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Les Vrilles de la vigne, Colette
Fiche de lecture

Contexte

Illustration par René Lelong, page 22 du livre de Colette Les Vrilles de la vigne, en fin du chapitre Jour gris, Éditions Kra, 1930.

« Les Vrilles de la vigne » est d’abord le nom d’une nouvelle que Colette publie en revue. En 1908, elle republie ce texte avec dix-sept autres pour créer un recueil de nouvelles qu’elle nomme justement Les Vrilles de la vigne. Ces courts textes avaient été publiés dans Le Mercure musical, Le Mercure de France ou La Vie parisienne avant cette première édition. Tantôt poèmes en prose, contes ou confessions, ils ne sont pas liés entre eux, mais ont tous une dimension autobiographique. Colette multipliera les rééditions, supprimant ou ajoutant des passages et des nouvelles entières, en 1923, 1930, 1934 et encore en 1950. C’est dire à quel point ce livre comptait pour elle.

Sidonie-Gabrielle Colette dit Colette

1908

Les Vrilles de la vigne

Genre

Nouvelles

Personnages

Le « je » : Dans Les Vrilles de la vigne, le lecteur croise une multitude de personnages secondaires, de Missy, l’amante de la narratrice, à Kiki-la-doucette, sa chatte de compagnie. Mais ils sont tous évoqués rapidement, à peine effleurés, car ce qui compte dans le recueil, c’est surtout l’évocation des émotions d’un « je » un peu mystérieux, qui s’adresse de temps en temps directement au lecteur, et dont ce dernier peut se sentir très proche (il comprend vite qu’il s’agit de Colette elle-même).

Toby-chien : Aussi surprenant que cela puisse paraître, le personnage le plus présent dans Les Vrilles de la vigne, après le « je », c’est un bouledogue français du nom de Toby. En donnant la parole à des animaux qui évoluent autour d’elle, Colette éclaire d’une autre manière ses propres états d’âme.

Thèmes

La nature : Campagne, mer, fleurs, fruits, animaux, plantes, vent, soleil, ciel : l’écriture de Colette porte une attention considérable à tout ce qui vit. Certains paragraphes sont des gros plans sur de petits phénomènes biologiques fascinants. Colette oblige son lecteur à s’intéresser à la vie telle qu’elle naît, vit, meurt et renaît. En racontant son enfance, elle raconte aussi comment elle a gagné ce sens de l’observation, qu’elle tient de sa mère.

La quête de soi : En racontant des épisodes de sa vie où elle s’est senti vivre avec une intensité particulière, Colette part à la recherche de son identité.

L’amour : Qu’il s’agisse de parler des liens qui l’unissent à sa mère, à son chien et à sa chatte, à ses amis ou à ses amoureux et amoureuses, Colette ne fait que parler d’amour. Même si cela implique de connaître parfois la rage, la déception ou le désespoir, c’est toujours une relation étroite et intime avec autrui qui semble lui donner une raison de vivre.

Résumé

Les Vrilles de la vigne

Histoire d’un rossignol qui s’extrait des vrilles d’une vigne grâce à son chant.

Nuit blanche

Souvenir d’une nuit d’amour entre deux amantes.

Jour gris

Évocation de son pays natal par un « je » qui se sent malade.

Le Dernier Feu

Description d’un jardin à travers la fenêtre d’une chambre dont il faut rallumer un feu.

Nonoche

Histoire d’une chienne femelle qui se sépare de son petit.

La Dame qui chante

Évocation de la douceur du chant d’une chanteuse.

Toby-Chien parle

Dialogue entre un chien et une chatte à propos de leur maîtresse qui est en colère.

Dialogues de bêtes

Dialogue entre un chien et un chat qui se disputent l’amour de leur maîtresse.

Toby-chien et la musique

Interview d’un chien qui exprime son amour pour la musique.

Belles-de-jour

Deux amies discutent du mal que peut faire un homme et de ce qu’est la féminité.

De quoi est-ce qu’on a l’air ?

Description du quotidien d’une femme mondaine.

La Guérison

Déclaration d’amour au music-hall et peur de la maladie.

Le Miroir

Rencontre avec Claudine, « double » de l’auteur.

En marge d’une plage blanche, I

Souvenir d’un séjour en bord de mer.

En marge d’une plage blanche, II

Description du contraste entre la mer et la campagne.

Partie de pêche

Évocation d’une partie de pêche en famille.

Music-halls

Coup d’œil jeté dans les répétitions d’un spectacle de Music-hall.

Printemps de la Riviera

Description d’une fête et d’un printemps niçois.

Rêverie de Nouvel An

Retour d’une soirée de Nouvel An.

Chanson de la danseuse

Description d’une danseuse libre.

Maquillages

Sermon d’une mère à sa fille qui se maquille.

Amours

Évolution d’un rouge-gorge et d’une chatte dans un jardin.

Un rêve

Description du rêve d’une chienne dans un jardin.

Citation

« J’appartiens à un pays que j’ai quitté. Tu ne peux empêcher qu’à cette heure s’y épanouisse au soleil toute une chevelure embaumée de forêts. Rien ne peut empêcher qu’à cette heure l’herbe profonde y noie le pied des arbres d’un vert délicieux dont mon âme a soif… Viens, toi qui l’ignores, viens que je te dise tout bas : le parfum des bois de mon pays égale la fraise et la rose ! Tu jurerais, quand les taillis de ronces y sont en fleurs, qu’un fruit mûrit on ne sait où, — là-bas, ici, tout près, — un fruit insaisissable qu’on aspire en ouvrant les narines. Tu jurerais, quand l’automne pénètre et meurtrit les feuillages tombés, qu’une pomme tombée vient de choir, et tu la cherches et tu la flaires, ici, là-bas, tout près… »

« Jour gris », Les Vrilles de la vigne

« Alors tu feindras de t’éveiller ! Alors je pourrai me réfugier en toi, avec de confuses plaintes injustes, des soupirs excédés, des crispations qui maudiront le jour déjà venu, la nuit si prompte à finir, le bruit de la rue… Car je sais bien qu’alors tu resserreras ton étreinte, et que, si le bercement de tes bras ne suffit pas à me calmer, ton baiser se fera plus tenace, tes mains plus amoureuses, et que tu m’accorderas la volupté comme un secours, comme l’exorcisme souverain qui chasse de moi les démons de la fièvre, de la colère, de l’inquiétude… Tu me donneras la volupté, penchée sur moi, les yeux pleins d’une anxiété maternelle, toi qui cherches, à travers ton amie passionnée, l’enfant que tu n’as pas eu… »

« Nuit blanche », Les Vrilles de la vigne

« Un petit intérieur tranquille. À la cantonade, bruits de cataclysme. Kiki-la-Doucette, chat des Chartreux, se cramponne vainement à un somme illusoire. Une porte s’ouvre et claque sous une main invisible, après avoir livré passage à Toby-Chien, petit bull démoralisé.

KIKI-LA-DOUCETTE, s’étirant. — Ah ! ah ! qu’est-ce que tu as encore fait ?

TOBY-CHIEN, piteux. — Rien.

KIKI-LA-DOUCETTE. — À d’autres ! Avec cette tête-là ? Et ces rumeurs de catastrophe ?

TOBY-CHIEN. — Rien, te dis-je ! Plût au Ciel ! Tu me croiras si tu veux, mais je préférerais avoir cassé un vase, ou mangé le petit tapis persan auquel Elle tient si fort. Je ne comprends pas. Je tâtonne dans les ténèbres. Je…

KIKI-LA-DOUCETTE, royal. — Cœur faible ! Regarde-moi. Comme du haut d’un astre, je considère ce bas monde. Imite ma sérénité divine… »

« Toby-Chien parle », Les Vrilles de la vigne