Fiche de lecture
Sagesse, Paul Verlaine
Contexte

Sagesse est le cinquième recueil poétique de Paul Verlaine, écrit entre 1873 et 1880 et publié en 1881. Il ouvre le triptyque poétique religieux. Il sera suivi par Amour (1881) et Bonheur (1891) et témoigne du bouleversement spirituel que connaît le poète.

Cet ouvrage marque le retour de Paul Verlaine, resté absent de la scène littéraire pendant sept ans (suite à son incarcération et sa conversion au catholicisme en 1874). Une partie des poèmes a été composée à la prison de Mons, et l’autre après sa libération.

Aujourd’hui considérée comme l’une des plus originales des œuvres de Verlaine, Sagesse ne reçoit, de son temps, aucun enthousiasme et laisse la critique plutôt froide.

Personnages

La Vierge Marie : Elle se présente comme la personnification de la sagesse que le poète désire et cherche au plus profond de lui-même. Elle est aussi la dame charmante, qui fascine par sa beauté et par sa lumière.
Rimbaud : Verlaine reconstitue le souvenir de l’être aimé dans la plupart des poèmes de Sagesse sans jamais le nommer.

Thèmes

La religion : Après la conversion de Verlaine, la foi devient partie intégrante du poète. Verlaine confie son cheminement spirituel qui devient un espoir face à la solitude. À travers son abandon à la religion, Verlaine témoigne de son désir d’un avenir paisible et rempli d’ordre, d’harmonie et d’amour. Les diverses exhortations divines soulignent la ferveur du poète.
Le souvenir : Le poète se rend compte que l’amour dépasse la haine de l’abandon. Dans ses faiblesses, il se souvient de sa femme Mathilde et de Rimbaud, l’être aimé qu’il a failli tuer. Il se remémore notamment les traversées maritimes effectuées avec lui entre l’Angleterre et la France, et offre au lecteur la peinture d’un paysage intérieur. Le souvenir, lié aux douleurs du passé, mène le poète au repentir.
Les difficultés de l’existence : Les douleurs du passé sont omniprésentes. À travers les plaintes du poète, le lecteur saisit les meurtrissures qui l’habitent et l’incompréhension qui le hante.

Résumé

L’écriture de Sagesse concorde avec le retour de Verlaine à la foi catholique. Le poète y présente des poèmes mystiques, imprégnés de la foi retrouvée et annonce, dans un lyrisme envolé, une spiritualité exacerbée. Il promet de mener une vie meilleure et de lutter contre ses vices.

Hanté par des souvenirs douloureux, certains poèmes reviennent sur le passé de Verlaine, avec notamment les souvenirs de Mathilde, sa femme, et de l’être aimé, Rimbaud.

Le recueil présente une unité de ton et une logique thématique. Verlaine, à travers ses vers, cherche la sagesse qui chassera l’orgueil, la haine et les tentations.

Sagesse se divise en trois sections.

Section I « L’élan vers Dieu »

Cette partie se compose de vingt-quatre poèmes.

Le poète revient sur les douleurs de son passé et tente de les dépasser. Il constate que l’orgueil est un danger pour l’homme lui-même, une illusion qui n’apporte que des malheurs sur le long terme. Le poète se tourne alors vers des valeurs comme l’humilité et le dénuement (« Ô vous, comme un qui boîte au loin ») afin d’accéder à une paix intérieure qui procure des joies intenses.

Malgré tout, cette ambition n’est pas évidente et Verlaine confesse la difficulté qu’il a à s’extraire de ses vices (« Les faux beaux jours »), tombant parfois dans la détresse (« Écoutez la chanson bien douce ») et se réfugiant dans ses amours passés.

Cet élan dont parle le poète est celui d’un nouvel idéal chrétien. Le repentir de Verlaine semble sincère (« Les chères mains »), mais non dénué de réflexion sur la réalité, qui le confronte à sa propre morale.


Section II « La rencontre avec Dieu »

Cette partie contient quatre poèmes dont le dernier est divisé en neuf parties.

Dans ces poèmes, le poète se confie à Dieu et à la Vierge Marie.

Section III « Après »

Cette dernière partie se compose de vingt-et-un poèmes.

Le regard du poète se fait de plus en plus lucide sur la réalité de sa faiblesse (« Le ciel est par-dessus le toit »). Quoiqu’il en soit, Verlaine ne souhaite plus se révolter et s’abandonne au calme. En revanche, s’il est une personne dont il ne peut se détacher, c’est Rimbaud (« Je ne sais pourquoi », « L’espoir luit comme un brin de paille »), et une autre qu’il veut à nouveau séduire, c’est Mathilde. « L’échelonnement des haies », par exemple, est une tentative de réconciliation avec sa femme.

Tout au long de ses poèmes, Verlaine emploie un style de plus en plus simple et épuré pour mieux convaincre de son changement.

La campagne devient finalement une inspiration avec ses couleurs, ses odeurs, ses moutons, ses fruits, lui qui la détestait pourtant si ardemment.

Citation

« Pauvre âme pâle, au moins cette eau du puits glacé,
Bois-là. Puis dors après. Allons, tu vois, je reste,
Et je dorloterai les rêves de ta sieste,
Et tu chantonneras comme un enfant bercé. »

« L’espoir luit comme un brin de paille dans l’étable »
« Je ne sais pourquoi
Mon esprit amer
D’une aile inquiète et folle vole sur la mer.
Tout ce qui m’est cher,
D’une aile d’effroi
Mon amour le couve au ras des flots. Pourquoi, pourquoi ? »

« Je ne sais pourquoi… »
« Vieux bonheurs, vieux malheurs, comme une file d’oies
Sur la route en poussière où tous les pieds ont lui,
Bon voyage ! Et le Rire, et, plus vielle que lui,
Toi, Tristesse noyée au vieux noir que tu broies »

« Ô vous, comme un qui boite au loin… »
« À vingt ans un trouble nouveau,
Sous le nom d’amoureuses flammes,
M’a fait trouver belles les femmes :
Elles ne m’ont pas trouvé beau.

Bien que sans patrie et sans roi
Et très brave ne l’étant guère,
J’ai voulu mourir à la guerre :
La mort n’a pas voulu de moi. »

« Je suis venu, calme orphelin… »