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Sido, Colette
Fiche de lecture

Contexte

Image d’illustration : Colette, photographiée par Henri Manuel, vers 1912

« Sido » est d’abord une courte nouvelle que Colette fait paraître en 1929 dans La Revue hebdomadaire. En 1930, elle ajoute deux parties, « Le Capitaine » et « Les Sauvages » pour créer Sido, un triptyque qui paraîtra chez l’éditeur Kra. L’accueil fut chaleureux, d’autant plus que Colette est déjà un écrivain reconnu à ce moment-là. Associé à La Maison de Claudine et à La Naissance du jour, ce recueil de souvenirs termine une trilogie autobiographique.

Colette

1930

Sido

Genre

Roman

Personnages

Sido : L’héroïne du roman. Elle est surnommée « Sido », car son vrai nom est Sidonie Landoy. Femme fascinante tout autant que terrifiante, elle mène sa famille d’une main ferme. Si elle connaît un peu Paris, elle est surtout montrée dans son jardin, en train de s’en occuper ou de transmettre à ses enfants son savoir-faire. Pleine de verve, jalouse, cultivée, et toujours prompte à faire circuler des commérages, elle n’apparaît pas comme une simple femme, mais comme une véritable déesse aux yeux de la « petite » qui raconte l’histoire.

Le Capitaine : C’est le père de la « petite ». Son vrai nom est Jules-Joseph Colette. C’est un homme effacé, discret, patient, impressionné par sa femme. Il perd sa jambe gauche en 1859, lors de la campagne d’Italie contre l’empire d’Autriche et pour l’indépendance italienne. Il ne raconte pas tellement sa vie, et le lecteur sent que la narratrice a sur lui des informations de seconde main. Son portrait fait naître la pitié et l’empathie à son encontre.

Adrienne Jarry : La voisine de la famille de Colette. C’est la meilleure amie de Sido. C’est chez elle que la « petite » aime à passer le temps, ce qui ira jusqu’à provoquer une brouille entre les deux voisines.

La petite : Colette n’est pas désignée directement dans le livre, même si le lecteur a bien l’impression que le « je » de la narratrice se confond avec celui de l’autrice. Elle se désigne plutôt en disant « la petite ». Les anecdotes sont racontées de son point de vue. Tout passe donc par le regard d’une enfant.

Les Sauvages : Ces « Sauvages » ont pour prénoms Juliette, Achille et Léopold. Il s’agit de la sœur et des deux frères de Colette, qui s’appelle alors Gabrielle. Ils n’ont pas vraiment d’épaisseur psychologique. Le « je » nous parle surtout de leurs jeux et de leurs places dans la famille.

Thèmes

La nature : Campagne, mer, fleurs, fruits, animaux, plantes, vent, soleil, ciel : l’écriture de Colette porte une attention considérable à tout ce qui vit. Certains paragraphes sont des gros plans sur de petits phénomènes biologiques fascinants. Colette oblige son lecteur à s’intéresser à la vie telle qu’elle naît, vit, meurt et renaît. En racontant son enfance, elle raconte aussi comment elle a gagné ce sens de l’observation, qu’elle tient de sa mère.

La mère : Colette écrit Sido pour rendre un hommage flamboyant à sa mère, qui l’a poussée à regarder le monde autour d’elle et à faire attention au langage. Mais ces évocations constantes témoignent d’un besoin de s’émanciper de cette mère envahissante, pour réussir à devenir soi-même.

La quête de soi : En s’interrogeant sur qui furent sa mère et les membres de sa famille, en s’attardant sur les paroles qu’elle entendait autour d’elle dans son enfance et en décrivant précisément la nature, Colette part à la recherche de son identité.

L’amour : Qu’il s’agisse de parler des liens qui l’unissent à sa mère ou aux autres membres de sa famille, Colette ne fait que parler d’amour. Même si cela implique de connaître parfois la rage, la déception ou le désespoir, c’est toujours une relation étroite et intime avec autrui qui semble lui donner une raison de vivre.

Résumé

Sido

Ce premier chapitre présente la mère de Colette. Sido prend la parole dès le début du livre pour dire à quel point elle préfère la province à Paris. Colette en profite pour donner ses origines géographiques et sociales, et pour retracer rapidement son parcours de vie. Pour décrire sa personnalité, Colette s’arrête sur une série de détails révélateurs : l’intérêt que porte sa mère aux points cardinaux, la façon dont elle transforme le quotidien en racontant mille histoires, la manière qu’elle a de juger ses voisins, le soin qu’elle apporte à son jardin et qui en fait un lieu merveilleux, ses excès d’orgueil. Colette raconte aussi les leçons de jardinage que sa mère dispensait, par exemple quand elle invite sa fille à observer et écouter le vent, annonciateur de pluie, ou qu’elle lui raconte comment elle prend soin de son jardin. Le chapitre se clôt sur une évocation nostalgique de Sido au centre d’une Rose des Vents, ce qui la place au centre du monde.

Le Capitaine

La narratrice constate que toute sa « ferveur » était tournée vers Sido, et qu’en conséquence elle a très mal connu son père. Elle explique que c’est un homme mystérieux. Elle le montre comme quelqu’un qui ne cherche pas à étaler ses connaissances, qui n’est pas donneur de leçons, mais qui n’est pas non plus très affectueux avec ses enfants. Colette évoque ensuite ses fausses colères, avant de regretter de ne pas l’avoir davantage connu. Elle le montre comme un « poète et citadin », en contrepoint de sa femme. Elle se souvient des dimanches ennuyants et du manque d’autorité de son père sur le chien. La « petite » sent bien qu’elle est sa préférée. Puis, Colette rapporte les scènes de ménage entre son père et sa mère, quand celle-ci lui reproche de la ruiner. Elle finit le chapitre en évoquant son passage chez une voyante qui lui fait se rappeler son père et certains souvenirs. Le chapitre se termine sur le nom complet de son père : Jules-Joseph Colette.

Les Sauvages

C’est encore Sido qui prend la parole en première, pour qualifier ses enfants de « sauvages ». Ses quatre enfants sont présentés comme des êtres insouciants et proches de la nature. Colette raconte comment un de ses frères est doué pour la musique. Elle reconnaît ensuite que sa mère cédait facilement à ses caprices. D’une manière générale, Sido entrevoit un avenir radieux pour chacun de ses enfants. En attendant, les deux fils se plaisent à lire en haut des arbres, en chasse du mot « mignonne » qu’ils trouvent hideux. Enfants gentils, ils peuvent parfois se montrer cruels. En revanche, l’unique sœur de Colette est décrite comme une fille effacée et mariée trop tôt. Le livre se referme sur l’évocation d’une fugue heureuse d’un des frères.

Citation

« — Et pourquoi cesserais-je d’être de mon village ? Il n’y faut pas compter. Te voilà bien fière, mon pauvre Minet-Chéri, parce que tu habites Paris depuis ton mariage. Je ne peux pas m’empêcher de rire en constatant combien tous les Parisiens sont fiers d’habiter Paris, les vrais parce qu’ils assimilent cela à un titre nobiliaire, les faux parce qu’ils s’imaginent avoir monté en grade. À ce compte-là, je pourrais me vanter que ma mère est née boulevard Bonne-Nouvelle ! Toi, te voilà comme le pou sur ses pieds de derrière parce que tu as épousé un Parisien. Et quand je dis un Parisien… Les vrais Parisiens d’origine ont moins de caractère dans la physionomie. On dirait que Paris les efface ! »

« J’aurais volontiers illustré ces pages d’un portrait photographique. Mais il m’eût fallu une “Sido” debout, dans le jardin, entre la pompe, les hortensias, le frêne pleureur et le très vieux noyer. Là je l’ai laissée, quand je dus quitter ensemble le bonheur et mon plus jeune âge. Là, je l’ai pourtant revue, un moment furtif du printemps de 1928. Inspirée et le front levé, je crois qu’à cette même place elle convoque et recueille encore les rumeurs, les souffles et les présages qui accourent à elle, fidèlement, par les huit chemins de la Rose des Vents. »