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Éprouver le désir

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Introduction :

Le désir est assez difficile à cerner. Il est cette espèce de force intérieure qui nous pousse à rechercher le plaisir. Tant qu’il n’est pas satisfait, le désir provoque une gêne en nous. Nous pouvons dire que le désir est la gêne plus ou moins forte qui s’empare de l’homme lorsqu’il ressent un manque. Ce manque peut être matériel, sexuel ou intellectuel. Désirer, c’est faire l’expérience du manque, et donc souffrir.

Cependant, comme Platon l’a exprimé avec le mythe de la naissance d’Éros, la souffrance liée au désir a du bon. Elle s’accompagne d’une excitation agréable, qui nous pousse à tout mettre en œuvre pour combler nos désirs, et donc nos manques. De plus, un désir accompli entraîne une satisfaction, un plaisir. Le désir a donc un visage ambivalent composé de souffrance et de plaisir.

C’est pourquoi les philosophes jugent les désirs tantôt souhaitables, tantôt redoutables. Et ils considèrent qu’il faut les réprimer si l’on souhaite être le moins malheureux possible. En première partie, les arguments des philosophes qui se sont élevés contre le désir, et qui appellent à le supprimer de nos pensées seront présentés. En seconde partie, l’avis de philosophes plus mesurés sur la question, qui se demandent s’il ne faut pas encourager ses désirs seront étudiés.

Faut-il supprimer le désir ?

Le bonheur est dans l’extinction du désir : Schopenhauer

Si le désir naît du manque, et que nous désirons uniquement ce qui nous manque, alors nous souffrons forcément lorsque nous désirons. Qu’il concerne un objet ou une personne, le désir provoque toujours une souffrance dès que nous prenons conscience du manque qu’il génère. Certains philosophes sont donc catégoriques sur le désir. Puisqu’il nous fait souffrir, nous devons le faire disparaître pour vivre heureux.

  • Sans désir, plus de souffrance. Et sans souffrance, l’homme peut vivre paisiblement.
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Réflexion

Le désir selon Schopenhauer

Au XIXe siècle, dans son œuvre Le monde comme volonté et comme représentation, Schopenhauer affirme :

« La vie oscille comme un pendule de droite à gauche, de la souffrance à l’ennui ».

Il n’y a donc pas d’alternative possible. À l’instant même où nous désirons, nous souffrons de façon mécanique. La satisfaction apporte le plaisir. Mais immédiatement après, l’homme ressent de nouveau le besoin de désirer, sinon il s’ennuie. L’expérience révèle que quand notre désir est satisfait, nous éprouvons un vif ennui, et projetons notre désir sur d’autres objets. Schopenhauer développe une conception pessimiste de l’existence.

Parce qu’il désire, l’Homme est condamné à osciller entre peine et ennui. Pour sortir de cette douloureuse mécanique du cœur, la solution serait donc d’éteindre et supprimer le désir par un travail sur soi.

Mais peut-on vraiment éteindre le désir ? N’est-il pas inhérent à la nature humaine ? La méditation par exemple, ne cherche pas à détruire mais à se détacher du désir. Elle vise à se défaire des dépendances matérielles ou affectives. Mais supprimer le désir n’est pas souhaitable. Cela a des conséquences néfastes sur l’individu. On constate par exemple que les personnes qui souffrent de dépression n’ont plus envie de rien. Elles souffrent d’apathie, l’absence totale de désir. La thèse de Schopenhauer est donc discutable.

Le bonheur est dans la satisfaction de certains désirs : Épicure

Au IIIe siècle avant Jésus-Christ, Épicure est le premier penseur qui réfléchit à la nature de nos désirs.

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Réflexion

Le désir selon Épicure

Épicure ne fait ni la condamnation ni l’éloge du désir. Il le comprend, et médite sur la façon d’en satisfaire une partie pour être heureux. Pour cela, dans la Lettre à Ménécée, Épicure classifie les désirs de l’homme en trois catégories.

  • Les désirs non-naturels et non-nécessaires sont les plus répandus dans notre société. Ils sont le désir de gloire, l’ambition, le culte de la beauté ou de la performance. Ces désirs nous condamnent au malheur. Ils sont vains car leur réalisation est soit inatteignable, soit possible à certaines conditions exceptionnelles. De plus, ils n’apportent qu’un bien-être apparent et superficiel. Selon Épicure, il faut impérativement jeter ces désirs aux oubliettes.
  • Les désirs naturels et non-nécessaires attisent notre goût pour l’inédit, le changement ou la découverte. Ils sont par exemple le goût pour la cuisine raffinée, pour les rencontres sexuelles ou pour le style vestimentaire. Il ne faut céder à ces désirs qu’à titre exceptionnel car ils peuvent dégénérer en habitude, voire en addiction violente.
  • Les désirs naturels et nécessaires sont la dernière catégorie. Si nous ne les assouvissons pas, nous souffrons réellement, puis nous mourons. Ils sont indispensables à la vie et au bonheur. Sauf conditions de vie difficiles liées à la situation du pays, satisfaire ces désirs-là est à la portée de tout homme de bon sens.

La thèse d’Épicure est la suivante : pour être heureux, il faut prendre du plaisir par la seule satisfaction des désirs naturels et nécessaires.

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Exemple

Prenons un exemple.

J’ai faim, mais je désire précisément du caviar. La suppression de ma faim dépend alors de la satisfaction d’un désir naturel et non-nécessaire, puisqu’il s’agit d’un aliment bien spécifique. De plus, il semble difficile de satisfaire immédiatement mon désir, sauf si j’ai toujours du caviar chez moi. Dans ce cas, la considération accordée à ce désir crée une frustration difficile à éteindre. En revanche, si j’ai faim et que j’ai l’habitude de suspendre la souffrance engendrée avec un peu de pain, la satisfaction de mon désir est rapidement à ma portée.

Plus la souffrance est facile à suspendre, plus la satisfaction est aisée et rapide à trouver. Au contraire, si je ressens des désirs trop lourds à satisfaire, je m’inflige des peines difficiles à suspendre.

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Définition

Épicurisme :

L’épicurisme vise à atteindre une tranquillité d’esprit constante en supprimant tous les besoins superflus. Seuls les besoins essentiels restent à satisfaire. Et ce n’est pas un problème puisqu’ils le sont facilement. Notre corps atteint alors aisément la satiété, qu’Épicure nomme « aponie ». Et notre âme atteint la tranquillité, nommée « ataraxie ».

Pour Épicure, le bonheur est l’absence de troubles pour le corps et l’âme.

Nous pouvons donc être heureux facilement à deux conditions :

  • revoir à la baisse notre conception du plaisir,
  • et revoir à la hausse notre goût pour le pain et l’eau  !

Faut-il préserver le désir ?

Tous les philosophes ne rejettent pas en bloc les plaisirs non-nécessaires. Certains analysent l’attachement des hommes à des désirs qu’Épicure qualifierait de non-naturels et non-nécessaires. Rousseau considère que ces désirs permettent d’enchanter l’existence. Pour Pascal, ces désirs permettent de nous faire oublier que nous allons vieillir et mourir.

Il faut toujours désirer

Voici d’abord le point de vue de Rousseau, un philosophe des Lumières :

« Malheur à qui n’a plus rien à désirer ! Il perd pour ainsi dire tout ce qu’il possède. On jouit moins de ce qu’on obtient que de ce qu’on espère et l’on n’est heureux qu’avant d’être heureux. En effet, l’homme, avide et borné, fait pour tout vouloir et peu obtenir, a reçu du ciel une force consolante qui rapproche de lui tout ce qu’il désire, qui le soumet à son imagination, qui le lui rend présent et sensible, qui le lui livre en quelque sorte, et pour lui rendre cette imaginaire propriété plus douce, le modifie au gré de sa passion. Mais tout ce prestige disparaît devant l’objet lui-même ; rien n’embellit plus cet objet aux yeux de son possesseur, on ne se figure point ce qu’on voit ; l’imagination ne pare plus rien de ce qu’on possède, l’illusion cesse où commence la jouissance. Le pays des chimères est en ce monde le seul digne d’être habité, et tel est le néant des choses humaines, qu’hors l’être existant par lui-même il n’y a rien de beau que ce qui n’est pas. »

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Réflexion

Le désir selon Rousseau

Pour Rousseau, penseur du XVIIIe siècle, le désir enchante la vie. Et à l’inverse, l’existence sans la puissance du désir devient un fardeau. C’est pourquoi il écrit :

« Malheur à qui n’a plus rien à désirer ! »

Cela signifie que lorsque nous désirons, nous sommes heureux car nous avons quelque chose à espérer, nous l’imaginons et l’embellissons. Mais si nous obtenons la satisfaction de ce désir, très vite il nous lasse. Nous nous tournons alors vers un autre.

Lorsque nous n’avons plus envie de rien, que plus rien ne nous affecte ou ne stimule nos neurones, ne nous sentons-nous pas alors fatigués de vivre, déprimés ? Définir le bonheur comme une totale satisfaction est une grosse erreur car si tous nos désirs étaient satisfaits, nous mourions d’ennui. L’individu qui éprouve un manque souffre, mais il se sent en même temps terriblement vivant.

Par exemple, un amour impossible est le moteur principal du désir et de l’imagination. Lorsque nous désirons, nous sommes totalement libres d’imaginer mille et un scénarios réjouissants. En revanche, la possession de l’objet ou de la personne convoitée ne permet qu’un seul scénario. Le risque est d’être déçu une fois que l’on a obtenu ce que l’on convoitait tant. Rousseau n’a donc pas tort d’affirmer :

« On jouit moins de ce qu’on obtient que de ce qu’on espère […] ».

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À retenir

Contre l’idée qu’il faut obtenir et consommer rapidement ce que nous désirons, Rousseau affirme qu’il faut entretenir le désir et le faire durer. Pour lui, un désir inassouvi vaut finalement mieux qu’un désir satisfait.

Se consacrer au désir empêche la spiritualité

Pascal, un penseur chrétien du XVIIe siècle, a une vision du désir plus nuancée que Rousseau. Pour lui, le désir nous permet d’oublier notre misérable condition et de garder le moral, mais nous détourne de Dieu. En pensant à tous les événements tristes et angoissants qui nous attendent comme la solitude, la maladie, la vieillesse et la mort, nous serions bien stupides de refuser le petit réconfort que procure le désir.

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Le désir selon Pascal :

Pascal nomme divertissements toutes les activités qui permettent à l’homme de se détourner de sa fin mortelle et des limites qui amoindrissent son existence. Pour Pascal, le désir est le plus puissant allié de ce qu’il appelle « la misère de la condition humaine », car il permet à l’Homme d’envisager de nombreux divertissements. Sans désirs, nous n’aurions aucune motivation pour nous orienter vers les études, le jeu, la fête ou les autres.

Pascal explique que les divertissements quotidiens qui occupent notre esprit, notre temps et notre énergie, nous aident à tenir le coup face à la fatalité du temps qui passe. L’homme oublie ainsi momentanément sa « condition misérable ». Il se berce pourtant d’illusions et de faux-semblants car les divertissements peuvent dissimuler ses angoisses, mais aussi entraver son salut et sa rencontre avec Dieu. Et il s’agit pour le penseur du seul véritable refuge digne et apte à le satisfaire totalement.

  • Pour Pascal, le désir est donc ambigu.

Il rend la condition humaine acceptable malgré ses difficultés. Il doit donc être en partie satisfait, mais sa satisfaction éloigne l’homme de Dieu. Pourquoi considérer que la satisfaction des désirs éloigne de Dieu ? Parce que de nombreux désirs de l’homme sont corporels, alors que la recherche de la divinité est spirituelle. Sans forcément être chrétien comme Pascal, la validité de son argument est recevable.

Conclusion :

Par le désir, l’Homme fait l’expérience du manque et de la souffrance. Souvent cependant, les hommes sont faibles lorsqu’il s’agit de réprimer ou de contrôler leurs désirs. Que faire alors de nos désirs ? Nous devons prendre en compte les arguments des philosophes vus dans ce cours.

Schopenhauer, qui a la thèse la plus extrême, est dans le vrai lorsqu’il dit que nous devons nous arranger pour ne pas souffrir de nos désirs. Néanmoins, il est impossible de se défaire des désirs, car Rousseau et Pascal insistent sur leur aspect positif.

L’épicurisme peut être une solution. Mais à nous satisfaire de peu comme il le suggère, nous risquons d’entretenir une condition de vie médiocre. éprouver du désir doit donc être un moteur sans nous asservir au point d’oublier, non pas Dieu comme l’entendait Pascal, mais nous-mêmes et notre intégrité.

La force de notre désir nous rend potentiellement capables de beaucoup, y compris du pire, envers les autres ou envers nous-mêmes. Chacun doit donc s’interroger sur le bien-fondé de ce qu’il désire et des méthodes qu’il mettra en œuvre pour l’obtenir.