Le Chevalier de la charrette, Chrétien de Troyes
- Lancelot ou le Chevalier de la charrette est un roman courtois écrit en vers par Chrétien de Troyes au XIIe siècle. Il appartient au genre du roman arthurien.
- Le roman met en scène la passion adultère entre Lancelot et Guenièvre, épouse du roi Arthur.
- Parcours : « dévoiler une nouvelle conception de l’amour » : le roman n’invente pas le sentiment amoureux, mais une nouvelle manière de le penser, de le représenter et de le raconter.
Inventer un nouveau modèle amoureux
- Un genre littéraire nouveau : destiné aux cours aristocratiques, il mêle valeurs chevaleresques, merveilleux et prête une attention élevée aux sentiments.
- Une intrigue basée sur l’amour : la quête de Lancelot est déclenchée par l’enlèvement de Guenièvre par Méléagant. $\rightarrow$ aventure et amour sont inséparables.
- Un code amoureux précis, la fin’amor : le chevalier doit fidélité, discrétion et obéissance à une dame de rang supérieur. $\rightarrow$ la relation repose sur le service, comme celui du vassal envers son seigneur.
- Une puissance souveraine : Amour est personnifié et allégorisé (v. 1335-1337 ; épisode de la charrette) : il « commande » à Lancelot, qui lui sacrifie son honneur. $\rightarrow$ l’amour l’emporte sur les valeurs chevaleresques.
- À retenir : le roman courtois invente donc une représentation de l’amour comme force souveraine, capable de s’imposer à la raison, à l’honneur et aux règles habituelles de la société.
L’amour, moteur de la transformation du héros
- Le moteur de l’action : toutes les épreuves de Lancelot (la charrette, le Pont de l’Épée) visent à retrouver et mériter Guenièvre. $\rightarrow$ fusion de l’idéal chevaleresque et de l’idéal courtois.
- Une force qui transforme l’identité : le héros anonyme, « chevalier de la charrette », ne devient Lancelot du Lac que lorsque Guenièvre prononce son nom. $\rightarrow$ l’amour façonne l’identité du personnage.
- Une force ambivalente : l’amour peut élever (courage décuplé) ou affaiblir (humiliation, oubli du danger).
- La découverte de l’intériorité : Lancelot devient étranger au monde en pensant à Guenièvre, qui éprouve elle-même le désespoir jusqu’à la tentation du suicide (v. 4171-4181). $\rightarrow$ le roman annonce certains traits du roman moderne.
- À retenir : l’amour courtois est loin d’être un idéal simple et harmonieux. En peignant l’amour, l’auteur le réinvente sans cesse jusqu’à faire de l’interrogation sur la complexité du sentiment amoureux un dispositif narratif.
Une conception complexe de l’amour
- Un amour en conflit avec la société : une relation adultère, secrète, contraire à l’ordre social. La fin’amor reste un modèle littéraire aristocratique, non un reflet réaliste des mœurs médiévales.
- Une passion entre élévation et destruction : Lancelot sacrifie son honneur ; Guenièvre se montre exigeante puis vulnérable. $\rightarrow$ scènes en miroir de tentative de suicide, révélant la réciprocité et la violence de leur passion.
- Un héritage littéraire durable : le roman fixe des topoï (rencontre amoureuse, retrouvailles) et des figures durables (dame inaccessible, amant dévoué, amour contrarié par les obstacles). $\rightarrow$ le héros n’est plus défini seulement par ses actes, mais aussi par ce qu’il ressent.
- À retenir : l’aventure chevaleresque devient aussi une exploration de l’individu, de ses désirs et de ses conflits intérieurs.
- À retenir : en donnant une place essentielle aux sentiments, aux hésitations et aux contradictions des personnages, Chrétien de Troyes participe à l’évolution du genre romanesque.