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Tristan et Iseult
Fiche de lecture

Contexte

L’histoire de Tristan et Iseult est à l’origine une légende bretonne, traversée par des mythes et histoires appartenant aux peuples celtes (Gallois, Cornouaillais, Bretons armoricains), peu à peu fondus en une seule histoire par les bardes gallois. On ne peut dater avec certitude la première apparition de ce mythe, certains la faisant remonter au VIIIe siècle.
Une autre influence notable est celle du roman antique (par exemple ceux de Virgile et Ovide) dont on retrouve ici la structure. En effet, par rapport aux récits bretons, Tristan et Iseult n’est pas un pur récit enchaînant les péripéties, mais il inclue une réflexion, soit des personnages soit du narrateur, qui entraîne une pause dans l’action. Se met ainsi en place toute une analyse de l’amour, qui est bien l’enjeu philosophique de cette histoire.
Les versions que nous connaissons actuellement ont deux sources : le Roman de Tristan, du Normand Béroul, qui a été écrit vers 1170 et dont nous n’avons qu’une version incomplète ; et le Tristan de Thomas d’Angleterre, datant de 1175. Le premier est plus proche de la tradition celtique, le second en propose une version plus compatible avec la culture de l’amour courtois. À partir de 1900, Joseph Bédier rassemble les différents manuscrits existant pour reconstituer une version complète de ce mythe : c’est cette version qui est connue aujourd’hui par le lecteur moderne, et qui a permis la redécouverte de cette légende.

Béroul

Thomas d’Angleterre

Joseph Bédier

XIIe siècle

Tristan et Iseult

Genre

Roman

Personnages

Tristan : Tristan est un personnage appartenant au cycle arthurien. Originaire des Cornouailles, c’est un chevalier de la Table ronde. Il est aussi le neveu du roi Marc de Cornouailles.

Iseult : Dite Iseut la blonde, ou Iseult, Yseut, Yseult, Isolde, Ysolde. Fille du roi et de la reine d’Irlande, elle est comme sa mère très versée dans l’art des potions, grande magicienne, et capable pour cette raison de sauver Tristan plusieurs fois.

Brangien  : Elle est la servante d’Iseut, qu’elle aide plusieurs fois à dissimuler son amour pour Tristan aux yeux de son mari.

Le roi Marc ou Marc’h : Il est roi de Cornouailles. Il fait partie de la légende arthurienne, tout en appartement à la mythologie celtique.

Iseut aux mains blanches : C’est la femme de Tristan. Malgré son nom similaire, et une certaine ressemblance physique, elle est différente d’Iseut la blonde. Tristan n’en est pas amoureux comme de la première Iseut.

Thèmes

L’amour passion : L’amour est évidemment le grand thème de cette légende. Plusieurs formes d’amour y sont explorées. Il y a d’abord l’amour passionné, irrépressible et fatal, celui causé par le filtre d’amour et qui est à plusieurs reprises décrit comme une source de grandes souffrances. Cet amour là s’apparente à une prison, puisqu’il n’est pas choisi et qu’il consume ceux qui l’éprouvent. Certes il est source de joie, lorsque les amants sont réunis, mais aussi de terribles douleurs lorsqu’ils sont séparés.

L’amour humain : Mais l’amour apparaît aussi sous une forme plus humaine. C’est l’amour du roi Marc pour son neveu Tristan et pour sa femme Iseut. Puis l’amour que Tristan et Iseut se portent une fois que le filtre a cessé d’agir. Celui-ci est librement consenti et n’est donc pas vécu comme une fatalité. Il peut être source de malheur, comme c’est le cas pour Marc dont l’amour pour sa femme est mal récompensé, mais il est également la cause d’un bonheur plus durable.

Il y a donc dans cette histoire une vraie réflexion sur l’amour, explorée dans ses versants négatifs (l’amour impossible qui possède les amants comme une folie) et positifs (la loyauté, l’attachement, l’affection et la fidélité).

Résumé

Rivalen, roi de Loonois, et Bleunwenn, parents de Tristan, meurent alors que celui-ci vient de naître. Il est élevé par un maréchal de Rivalen, puis recueilli par son oncle, le roi Marc, en Cornouailles.
Tristan décide de libérer le roi Marc du devoir de payer chaque année un tribut auprès du roi d’Irlande, qu’il part donc combattre. Arrivé sur l’île, il se bat avec le géant Morholt, beau-frère du roi d’Irlande, qu’il parvient à tuer, avant de recevoir un coup d’épée empoisonnée. Iseut, dite Iseut la blonde, la fille du roi d’Irlande, ignorant que Tristan a tué son oncle, le soigne.

Marc voudrait que Tristan prenne sa succession, mais certains seigneurs s’y opposent. Marc décide de se marier, mais ne veut épouser que celle à qui appartient le cheveux doré qu’un oiseau lui a apporté un matin. Tristan pense alors arranger un mariage entre Marc et Iseut, et retourne en Irlande.
Arrivé en Irlande, il est attaqué par un dragon, qui le blesse avant de mourir. Il est une fois de plus secouru par Iseut, qui comprend cette fois-ci que Tristan a tué son oncle, mais renonce à se venger. Le mariage est décidé entre Iseut et le roi Marc. Iseut embarque avec Tristan pour aller en Grande-Bretagne.

La reine d’Irlande a remis à sa fille Iseut un filtre d’amour très puissant, d’une durée d’action de trois ans, qui rend ceux qui le boivent amoureux fous. Il est destiné à Marc et Iseut. Mais pendant la traversée, Tristan en boit par erreur et en offre à Iseut : les deux jeunes gens tombent amoureux. Iseut doit malgré tout épouser le roi Marc.

Ne pouvant vivre séparés, Tristan et Iseut prennent la fuite et se cachent dans la forêt du Morrois. Au bout de trois ans, le filtre cesse d’agir.
Un jour qu’ils étaient endormis dans une grotte, l’épée de Tristan posée entre eux, le roi Marc, qui les cherchait, le trouve enfin. Voyant l’épée, il en déduit que les sentiments de Tristan et Iseut sont restés chastes et il leur pardonne. Il remplace l’épée de Tristan par la sienne. Ainsi, à leur réveil, les deux amants comprennent que Marc les a trouvés et qu’il leur a pardonné. Le filtre ayant cessé d’agir, Iseut décide de rejoindre le roi Marc. Mais après ces trois années, Tristan et Iseut ont appris à s’aimer, au-delà de la magie.

Marc accepte le retour d’Iseut, mais banni Tristan, non par sa propre volonté mais poussé par certains barons qui sont jaloux du jeune homme.
Tristan part en Bretagne, où il épouse Iseut aux mains blanches.
Lors d’une expédition guerrière, il est mortellement blessé : seule la première Iseut, Iseult la bonde, peut le sauver et il la fait demander. Il convient que si le bateau revient avec une voile blanche, c’est qu’elle a accepté de venir. Enfin, le bateau arrive et Iseut est dedans. Mais Iseut aux mains blanches, jalouse, dit à son mari que la voile est noire. Tristan décide alors de se laisser mourir de chagrin. Lorsque Iseut la Blonde arrive et trouve son amant mort, elle meurt à son tour de tristesse.
Le roi Marc fait enterrer les deux amants en Cornouailles. Une ronce sauvage relie leurs tombes.

Citation

« La veille, Tristan, dans la forêt, avait été blessé à la jambe par un grand sanglier ; il souffrait énormément. La plaie avait beaucoup saigné. Par malheur, elle n’était pas bandée. Tristan ne dormait pas, à ce qui semblait. Le roi se leva à minuit et sortit de la chambre. Le nain bossu l’accompagnait. Dans la chambre, il n’y avait pas la moindre clarté, ni cierge, ni lampe allumée. Tristan se mit debout sur le lit. Dieu ! Pourquoi fait-il cela ! Mais écoutez ! Il joint les pieds, estime la distance et saute. Il retombe sur le lit du roi. Sa plaie s’ouvre et saigne abondamment. Le sang qui en jaillit rougit les draps. La plaie saigne mais il ne la sent pas car il est tout à la joie de son amour. En plusieurs endroits, le sang s’agglutine. Le nain est dehors. À la lune, il vit bien que les deux amants étaient enlacés. Il en frémit de joie et dit au roi :
"Va et si tu ne peux pas les surprendre ensemble, fais-moi pendre !" »

« Vivre dans la douleur ressemble à une longue mort. Les sombres pensées minent l’être humain et l’anéantissent. »

« Pour qui trouve une consolation à ses souffrances dans le plaisir, c’est un véritable délice, car il en va toujours de même en amour : la souffrance cède la place à la joie. »

« On vous a strictement interdit de parler à Tristan et de l’aimer. Vous aviez donné votre promesse, il y a plus d’un an. Vous avez bien mal respecté cette règle et ce serment. Dès que vous en avez eu la possibilité, infâme Yseut, vous vous êtes reniée, démentie, parjurée. Vous êtes tellement habituée au vice que vous ne pouvez plus vous en séparer. Vous ne pouvez combattre votre ancienne habitude. Si vous n’aviez plongé dans le vice dès l’enfance, vous ne vous y adonneriez pas en ce moment. Si le mal n’était pas un plaisir pour vous, vous ne le commettriez pas en permanence. »