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Tropismes, Nathalie Sarraute
Fiche de lecture

Contexte

Tropismes est un recueil de récits de Nathalie Sarraute, écrit dans le contexte troublé de guerre et d’après-guerre.

Premier ouvrage de l’auteur, ce recueil est considéré comme l’ouvrage fondateur du courant littéraire du nouveau roman. Tropismes connait néanmoins un accueil difficile par la critique, et ne sera reconnu que vingt ans plus tard, lors de sa réédition en 1957 par les Éditions de Minuit.

Le « tropisme » est la notion clé de l’écriture de Nathalie Sarraute. Ce sont ces « mouvements subtils, à peine perceptibles, fugitifs, contradictoires, évanescents, de faibles tremblements, des ébauches d’appels timides et de reculs, des ombres légères qui glissent, et dont le jeu incessant constitue la trame invisible de tous les rapports humains, et la substance même de notre vie ».

Nathalie Sarraute

1939

Tropismes

Genre

Nouvelles

Personnages

Thèmes

Le quotidien : On le croit anodin, mais c’est pourtant le terrain privilégié de l’écrivain qui emprunte volontiers des situations de la vie quotidienne pour en révéler l’envers et la face silencieuse, les moments éphémères du quotidien qui peuvent se révéler intenses.

Les rapports humains : Pour l’auteur, il existe des rapports humains complexes, des sentiments intenses qui peuvent même se révéler violents. Ceux-ci sont déclenchés par la présence d’autrui ou par les paroles des autres, qui provoquent attirances et rétractions soudaines. Sarraute étudie les réactions physiques spontanées que déclenche la présence d’autrui ; les sous-conversations où les gestes contredisent la parole, les silences, les sous-entendus, les inflexions, les attitudes du corps et les expressions du visage, qui constituent la vraie communication avec autrui. Ces « tropismes » manifestent nos sentiments et ébranlent les masques.

Résumé

Tropismes réuni vingt-quatre courts tableaux de ces mouvements intérieurs presque imperceptibles, donnés à travers des clichés, des lieux communs et des banalités quotidiennes. Ces existences échangent leur détresse, leur joie, leur angoisse, au fil de conversations.

Les personnages du récit ne sont désignés que par des pronoms personnels à la troisième personne. S’ils sont déterminés par le lieu, la circonstance et la situation, ils ne sont jamais étudiés par eux-mêmes (ou alors par l’intermédiaire de ceux auxquels ils sont liés).

Nathalie Sarraute témoigne de sa méfiance envers le personnage traditionnel qu’elle considère comme un « trompe-l’œil ».

  • I : La foule devant les devantures des magasins.
  • II : Les reproches d’une femme et la nausée d’un homme qui écoute les plaintes depuis son lit.
  • III : Les gens du quartier du Panthéon, sans souvenirs mais heureux.
  • IV : Un homme et des femmes échangent de façon cruelle.
  • V : L’attente d’une femme.
  • VI : Le poids d’une femme sur les autres.
  • VII : La souffrance d’une femme à propos de la non-communication.
  • VIII : Un petit enfant se promène dans la rue avec son grand-père et se sent étouffé par la « masse » qui l’entoure et par les propos violents (mais en fait banals) du grand-père.
  • IX : Les paroles d’un homme pour garder le silence d’une femme.
  • X : Le salon de thé.
  • XI : L’« intellectualité » de la femme.
  • XII : Proust et Rimbaud sont jugés par un universitaire.
  • XIII : La pièce de tissu.
  • XIV : Le jugement des autres sur la croyance d’une femme.
  • XV : Une jeune fille et un vieillard.
  • XVI : La vie d’un vieux couple.
  • XVII : La vie d’un jeune couple.
  • XVIII : L’heure du thé.
  • XIX : Le faible comme souffre-douleur.
  • XX : Un homme et le souvenir des femmes qui le côtoient.
  • XXI : Sagesse et provocation.
  • XXII : L’attirance des objets.
  • XXIII : Le cercle familial.
  • XXIV : Les reproches silencieux de son entourage pèsent sur un homme.

Citation

« Et il sentait filtrer de la cuisine la pensée humble et crasseuse, piétinante, piétinant toujours sur place, toujours sur place, tournant en rond, en rond, comme s’ils avaient le vertige mais ne pouvaient pas s’arrêter, comme s’ils avaient mal au cœur mais ne pouvaient pas s’arrêter, comme on se ronge les ongles, comme on arrache par morceaux sa peau quand on pèle, comme on se gratte quand on a de l’urticaire, comme on se retourne dans son lit pendant l’insomnie, pour se faire plaisir et pour se faire souffrir, à s’épuiser, à en avoir la respiration coupée… »

II

« On lui offrait une existence à la fois dépouillée et protégée, une existence semblable à une salle d’attente dans une gare de banlieue déserte, une salle nue, grise et tiède, avec un poêle noir au milieu des banquettes en bois le long des rues. »

III

« Elles baragouinaient des choses à demi exprimées, le regard perdu et comme suivant intérieurement un sentiment subtil et délicat qu’elles semblaient ne pouvoir traduire. Il les pressait : “Et pourquoi ? et pourquoi ? Pourquoi suis-je donc un égoïste ? Pourquoi un misanthrope ? Pourquoi cela ? Dites, dites ?” Au fond d’elles-mêmes, elles le savaient, elles jouaient un jeu, elles se pliaient à quelque chose. »

IV

« Elle restait là, toujours recroquevillée, attendant, sans rien faire. La moindre action, comme d’aller dans la salle de bains se laver les mains, faire couler l’eau du robinet, paraissait une provocation, un saut brusque dans le vide, un acte plein d’audace. Ce bruit soudain de l’eau dans ce silence suspendu, ce serait comme un signal, comme un appel vers eux, ce serait comme un contact horrible, comme de toucher avec la pointe d’une baguette une méduse et puis d’attendre avec dégoût qu’elle tressaille tout à coup, se soulève et se replie. »

V