Fiche de lecture
Madame Bovary, Gustave Flaubert
Contexte

Madame Bovary, mœurs de province est paru pour la première fois en 1856 dans La Revue de Paris et a suscité un vif débat moral : dès sa publication l’année suivante, Flaubert est traduit en justice pour « outrage aux bonnes mœurs ». Il sera finalement acquitté. Il faut préciser que Flaubert s’est largement inspiré d’une histoire vraie pour son récit, celle du couple Delaunay.

Ces vives réactions tiennent à l’histoire du roman qui est somme toute la critique d’un mode de vie bourgeois provincial. Sur le plan littéraire, il est aussi le signe d’une confrontation, « d’un entre-deux », d’une transition, de deux mouvements : le romantisme et le réalisme. Flaubert, dont le livre fétiche est Don Quichotte, a certainement voulu faire de Madame Bovary un Don Quichotte au féminin : personnage exalté par une intériorité sentimentale excessive qui se heurte à la réalité sociale, notamment la condition de la femme, du milieu du XIXe siècle.

Personnages

Emma Bovary : Emma Bovary est le personnage principal, éponyme du roman. Son nom a d’ailleurs donné naissance au « bovarisme » qui renvoie à l’attitude d’Emma : son excès de sentimentalisme (fait de fantasmes et même d’hallucinations) puis sa frustration et enfin son déni de la réalité. À la fin du roman, cet excès la mène à la faillite financière.
Charles Bovary : Personnage « vecteur » du roman car l’histoire s’ouvre et se ferme avec lui. « Médiocre » est surement le qualificatif qui caractérise le plus souvent cet officier de santé selon Emma. Il est aussi un « cœur pur » qui aime Emma de manière inconditionnelle.
Les parents Bovary : La mère Bovary, l’autre Madame Bovary, est stricte et possessive. Le père Bovary est un ancien militaire corrompu et médiocre comme son fils, qui a épousé sa femme pour vivre avec sa dot. Il meurt pendant l’intrigue.
Berthe Bovary : C’est la fille d’Emma (qui aurait préféré avoir un garçon). Elle est placée chez la mère Rollet en nourrice.
Héloïse Dubuc : C’est la première femme de Charles, dite « la veuve Dubuc », qui a été choisie par sa mère et qui lui ressemble : elle meurt dès le début de l’intrigue.
Le père Rouault : Le père d’Emma est un riche paysan borné et abrupt. Veuf, il a placé Emma en couvent et participe au rapprochement de Charles et d’Emma. Il apparaît plus humain à la fin du roman, suite à la mort de sa fille.
Le vicomte et le ténor Lagardy : Ces deux figures masculines incarnent les fantasmes romantiques d’Emma : le vicomte au bal de la Vaubyessard avec son « gilet très ouvert qui semblait moulé sur sa poitrine » et le ténor Lagardy au théâtre de Rouen, qui paraît s’adresser à Emma pendant le spectacle (hallucination).
Rodolphe Boulanger : Il est le premier amant d’Emma et représente un reliquat du libertinage : il se joue d’Emma du début à la fin, incarnant l’amour charnel.
Léon Dupuis : Le clerc de notaire de Yonville est le second amant d’Emma : ils partagent une relation platonique basée sur des échanges littéraires. Cela traduit d’une certaine manière l’impuissance de Léon et la dominance d’Emma dans leur relation. Mais cela s’inverse lorsqu’ils se revoient à Rouen dans la troisième partie.
L’abbé Bournisien : L’abbé de Yonville est présenté comme superficiel et égocentrique, n’étant religieux que de manière extérieure, il est insensible à la douleur humaine.
M. Homais : Représentation du pouvoir politique dans le roman, il est l’apothicaire de Yonville, prétentieux et avide.
M. Lheureux : Représentation du pouvoir économique dans le roman, il est le vendeur d’étoffe malhonnête de Yonville qui participe activement à la ruine d’Emma.
M. Binet : Représentation de la conscience collective de la bourgeoisie de Yonville, il est précepteur.
Justin : Justin est le commis qui endure Homais. Il est en réalité, le seul à aimer Emma de manière discrète et respectueuse : c’est celui qui pleure sur sa tombe à la fin du roman.
Hippolyte : Hippolyte est le palefrenier du Lion d’or à Yonville. Il est victime de l’incompétence de Charles et se fait amputer une jambe.

Thèmes

Pré-naturalisme : Le mouvement littéraire dans lequel s’inscrit le roman est réaliste (tout comme Le Rouge et le Noir de Stendhal par exemple). Cela dit, le style de Flaubert est novateur car il ouvre la voie au naturalisme par son ambition de dépeindre les mœurs humaines avec l’approche des sciences sociales.
Romantisme et réalisme : Le début du XIXe siècle est marqué par le romantisme (Hugo, Chateaubriand, Musset). Le roman alterne entre les « rêveries » romantiques d’Emma et la réalité de la vie provinciale.
Progrès et religion : Les deux personnages qui incarnent cette confrontation sont Homais (qui représente le progrès) et Bournisien (qui représente la religion). Le XIXe siècle est l’époque de la révolution industrielle en France, d’un débat entre matérialisme et idéalisme.
Transgression : Emma, pour exister, ne peut que transgresser par l’excès. Cela fait écho au premier thème abordé ici, introduisant une approche pré-psychanalytique : transgression financière et sociale (consommation à outrance, adultère). Emma devient homme en s’habillant tel quel et en se procurant une procuration. L’échec de ces transgressions se solde par un refoulement.
La faillite économique : Le roman se focalise sur une classe sociale en plein essor : la bourgeoisie ; et dépeint les conséquences d’un modèle économique dans lequel Lheureux triomphe et qui, pour les autres, mène à la faillite.

Résumé

Madame Bovary est un roman réaliste du milieu du XIXe siècle construit en trois parties (1re partie : 9 chapitres ; 2e partie : 15 chapitre ; 3e partie : 11 chapitres) et qui se déroule en Normandie.

Charles Bovary, un officier de santé médiocre prend pour épouse Emma Rouault, fille de paysan. Les espérances de la jeune femme ne vont cesser de se ternir et d’alimenter son mépris pour son époux : rêvant d’aventures romanesques comme dans ses livres préférés, Emma oscille entre aspirations et effondrements. Des exaltations amoureuses avec ses amants à la faillite, elle finit par se suicider. La construction du roman rend compte de cet effet de balancier.

Première partie

Chapitre 1 : Charles Bovary

Le roman s’ouvre avec le premier jour de rentrée d’un nouvel écolier en classe de 5e au collège de Rouen, Charles Bovary (focalisation). Il est paraît gauche et est habillé de manière ridicule (une casquette « d’une lueur muette »). Lorsqu’il prononce son nom, il provoque un éclat de rire général dans la classe : il vient de la campagne, d’un village du pays de Caux. Son père est un militaire déchu qui a épousé sa mère pour sa dot avec laquelle ils vivent depuis des ans. La mère de Charles, aigrie par le fardeau qui est son mari, mise tout son espoir sur son fils. A la fin de la troisième, Charles part pour Rouen pour étudier la médecine : après un premier échec, il obtient médiocrement son examen d’officier de sante. Sa mère lui trouve alors une maison puis une femme à Tostes : la veuve Dubuc qui remplace symboliquement sa mère, réglant sa vie et exigeant son affection.

Chapitre 2 : La rencontre avec Emma

Une nuit en hiver, le père Rouault, paysan aisé, se casse la jambe. Charles se déplace donc à la ferme des Bertaux où il rencontre Emma, la fille du père Rouault, qu’il trouve belle et gracieuse. Séduit sans le savoir, Charles se rend de plus en plus souvent à la ferme. Sa femme d’un naturelle suspicieux finit même par lui interdire de s’y rendre. Mais suite à des soucis financiers, elle rend enfin l’âme : Charles est libre !

Chapitre 3 : La demande en mariage

Le père Rouault, désormais conscient que Charles est veuf, l’attire régulièrement à la ferme et lui propose de se marier avec sa fille. Charles accepte. Le mariage est prévu pour le printemps.

Chapitre 4 : La noce

La scène de la noce est relatée avec beaucoup de détails : l’arrivée des invités, les habits selon les classes sociales, le cortège jusqu’à la mairie, l’impressionnante pièce montée, le départ des invités, la nuit de noce, et enfin le départ du couple pour Tostes.

Chapitre 5 : Bonheur et déception

La maison de Tostes est décrite et Charles s’y épanouit : « posséder » Emma le rend « heureux et sans souci de rien au monde », « le cœur plein des félicités de la nuit, l’esprit tranquille, la chair contente ». Il ne regrette pas le moins du monde la veuve Dubuc. Emma, au contraire, est déçue de cette vie monotone qui est loin des aventures passionnées qui paraissaient si belles dans les livres.

Chapitre 6 : Éducation d’Emma

L’histoire d’Emma (focalisation) est racontée : jeune fille, elle fut placée au couvent par son père où elle eut tout le temps de lire des romans d’amours et d’aventures où il n‘est question que d’amants et d’amantes. Mais, trop fascinée et obsédée par ces romances, elle dû rentrer à la ferme.

Chapitre 7 : Désillusion d’Emma

Emma continue d’être absorbée par ses rêveries. Mais « un détachement intérieur se faisait qui la déliait de lui » : Charles l’ennuie, sa conversation est « plate comme un trottoir de rue » et sa mère irrite Emma avec ses réflexions sur leurs finances. Déçue par les débuts de ce mariage, elle se retranche davantage dans ses rêveries et fantasme sur une nouvelle rencontre. Le chapitre se clôt sur une annonce : l’invitation du marquis d’Andervilliers au bal du château de la Vaubyessard.

Chapitre 8 : Le bal

Emma est fascinée par le bal : le château somptueux, les nobles invités, les mondanités sur l’Italie. Soudain, un vicomte l’invite à danser une valse : ses frustrations resurgissent à mesure qu’elle fantasme sur l’inconnu. Le lendemain, Charles trouve par hasard un porte cigare en soie. Emma s’en empare, se persuadant que c’est celle du vicomte.

Chapitre 9 : Départ de Tostes

Emma poursuit ses lectures de manière excessive pour échapper à son existence. L’année passe et elle fonde de grands espoirs à être invitée à nouveau au bal et revoir le vicomte qui l’obsède. Mais rien n’arrive et sa déception empire allant de pair avec son dégoût de Charles, particulièrement pendant les repas : « Toute l’amertume de son existence lui semblait servie dans son assiette ». Emma devient pénible et capricieuse et multiplies les crises d’angoisse. Un médecin finit par l’examiner et conseille à Charles de « la changer d’air » : ils déménagent pour Yonville l’Abbaye après 4 ans passés à Tostes.

La première partie s’achève sur une annonce : Emma est enceinte.

Deuxième partie

Chapitre 1 : L’arrivée à Yonville

Yonville est un bourg « sans caractère » composé principalement d’une belle maison de notaire, d’une église, d’une auberge (Le Lion d’or) et de la pharmacie de M. Hormais. Dans l’auberge, se retrouvent les principaux habitants : Mme la veuve Lefrançois (tenancière), M. Homais (apothicaire), Léon (clerc de notaire), M. Binet et l’abbé Bournisien. En arrivant, les Bovary rencontrent M. Lheureux (le marchand d’étoffes).

Chapitre 2 : Le dîner au Lion d’or

Les Bovary rencontrent ensuite le pharmacien Homais qui les invite à dîner au Lion d’or. Léon est également convié. Le repas est divisé en deux : Charles et M. Homais parlent du climat de la région tant dis qu’Emma et Léon échanges sur leur goût littéraires communs, notamment sur les clichés romanesques qu’ils renferment.

Chapitre 3 : La naissance de Berthe

Emma rêvait d’avoir un garçon et s’évanouie en apprenant qu’elle vient d’accoucher d’une fille. Les parents de Charles viennent pour le baptême de Berthe (nom entendu lors du bal à la Vaubyessard). Cette dernière est placée chez une modeste nourrice, la mère Rollet. Un jour, Emma est prise d’une envie soudaine de voir sa fille. Elle demande à Léon de l’accompagner : ils sont pris d’une attirance mutuelle sur le chemin du retour qui reste dissimulée.

Chapitre 4 : Emma et Léon

Emma et Léon entretiennent une relation platonique qui est fondée sur les échanges récurrents de livres de romances. Mais Léon, d’une nature timide, n’ose faire sa déclaration. Emma, de son côté, ne se préoccupe pas de la nature de cette relation.

Chapitre 5 : Le refoulement d’Emma

Emma finit par s’interroger sur cette relation frappée par le contraste entre Léon et son mari Charles, trouvant ce dernier toujours plus médiocre. Mais Emma refoule ses sentiment et se complet en apparence dans un rôle d’épouse modèle, plus économe et austère. En réalité, sa frustration augmente et se transforme en mépris pour Charles : « Elle aurait voulu que Charles la battit, pour pouvoir plus justement le détester ».

Chapitre 6 : Le départ de Léon

Emma cherche une issue à son mal être par la voie religieuse : elle tente de se confier à l’abbé Bournisien, en vain. Léon quant à lui, fatigué de cette relation platonique, décide de partir pour Paris. Ils se serrent la main, sans jamais avouer leurs sentiments.

Chapitre 7 : Rodolphe

Emma se console alors dans l’excès : passant de la restriction à la démesure, elle effectue de nombreux achats couteux d’étoffes. Entre en scène Rodolphe Boulanger, le nouveau propriétaire du domaine de la Huchette non loin : encombré par sa maîtresse, qu’il trouve trop corpulente, il est séduit par la beauté froide d’Emma. Il lance en sur le chemin du retour « je l’aurai ! »

Chapitre 8 : La séduction de Rodolphe

C’est pendant la foire des comices agricoles en été que Rodolphe planifie de séduire Emma : ils assistent ensemble à l’examen du bétail puis il s’isole avec Emma au premier étage de la mairie. Il lui fait alors sa déclaration jouant usant de romances qui répondent parfaitement aux rêveries de la jeune femme : ils finissent par se tenir la main précieusement. Rodolphe raccompagne ensuite Emma pour assister aux feux d’artifices avec Charles qui ne se doute absolument de rien.

Chapitre 9 : Emma et Rodolphe

Rodolphe connaît bien le jeu de la séduction et laisse attendre Emma 6 mois avant de la revoir. Sur ce, il simule la passion romantique du dilemme amoureux, ce qui ne manque pas de la séduire. Charles, pleins de bonnes intentions, propose à sa femme qu’elle fasse des promenades de santés à cheval sous la surveillance de Rodolphe. Lors d’une de ces ballades stéréotypées, ils consument leur amour. Le soir même, « son mari lui trouva une bonne mine ». Emma s’écrit : « J’ai un amant ! » Leur liaison continue faite de correspondances et de rendez-vous secrets. Mais Emma finit par rendre visite de manière excessive à Rodolphe ce qui inquiète ce dernier.

Chapitre 10 : L’éloignement de Rodolphe

Les inquiétudes de Rodolphe ne font qu’attiser la passion d’Emma. Mais est rappelée à la réalité lorsqu’elle croise un matin M. Binet en rentrant d’une de ses escapades. Les rendez-vous secrets sont limités à la tonnelle du jardin ce qui ne fait que détériorer leur liaison. Emma finit par se repentir et met fin à la relation. M. Homais à la fin du chapitre vient faire une proposition…

Chapitre 11 : L’opération d’Hippolyte

Le garçon d’écurie du Lion d’or a un pied-bot : M. Homais propose à Charles de l’opérer en expérimentant une nouvelle méthode de chirurgie qu’il ne maîtrise manifestement pas. C’est l’occasion de renaître aux yeux d’Emma pour Charles, sa femme le pousse à accepter, ce qu’il fait. La convalescence du palefrenier devient vite cauchemardesque puisque la jambe est gangréné, on fait venir le docteur Canivet de Rouen qui l’ampute : échec cuisant de Charles qui donne un regain définitif de haine à Emma envers son mari. Elle s’en détourne et revient vers Rodolphe.

Chapitre 12 : La fuite avortée

La passion renaît entre les deux amants et s’intensifie : « jamais Madame Bovary ne fut aussi belle qu’à cette époque ». À nouveau, elle dépense à l’excès, multipliant les cadeaux pour Rodolphe (une « cravache à pommeau de vermeil » et un porte cigare identique à celui du présumé vicomte de la Vaubyessard) et s’endettant auprès M. Lheureux. Rodolphe, lui, est las de la relation et s’amuse des extravagances d’Emma qui se compromet de plus en plus en s’habillant en homme et fumant au bras de son amant dans les rues. Emma s’enhardit davantage et supplie Rodolphe de l’enlever. Ce dernier accepte, sachant qu’il ne viendra pas. Le rendez-vous est prévu pour le lundi 4 septembre.

Chapitre 13 : La violente rupture avec Rodolphe

Le jour prévu du départ, Rodolphe fait porter une lettre de rupture à Emma qui la lit secrètement dans le grenier : elle pense au suicide. Finalement, elle descend pour le dîner et s’évanouit pendant le repas en voyant passer à la fenêtre la voiture de Rodolphe. Emma reste au lit pendant 40 jours avec Charles à son chevet. Elle rechute suite à une promenade dans le jardin.

Chapitre 14 : La convalescence religieuse d’Emma

Charles fait face aux dettes contractées par Emma avant sa rupture avec Rodolphe auprès de M. Lheureux : il contracte un billet de 6 mois d’échéance et un emprunt. Emma s’enferme à nouveau dans une dévotion excessive. M. Homais suggère alors à Charles de l’emmener au théâtre pour divertir un peu Emma : le lendemain, ils partent pour Rouen.

Chapitre 15 : L’opéra à Rouen

Les Bovary arrivent tôt à Rouen et en profitent pour faire quelques achats. Puis ils se rendent au théâtre pour assister à l’opéra Lucie de Lammermoor. Emma s’identifie d’emblée à l’héroïne et a même une hallucination : elle est persuadée que le célèbre ténor Lagardy lui parle et qu’il va l’emporter loin de cette vie. Charles rencontre Léon pendant l’entracte, qui va saluer Emma. À partir de là, Emma ne se soucie guère plus de l’opéra mais de Léon : ils quittent le théâtre avant la fin du spectacle et prennent un café : Léon est à Rouen pour se former dans « une forte étude ». Sur ce, Emma reste seule un jour de plus sous prétexte de voir la fin de l’opéra.

Troisième partie

Chapitre 1 : Les retrouvailles

Léon a acquis plus de maturité à Paris : il est décidé à séduire Emma et la rejoint à l’hôtel de la Croix Rouge où ils entretiennent une conversation passionnelle. Léon décroche un rendez-vous pour le lendemain et baise passionnément le cou d’Emma avant de partir. Une fois encore, Emma se rétracte après son départ et lui écrit une « interminable lettre » de rupture qu’elle prévoit de lui remettre en personne le lendemain. Aussitôt arrivée à la cathédrale de Rouen, Emma lui donne sa lettre et prie, pleine de repentance. Alors qu’ils sont sur le départ, le suisse insiste pour leur faire visiter la cathédrale. La longue visite irrite Léon qui finit par emmener Emma dans sa voiture pour une promenade « à stores tendus ».

Chapitre 2 : La mort de Bovary père

De retour à Yonville, Emma se rend chez M. Homais qu’elle trouve en train de gronder son commis, Justin : il a pris une bassine de confiture située à proximité de l’arsenic. Puis M. Homais apprend brutalement à Emma la mort de son beau-père. Le jour de l’enterrement, alors qu’Emma, Charles et sa mère préparent leurs habits de deuil, M. Lheureux leur rend visite pour présenter ses condoléances. Il en profite pour réclamer son dû et suggère à Emma d’obtenir une procuration de son mari pour faciliter leur commerce. Charles la lui accorde et Emma propose de se rendre aussitôt à Rouen pour la faire établir par Léon.

Chapitre 3 : Trois jours de lune à Rouen

Emma reste trois jours à Rouen pendant lesquels les amants consument leur passion : « Ce furent trois jours pleins, exquis, splendides, une vraie lune de miel ». Les adieux sont déchirants et les amants décident de correspondre : Léon n’aura qu’à envoyer les lettres chez la nourrice de Berthe, la mère Rollet.

Chapitre 4 : L’alibi musical d’Emma

Léon, pris d’une envie soudaine de voir sa maîtresse, se rend à Yonville. Ils se voient en cachette tard le soir et Emma assure qu’elle va trouver un moyen de se libérer plus souvent. Parallèlement, elle continue de dépenser sans compter chez M. Lheureux. Finalement, elle se trouve un alibi pour aller tous les jeudis à Rouen : des leçons de piano.

Chapitre 5 : Les leçons de piano

Tous les jeudis, Emma passe la journée à Rouen en compagnie Léon à l’hôtel de Boulogne. Elle fabrique de fausses factures qui justifient ses visites hebdomadaires. Mais un jour, en sortant de l’hôtel au bras de Léon, elle croise M. Lheureux. Ce dernier vient la trouver plus tard et redoutant le chantage, Emma lui vend une petite maison appartenant à Charles. Charles est pris à partie dans un conflit qui oppose sa mère à sa femme à propos de la procuration : il donne raison à Emma qui s’enorgueillit de ce succès et multiplie les visites à Rouen, n’hésitant pas à se montrer en public de manière provocante (habillée en homme et fumant) au bras de son amant.

Chapitre 6 : Effondrement financier et amoureux

M. Homais accompagne Emma un jeudi à Rouen et se joint au repas des amants. Irrité par sa lourdeur, Léon les abandonne. Emma est alors agacée par l’attitude de Léon qu’elle juge « plus mou qu’une femme ». Ensuite, un employé de banque vient trouver Emma à Yonville, mandaté d’une sommation de payer. Elle rend donc visite à M. Lheureux qui a encaissé un billet alors qu’il avait promis d’attendre : il se retranche derrière les banquiers et la gâte, tout de même, d’étoffes. Mais la faillite financière s’aggrave. Emma tente de vendre quelques vielles babioles, emprunte à vau-l’eau et multiplie les cadeaux pour Léon. Elle s’échappe de la réalité de ses créances en lisant, l’adultère ne la passionne plus comme avant. D’ailleurs Léon, qui s’apprête à passer premier clerc, se détache peu à peu d’elle. Enfin, elle reçoit un avis de saisie et, prise de panique, fait de vaines avances à M. Lheureux.

Chapitre 7 : La saisie de la maison de Yonville

Le procès-verbal est prévu pour le jour suivant. Emma se presse pour tenter d’étouffer la vente de la maison par tous les moyens : à Rouen, les démarches avec les banquiers ne donnent rien et Léon se défile d’une maigre promesse. À Yonville, le notaire tente d’abuser d’elle mais les affiches de la vente de la maison sont déjà placardées dans la ville. Emma se retranche chez la mère Rollet, dans l’attente d’une lettre de Léon qui ne vient jamais. Désespérée, elle pense en dernier recours à Rodolphe.

Chapitre 8 : Le suicide d’Emma

À la Huchette, Rodolphe lui fait savoir qu’il n’a pas la somme qu’elle convoite (3 000 francs) : Emma fait une crise d’hystérie. Elle s’empresse de se rendre chez l’apothicaire, obtient les clefs de Justin, prend la bouteille bleue d’arsenic et rentre se coucher. Charles est démuni devant l’agonie de sa femme. M. Homais fait appel au docteur Canivet qui constate que l’empoisonnement est irréversible. L’abbé Bournisien vient la bénir, puis Emma meurt dans « un rire atroce, frénétique, désespéré ».

Chapitre 9 : La veillée funèbre

Madame Bovary « n’existait plus ». Symétriquement au début du roman, on repasse au point de vue de Charles (focalisation) : il est affaibli, « plus faible qu’un enfant » et organise les funérailles. Il est désormais seul : M. Hormais et l’abbé Bournisien continuent leurs débats interminables, et la venue de sa mère ne fait qu’empirer la situation. Il veille longuement le corps d’Emma.

Chapitre 10 : La mise en bière

L’abbé Bournisien officie à la cérémonie sous une journée printanière. Le père d’Emma, qui s’était évanoui en voyant le corps de sa fille, promet une dinde à Charles en partant. Un plan d’ensemble est donné à minuit : Léon et Rodolphe dorment paisiblement, Bovary mère jubile à l’idée de retrouver son fils, Charles ne cesse de penser à Emma, et Justin, plein de culpabilité, pleure sur sa tombe.

Chapitre 11 : La déchéance de Charles

Charles, refusant de vendre les affaires d’Emma, continue de s’endetter. Sa mère, qui désapprouve son choix, l’abandonne, suivie de la bonne, Félicité, qui emporte la garde-robe d’Emma au passage. Il retrouve la lettre de rupture de Rodolphe restée dans le grenier : sa femme « le corrompait par-delà le tombeau ». Mais son chagrin écarte sa jalousie et il lui fait construire un mausolée. Puis il retrouve les lettres de Léon ainsi qu’un portrait de Rodolphe. En croisant un jour Rodolphe, il se dit que c’est « la faute de la fatalité ». Peu après, Berthe retrouve son père mort, tenant une mèche de cheveux bruns à la main, sur le banc des rendez-vous amoureux d’Emma.

On apprend par la suite que M. Homais s’est lancé dans la politique, ayant reçu « la croix d’honneur », et que M. Lheureux est devenu le roi du commerce de la ville.

Berthe est envoyée dans une filature de coton.

Citation

« Ce qui me semble beau, ce que je voudrais faire, c’est un livre sur rien, un livre sans attache extérieure […], un livre qui n’aurait presque pas de sujet, ou du moins où le sujet serait presque invisible, si cela se peut. »

Flaubert, lettre à Louise Colet, 1852
« Qui donc écartait, à tant de distance, le matin d’avant-hier et le soir d’aujourd’hui ? Son voyage à la Vaubyessard avait fait un trou dans sa vie, à la manière de ces grandes crevasses qu’un orage, en une seule nuit, creuse quelquefois dans les montagnes. »

Première partie, chapitre 9
« Quant à Emma, elle ne s’interrogea point pour savoir si elle l’aimait. L’amour, croyait-elle, devait arriver tout à coup, avec de grands éclats et des fulgurations, ouragan des cieux qui tombe sur la vie, la bouleverse, arrache les volontés comme des feuilles et emporte à l’abîme le cœur entier. »

Deuxième partie, chapitre 4
« Car tout bourgeois, dans l’échauffement de sa jeunesse, ne fût-ce qu’un jour, une minute, s’est cru capable d’immenses passions, de hautes entreprises. Le plus médiocre libertin a rêvé des sultanes ; chaque notaire porte en soi les débris d’un poète. »

Troisième partie, chapitre 6