeune adolescent commence le chapitre et, plus loin dans le volume, une courte biographie est livrée qui explique ses difficultés d’enfance. Enfin, Verlaine assure ne pas juger de la décision du poète d’abandonner la poésie et passe à son œuvre qu’il estime abondante et respectable.

Il discute alors sur son style et sa rhétorique dont il fait un véritable éloge. Pour Verlaine, Rimbaud est un poète qui se maudit lui-même, et Verlaine tient par dessus-tout à lui montrer sa reconnaissance. Ainsi justifie-t-il le long et fouillé portrait qu’il lui consacre dans ce volume.

Les poèmes cités sont : « Voyelles », « Oraison du soir », « Les Assis », « Les Effarés », « Les Chercheuses de poux », « Bateau ivre », « Premières Communions ».

Stéphane Mallarmé

Le portrait commence par un extrait d’un article intitulé « Voyage en France par un français : Le Parnasse contemporain » écrit six ans avant Les Poètes maudits. Verlaine affirme que les opinions sur Mallarmé qu’il livre dans cet article n’ont pas changées. Ensuite, l’auteur présente l’homme, son contexte social et professoral positionnement dans l’histoire littéraire. Verlaine note que la clarté n’est pas le principal souci du poète que l’on qualifie souvent d’obscur, que ses vers sont foisonnants, mais il reconnaît tout son génie dans sa musicalité, son art du langage et de la vision, son exigence.

Il présente alors des poèmes inédits : « Placet », « Le Guignon », « Apparition », « Sainte » et « Don du poème », « Cette nuit », « Le Tombeau d’Edgar Poe ».

Marceline Desbordes-Valmore

Malgré des portraits réalisés par de grands critiques de l’époque, Verlaine remarque son « obsurité apparente mais absolue », qui la rend digne de figurer parmi la liste des « poètes maudits ». Il tient à peindre le portrait détaillé de cette artiste qui l’était « sans trop le savoir et ce fut tant mieux ». Pour cela le poète commence par décrire ses origines puis son caractère avant d’en venir à ses aspects de poète « sous tous les aspects ». Elle est celle qui réhabilite l’usage des rythmes inusités, comme le vers de onze pieds.

Verlaine inscrit ensuite les poèmes suivants : « Une lettre de femme », « Jour d’Orient », « Renoncement », « L’Inquiétude », extraits de « La Prière perdue », « les deux amours », « Les deux amitiés », « Les Sanglots ».

Aguste de Villiers de L’Isle-Adam

Ce portrait commence par deux citations de Villiers de L’Isle-Adam, (tirées de La Révolte) montrant à la fois l’« orgueil immense » (mais « justifié ») de l’homme et de son œuvre :

« On ne doit écrire que pour le monde entier. »

« D’ailleurs, que nous importe la justice ? Celui qui, en naissant, ne porte pas dans sa poitrine sa propre gloire ne connaitra jamais la signification de ce mot. »

Verlaine brosse un portrait physique du poète avant de s’aventurer à parler de sa verve « inquiétante ». Bien que Verlaine admette que son temps a déjà consacré Villiers, il estime devoir le faire aussi. C’est pour cela qu’il décide de se repencher sur son œuvre pour en tirer les meilleurs pièces et poèmes, selon lui. Il présente ainsi : La Révolte, « Réveil », « Adieu », « Rencontre », « Au bord de la mer ».

Pauvre Lélian

C’est lui qui connaît « la destinée la plus mélancolique » bien que son enfance ait été heureuse. Il fait le portrait de sa famille, de ses études et de ses publications. Verlaine s’expose et met en avant des critiques sévères qu’on lui a attribué sur son style et justifie son salut grâce à « un petit livre de critique […] à propos de quelques poètes méconnus. »

Il inclut à cette partie les poèmes suivant : des extraits de « Sapientia », « Le Cœur volé », « Tête de faune ».

Citation

« C’est Poètes Absolus qu’il fallait dire pour rester dans le calme, mais, outre que le calme n’est guère de mise en ces temps-ci, notre titre a cela pour lui qu’il répond juste à notre haine, et nous en sommes sûr, à celle des survivants d’entre les Tout-Puissants en question, pour le vulgaire des lecteurs d’élite – une rude phalange qui nous la rend bien. Absolus par l’imagination, absolus dans l’expression, absolus comme les Reus-Netos des meilleurs siècles. Mais maudits ! Jugez-en. »

« Avant-propos »

« Avant de passer au Corbière que nous préférons, tout en raffolant des autres, il faut insister sur le Corbière parisien, sur le Dédaigneux et le Railleur de tout et de tous y compris lui-même. »

« Tristan Corbière »

« Bien d’autres exemples de grâce, exquisement perverse ou chaste à vous ravir en extase, nous tentent mais les imites normales de ce second essai, déjà long nous font une loi de passer outre à tant de délicats miracles et nous entrerons sans plus de retard dans l’empire de la Force splendide où nous convie le magicien avec son BATEAU IVRE ».

« Arthur Rimbaud »

« Un Tout-Paris, celui littéraire et artistique, plutôt nocturne, nocturne bien, attardé aux belles discussions plus qu’aux joies qu’éclairent les gaz intimes, connaît et, sinon l’aime, admire cet homme de génie et ne l’aime peut-être pas assez parce qu’il doit l’admirer. »

« Auguste de Villiers de l’Isle-Adam »