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Éprouver le désir

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Problématiques

  • Qu’est-ce que le désir ?
  • Le désir est-il souffrance ou plaisir ?
  • Les désirs sont-ils souhaitables ou redoutables ?

Définition à connaître : aponie/ataraxie.

Au XIXe siècle, dans son œuvre Le Monde comme volonté et comme représentation, Schopenhauer affirme :

« La vie oscille comme un pendule de droite à gauche, de la souffrance à l’ennui ».

Il n’y a donc pas d’alternative possible. À l’instant même où nous désirons, nous souffrons de façon mécanique. La satisfaction apporte le plaisir. Mais immédiatement après, l’Homme ressent de nouveau le besoin de désirer, sinon il s’ennuie. L’expérience révèle que quand notre désir est satisfait, nous éprouvons un vif ennui, et projetons notre désir sur d’autres objets. Schopenhauer développe une conception pessimiste de l’existence. Parce qu’il désire, l'Homme est condamné à osciller entre peine et ennui. Pour sortir de cette douloureuse mécanique du cœur, la solution serait donc d’éteindre et supprimer le désir par un travail sur soi.

Épicure ne fait ni la condamnation ni l'éloge du désir. Il le comprend, et médite sur la façon d’en satisfaire une partie pour être heureux. Pour cela, dans la Lettre à Ménécée, Épicure classifie les désirs de l’Homme en trois catégories.

  • Les désirs non-naturels et non-nécessaires sont les plus répandus dans notre société. Ils sont le désir de gloire, l’ambition, le culte de la beauté ou de la performance. Ces désirs nous condamnent au malheur. Ils sont vains car leur réalisation est soit inatteignable, soit possible à certaines conditions exceptionnelles.
  • Les désirs naturels et non-nécessaires attisent notre goût pour l’inédit, le changement ou la découverte. Ils sont par exemple le goût pour la cuisine raffinée, pour les rencontres sexuelles ou pour le style vestimentaire. Il ne faut céder à ces désirs qu’à titre exceptionnel car ils peuvent dégénérer en habitude, voire en addiction violente.
  • Les désirs naturels et nécessaires sont la dernière catégorie. Si nous ne les assouvissons pas, nous souffrons réellement, puis nous mourons. Ils sont indispensables à la vie et au bonheur. Sauf conditions de vie difficiles liées à la situation du pays, satisfaire ces désirs-là est à la portée de tout homme de bon sens.

La thèse d’Épicure est la suivante : pour être heureux, il faut prendre du plaisir par la seule satisfaction des désirs naturels et nécessaires.

Pour Rousseau, le désir enchante la vie. Et à l'inverse, l'existence sans la puissance du désir devient un fardeau. C'est pourquoi il écrit :

« Malheur à qui n’a plus rien à désirer ! »

Cela signifie que lorsque nous désirons, nous sommes heureux car nous avons quelque chose à espérer, nous l'imaginons et l'embellissons. Mais si nous obtenons la satisfaction de ce désir, très vite il nous lasse. Nous nous tournons alors vers un autre. Lorsque nous n’avons plus envie de rien, que plus rien ne nous affecte ou ne stimule nos neurones, ne nous sentons-nous pas alors fatigués de vivre, déprimés ? Définir le bonheur comme une totale satisfaction est une grosse erreur car si tous nos désirs étaient satisfaits, nous mourions d’ennui. L’individu qui éprouve un manque souffre, mais il se sent en même temps terriblement vivant. Par exemple, un amour impossible est le moteur principal du désir et de l’imagination.

Lorsque nous désirons, nous sommes totalement libres d’imaginer mille et un scénarios réjouissants. En revanche, la possession de l’objet ou de la personne convoitée ne permet qu’un seul scénario. Le risque est d’être déçu une fois que l’on a obtenu ce que l’on convoitait tant. Rousseau n’a donc pas tort d’affirmer : « On jouit moins de ce qu’on obtient que de ce qu’on espère […]  ».

Pascal nomme divertissements toutes les activités qui permettent à l’Homme de se détourner de sa fin mortelle et des limites qui amoindrissent son existence. Pour Pascal, le désir est le plus puissant allié de ce qu'il appelle « la misère de la condition humaine », car il permet à l'Homme d’envisager de nombreux divertissements. Sans désirs, nous n'aurions aucune motivation pour nous orienter vers les études, le jeu, la fête ou les autres.

Pascal explique que les divertissements quotidiens qui occupent notre esprit, notre temps et notre énergie, nous aident à tenir le coup face à la fatalité du temps qui passe. L'homme oublie ainsi momentanément sa « condition misérable ». Il se berce pourtant d’illusions et de faux-semblants car les divertissements peuvent dissimuler ses angoisses, mais aussi entraver son salut et sa rencontre avec Dieu. Et il s'agit pour le penseur du seul véritable refuge digne et apte à le satisfaire totalement.

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À retenir

  • Par le désir, l’Homme fait l’expérience du manque et de la souffrance. Souvent cependant, les hommes sont faibles lorsqu’il s’agit de réprimer ou de contrôler leurs désirs.
  • Schopenhauer, qui a la thèse la plus extrême, est dans le vrai lorsqu’il dit que nous devons nous arranger pour ne pas souffrir de nos désirs. Néanmoins, il est impossible de se défaire des désirs, car Rousseau et Pascal insistent sur leur aspect positif.
  • L’épicurisme peut être une solution. Mais à nous satisfaire de peu comme il le suggère, nous risquons d’entretenir une condition de vie médiocre. Éprouver du désir doit donc être un moteur sans nous asservir au point d’oublier, non pas Dieu comme l’entendait Pascal, mais nous-mêmes et notre intégrité.