Fiche de lecture
Rhétorique, Aristote
Contexte

À l’époque de la rédaction de la Rhétorique, Aristote vit à Athènes, où il a fondé le Lycée. Ce lieu d’enseignement est similaire à l’Académie créée par son maître Platon, une école où Aristote a étudié dans sa jeunesse. Athènes fonctionne alors selon un système démocratique, dans lequel l’Assemblée se réunit pour légiférer. L’art de la persuasion est donc essentiel pour défendre ses propositions et prises de position. Si Aristote n’a pas inventé la rhétorique, il est en revanche l’un des premiers à en exposer les grands principes dans un traité. La Rhétorique étudie les techniques employées dans l’art de persuader, mais prend également en compte la psychologie afin d’expliquer comment manipuler l’opinion d’autrui. Ce traité sera repris par les plus grands orateurs, dont Cicéron à l’époque de l’Empire romain. Pour bien comprendre ce livre, il faut savoir qu’Aristote considère que la logique employée pour la dialectique (qu’il présente dans l’Organon), s’applique au discours. Cependant, à la différence de la dialectique, la rhétorique s’applique à des sujets appartenant à l’opinion, ou à des vérités particulières, et non générales.

Thèmes

Les passions : Dans le cadre de la rhétorique, les passions sont un outils pour l’orateur. Il peut susciter certaines émotions pour mieux servir son argumentaire.
La morale : Pour Aristote, la rhétorique doit être morale, et servir la morale : « Si, maintenant, on objecte que l'homme pourrait faire beaucoup de mal en recourant injustement à la puissance de la parole, on peut en dire autant de tout ce qui est bon, la vertu exceptée, et principalement de tout ce qui est utile ; comme, par exemple, la force, la santé, la richesse, le commandement militaire, car ce sont des moyens d'action dont l'application juste peut rendre de grands services et l'application injuste faire beaucoup de mal. » (Première partie, chapitre 1).

Résumé

La Rhétorique est un traité composé de trois parties : la première s’attache à décrire la nature et le fonctionnement de la rhétorique, la deuxième se concentre sur la psychologie de l’auditoire et du locuteur, et la troisième étudie le style.

Première partie

Aristote commence par définir la rhétorique et montrer en quoi elle est utile. Selon lui, elle n’a d’autre utilité que de faire prévaloir le vrai et le juste. « La rhétorique est utile, d'abord, parce que le vrai et le juste sont naturellement préférables à leurs contraires, de sorte que, si les décisions des juges ne sont pas prises conformément à la convenance, il arrive, nécessairement, que ces contraires auront l'avantage; conséquence qui mérite le blâme. » (Chapitre 1).

Aristote définit ensuite la rhétorique comme l’art de la persuasion : « La rhétorique est la faculté de considérer, pour chaque question, ce qui peut être propre à persuader. » (Chapitre 2). Il explique ensuite que la persuasion dépend de trois éléments : de la crédibilité morale de l’orateur, de l’état d’esprit des auditeurs, et du discours lui-même. Aristote fait la distinction entre trois types de discours : le délibératif qui vise à trouver la solution la plus adéquate en vue d’une fin, le judiciaire, qui se base sur des faits pour convaincre un juge, et le démonstratif, qui se concentre sur l’éloge ou le blâme.

Aristote présente ensuite les thèmes concernés par chacun de ces registres, ainsi que diverses considérations sur la morale, la vertu, la justice. Il distingue plusieurs actions possibles : exhorter, dissuader, blâmer, louer, accuser, ou défendre.

Deuxième partie

Dans cette partie, qui porte sur la psychologie de l’auditoire, Aristote montre comment mettre un public dans de bonnes dispositions. « En effet, il importe beaucoup, pour amener la conviction, principalement dans le genre délibératif, mais aussi dans le genre judiciaire, de savoir sous quel jour apparaît l'orateur et dans quelles dispositions les auditeurs supposent qu'il est à leur égard, et, en outre, dans quelles dispositions ils sont eux-mêmes » (Chapitre 1). Aristote évoque donc différentes dispositions d’esprit, comme la colère ou le calme, et ce que cela implique pour la façon dont l’auditoire perçoit l’orateur. Il aborde ainsi de nombreux aspects de relations humaines pour mieux les comprendre.

À partir du chapitre 12, Aristote présente les mœurs (les habitudes, les valeurs) de différentes tranches d’âge, et de différentes catégories sociales. À partir du chapitre 18, il est question des points communs des différents types de discours, quels qu’en soient le genre et l’objet. Selon Aristote, le discours démonstratif va se concentrer sur l’amplification, le discours judiciaire sur le fait accompli, et le discours délibératif sur les possibilités et le futur.

Il détermine ensuite deux types d’exemples : « II y a deux espèces d'exemples : l'une consiste à relater des faits accomplis antérieurement ; dans l'autre, on produit l'exemple lui-même. Cette dernière espèce est tantôt une parabole, tantôt un récit, comme les récits ésopiques ou les récits libyques. » (Chapitre 20).

Le chapitre suivant traite des discours comportant des sentences (des vérités générales), un instrument rhétorique efficace : « Les sentences offrent une grande ressource dans les discours, laquelle tient uniquement à la vanité des auditeurs. En effet, ceux-ci se complaisent à voir l’orateur, en énonçant une généralité, rencontrer telles opinions qu'ils ont, eux, sur un point particulier. » (Chapitre 21).

Dans le chapitre 22, Aristote aborde les enthymèmes, des syllogismes appliqués au discours. Un syllogisme est un raisonnement composé de deux propositions dont on tire une conclusion. Par exemple : tous les hommes sont mortels. Les Athéniens sont des hommes, donc les Athéniens sont mortels. L’enthymème, à la différence du syllogisme, repose sur des propositions dont la validité n’est pas certaine, seulement supposée. Pour Aristote, il y a deux types d’enthymèmes : « Les uns ont pour objet de démontrer que tel fait est, ou n'est pas ; les autres, de réfuter. »

Dans les chapitres 23 et 24, Aristote détaille différents types d’enthymèmes (ou de types de raisonnements), puis montre les faux enthymèmes, qui ne sont pas des raisonnements justes.

Le chapitre suivant aborde les solutions, ou les objections, que l’on peut faire à divers raisonnements.

Troisième partie

Cette partie, qui concerne le style proprement dit, s’ouvre par des considérations sur l’élocution. « Cette action réside dans la voix, qui sera tantôt forte, tantôt faible, tantôt moyenne (et il faut examiner) comment on doit s'en servir pour exprimer chaque état de l'âme, quel usage faire des intonations qui la rendront tour à tour aiguë, grave ou moyenne, et de certains rythmes suivant chaque circonstance, car il y a trois choses à considérer : ce sont la grandeur, l'harmonie et le rythme » (Chapitre 1).

Aristote détaille ensuite certains outils utiles au discours, comme les sonorités agréables, les métaphores, les analogies… Il aborde ensuite ce qu’il appelle le « style froid », qui correspond à un langage s’approchant davantage de la poésie que du discours, et dont il faut se méfier. Après avoir explicité la différence entre une image (une comparaison) et une métaphore, Aristote rappelle l’importance de s’exprimer dans une langue correcte, sans erreurs, et claire. Il faut notamment éviter d’employer des termes ambigus, « ce que l'on fait lorsque l'on n'a rien à dire et que l'on veut avoir l'air de dire quelque chose » (chapitre 5).

Le chapitre 6 traite de l’ampleur du style, autrement dit, « donner l'explication d'un nom à la place du nom lui-même », ce qui revient en fait à utiliser une périphrase, comme on le fait quand on dit « le pays du fromage » pour désigner la France.

Dans le chapitre suivant, Aristote aborde l’adéquation du style et de l’élocution avec le propos. « L'auditeur partage les émotions que l'orateur fait paraître dans ses discours, même s'ils ne disent rien. Voilà d'où vient que beaucoup d'orateurs frappent l'esprit des auditeurs en faisant grand bruit. » (Chapitre 7).

La chapitre 8 traite de l’importance du rythme du discours, le suivant de la différence entre l’élocution continue et le style périodique, et le chapitre 10 évoque les mots d’esprits. Aristote liste ensuite divers moyens de rendre le discours vivant, frappant, comme les métaphores, les antithèses, les hyperboles…

Aristote revient ensuite sur l’élocution pour se concentrer sur la diction (chapitre 12), puis sur la disposition (chapitre 13). La disposition concerne les deux parties principales du discours : l’exposition (une forme d’introduction), et la démonstration (où l’orateur aborde ce qu’Aristote appelle les « preuves »). On trouve également l’exorde et la péroraison (le discours qui vient après la démonstration, et qui consiste en un rappel des arguments et un appel aux passions du public), et la narration, qu’Aristote aborde dans les chapitres suivants. Le chapitre 18 fait un détour par l’interrogation et la plaisanterie. « En ce qui concerne l'interrogation, il est surtout opportun d'en user lorsque (l'adversaire) a dit le contraire, de façon que l'orateur faisant questions sur questions, il en résulte une absurdité. »

Citation

« La rhétorique se rattache à la dialectique. L'une comme l'autre s'occupe de certaines choses qui, communes par quelque point à tout le monde, peuvent être connues sans le secours d'aucune science déterminée. Aussi tout le monde, plus ou moins, les pratique l'une et l'autre ; tout le monde, dans une certaine mesure, essaie de combattre et de soutenir une raison, de défendre, d'accuser. »

Première partie, chapitre 1
« On doit, dans ce qui concerne chaque passion, distinguer trois points de vue. Ainsi, par exemple, au sujet de la colère, voir dans quel état d'esprit sont les gens en colère, contre quelles personnes ils le sont d'habitude, et pour quel motif. Car, si l'un de ces trois points de vue était négligé, il serait impossible d'employer la colère (comme moyen oratoire). Il en est de même des autres passions. »

Deuxième partie, chapitre 1
« [Les jeunes gens] sont changeants et promptement dégoûtés de ce qui les a passionnés. Leurs désirs sont violents, mais tombent vite. Leurs volontés sont intenses, mais sans grande force, comme la soif ou la faim chez les malades. »

Deuxième partie, chapitre 12
« De plus, il faut, dans la narration, tirer parti des effets de pathétique, déduire les conséquences, dire des choses connues de l'auditeur, et apporter des arguments qui touchent personnellement l'orateur ou l'adversaire […] »

Troisième partie, chapitre 16