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Les Caractères

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La discontinuité du discours

  • Les différents chapitres de l’ouvrage sont difficilement unifiables (plan d’ensemble sans logique interne, fragments de tailles et de natures différentes, genres multiples), ce qui n’est pas en accord avec l’esthétique classique.
  • Ce texte se rapproche beaucoup de notre modernité littéraire souvent marquée par la discontinuité ou l’écriture sporadique.
  • Pour La Bruyère, il est question d’assembler des morceaux bien constitués, plutôt que de désarticuler son discours.
  • L’idée est d’aborder un même sujet sous des angles différents.
  • La raison de cette structure éclatée peut être religieuse, car La Bruyère place son ouvrage sous le patronage des Proverbes de Salomon (la Bible). Les Caractères peuvent donc être compris comme un enchaînement de méditations catholiques qui visent à une meilleure connaissance de Dieu.
  • La cohérence de l’œuvre est aussi à chercher dans les thèmes et dans l’esprit général du texte. L’auteur cherche à emmener le lecteur dans une promenade d’une idée à une autre, d’un aspect du siècle à l’autre. C’est un voyage au cœur des idées.
  • Les Caractères se construit comme une conversation. S’inspirant des salons tenus par la noblesse, La Bruyère cherche à créer une certaine intimité avec son lecteur, un désir de le séduire par la parole. Cela permet des transitions plus fluides et plus spontanées.
  • La Bruyère veut donc que les fragments qu’il propose soient plus subtils que de simples maximes. Il préfère écrire des « remarques » (bien que parfois le texte semble édicter des lois morales).
  • La forme brève qui caractérise Les Caractères s’explique aussi en partie par les nombreuses expériences vécues par leur auteur et par sa position au centre des débats intellectuels de son siècle. En effet, un discours souvent interrompu permet de proposer des points de vue différents et de souligner les évolutions d’une pensée.

Un reflet des mœurs et de la politique du « Grand Siècle »

  • Le parcours professionnel de La Bruyère (avocat, précepteur puis bibliothécaire auprès du duc de Bourbon) l’amène à fréquenter des milieux très différents, qui lui permettent d’observer de manière privilégiée les courtisans de la cour.
  • La Bruyère se plait à dépeindre les destinées des nobles qui s’ennuient et des bourgeois à la carrière aussi fulgurante et mouvementée qu’il observe au château de Versailles.
  • À travers des idéalisations ou des caricatures de ces évolutions sociales, chaque chapitre concourt à faire la critique des mœurs du « Grand siècle ».
  • La Bruyère est un caricaturiste, mais il cherche aussi un modèle vertueux que chacun puisse suivre.
  • Ce modèle est trouvé dans la figure de « l’honnête homme ».
  • Les vertus de l’honnête homme sont sociales et morales. Il doit se montrer bon et mesuré dans ses propos, doit faire preuve d’une extrême politesse, et être issu de la noblesse.
  • Le comique et le burlesque du style de La Bruyère sont censés frapper le lecteur.
  • Généralement, ce rire provient du décalage entre la grandeur sociale des personnages et la médiocrité de leur discours ou de leur comportement.
  • De nombreux sujets comme l’argent, l’anarchie, la violence, la guerre, ou encore les troubles d’ordre civils sont touchés par ce décalage humoristique, et ainsi condamnés par l’auteur.
  • À l’opposé de ces condamnations, ces chapitres témoignent aussi d’un enthousiasme à l’égard de la méritocratie, et montrent une compassion non feinte devant les malheurs du peuple.
  • Pour la Bruyère, il y aurait un écart entre la naissance et les mérites, et les « Grands » devraient chercher à augmenter leur mérite. L’éducation du peuple est donc d’une grande importance. Ce dernier fait moins souvent l’objet de la satire que la noblesse.
  • Même s’il prend la défense des plus pauvres, ses attaques, parfois comiques, des mœurs et de la politique du « Grand siècle » ne font pas de La Bruyère un démocrate.
  • Il n’appelle jamais à la charité et valorise le travail et l’idéal chrétien auprès des petits comme des « Grands ».

L’accent du moraliste

  • La pensée de La Bruyère s’inspire de Montaigne et de ses Essais, mais aussi des Pensées de Pascal, pour la défense de la foi, et des Maximes de La Rochefoucauld.
  • On peut comparer son travail à celui d’un portraitiste. L’observation est un atout fondamental pour faire œuvre de moraliste.
  • Contrairement au portraitiste qui cherche à révéler la singularité de son sujet, les remarques des Caractères se donnent comme objectif principal de « peindre les hommes en général ».
  • Cette peinture du monde veut produire le même effet qu’un miroir. Écrire doit servir à instruire avant de servir à plaire. C’est une intention difficile, puisque cela suggère de montrer la laideur morale du lecteur. Il faut donc savoir séduire sans flatter pour inciter à changer.
  • L’auteur aspire pour cela à une position de retrait, de surplomb. Mais en même temps il choisit de se pencher sur les détails de ce qu’il voit. Par endroit, La Bruyère se juge lui-même pour ne pas passer pour un donneur de leçons.
  • Les différents points de vue dans le texte sont un indice des changements de perspectives du peintre moraliste.
  • La Bruyère veut que sa parole ait une portée performative. Il espère que sa pensée va avoir un impact réel sur la vie de ceux qui le lisent.
  • Il privilégie l’action et utilise la rhétorique comme une arme au service de la dénonciation des vices. C’est pourquoi il alterne entre des blâmes et des éloges : au-delà de la représentation, il vise l’interprétation.