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États et religions : l’exercice de la liberté de conscience et les enjeux géopolitiques

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Introduction :

La séparation du pouvoir politique et du religieux est un long processus. Aujourd’hui, la plupart des États du monde ont officiellement acté cette séparation.

Pour autant, cela ne signifie pas que, dans la pratique, la religion perd toute forme d’influence. La relation entre le pouvoir et les religions varie selon les régions du monde et les histoires particulières de chaque pays.
Ces particularités ont une influence sur l’exercice de la liberté de conscience et montrent que les religions demeurent des enjeux géopolitiques importants.

Nous aborderons dans un premier temps la sécularisation des États et l’influence des religions, puis nous nous intéresserons à la liberté de conscience et la liberté religieuse. Enfin, nous étudierons la place des religions dans les relations intra- et interétatiques.

Sécularisation des États et influence des religions

La lutte entre lois civiles et religieuses

Depuis le XIXe siècle, on assiste à une sécularisation croissante des États dans le monde.

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Définition

Sécularisation :

Processus d’autonomisation de l’État à l’égard des religions.

La loi civile se distingue ainsi de la loi religieuse jusqu’alors en vigueur.

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À retenir

La sécularisation des États nécessite qu’ils se tiennent en dehors des considérations religieuses et que les organisations religieuses reconnaissent la supériorité des lois civiles sur les lois religieuses dans l’espace commun.

Or, en tant que forces sociales, les religions cherchent aussi à promouvoir leurs conceptions morales et à maintenir leur influence dans les débats sociétaux : droit à l’avortement, législation sur l’euthanasie et le suicide assisté, mariage entre personnes de même sexe, etc.

Des situations différenciées selon les confessions des États

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À retenir

Si les religions sont officiellement détachées de l’exercice politique du pouvoir dans beaucoup de pays du monde, cela ne signifie pas pour autant qu’elles se retrouvent dénuée de toute dimension politique et sociale.

Ce phénomène est particulièrement marqué dans des États à forte tradition catholique, comme la France, l’Espagne, l’Irlande ou la Pologne, ou dans certains pays d’Amérique latine, comme le Brésil.
Dans ces pays, l’Église catholique conserve une certaine influence, malgré une baisse globale de la pratique religieuse, les traditions restant plus ou moins ancrées dans les mentalités et dans les différents milieux sociaux.

  • Ainsi, en Pologne, la forte emprise de la religion catholique s’explique notamment par son histoire particulière, le territoire polonais ayant été absorbé par les Russes et les Prussiens tout au long du XIXe siècle et jusqu’au début du XXe siècle, la religion catholique fut un moyen pour les Polonais d’affirmer leur identité nationale.
    Puis, au cours de la guerre froide (1947-1991), l’Église catholique fut une cible particulière de la domination soviétique et s’érigea en force d’opposition et bénéficiant d’une audience internationale suite à l’élection au pontificat du polonais Karol Józef Wojtyła en 1978, connu sous le nom de Jean-Paul II (1978-2005).
    Bien qu’aujourd’hui la sécularisation de l’État soit en cours et que la pratique religieuse soit en baisse, la tradition catholique reste marquée.

La plupart des pays musulmans n’opèrent quant à eux pas de distinction systématique entre la loi civile et la loi religieuse, la charia.

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Attention

La charia n’est pas un code – ensemble de normes – défini. Elle se fonde en effet sur des interprétations des textes de l’islam, le Coran n’édictant pas précisément des règles à appliquer.

Ainsi, la charia est transposée différemment d’un État à l’autre : elle est souvent mentionnée dans la Constitution des pays musulmans, mais elle a plus ou moins d’influence sur la législation, ne revêt pas forcément les mêmes formes, et son application est plus ou moins rigoureuse dans la pratique selon les pays.
La charia peut par exemple être exclue des affaires de la justice, ne concerner que les questions de statut personnel (mariage, divorce, héritage) ou s’appliquer intégralement.

  • Depuis avril 2019, le sultanat de Brunei devient l’un des pays les plus rigoristes et les plus sévères en matière d’application de la charia puisqu’il prévoit la possibilité d’appliquer la peine de mort par lapidation en cas de condamnation pour homosexualité ou adultère.

charia pays musulmans

La liberté de conscience et religieuse

Une liberté encore refusée dans certains pays

L’exercice de la liberté de conscience suppose que l’individu a la possibilité de choisir sa religion, d’en changer, de l’abandonner, et qu’il a également la possibilité de ne pas en avoir.

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Définition

Liberté de conscience :

Liberté de penser et de croire, considérée comme un droit naturel.

La liberté de conscience est donc aussi la liberté de ne pas croire dans un principe supérieur – un dieu ou autre – et de se déclarer athée.

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À retenir

La liberté de conscience est intimement liée à la liberté de religion, c’est-à-dire la liberté d’exercer le culte de son choix, qu’elle sous-tend.

La liberté de conscience, théoriquement reconnue dans les États qui ont opéré une séparation du pouvoir politique et du religieux, n’est pas respectée partout dans le monde.
Elle est notamment refusée dans plusieurs pays musulmans, puisque ceux-ci ne distinguent traditionnellement pas le religieux du politique.
La religion officielle est alors la seule tolérée et l’apostasie peut être passible de la peine de mort.

  • En 1992 par exemple, le poète saoudien Sadiq Abdul-Karim Malallah a été exécuté par décapitation pour apostasie.
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Définition

Apostasie :

Attitude d'une personne qui renonce publiquement à une religion.

Détachement religieux

Le phénomène de sécularisation peut se manifester, dans les pays musulmans comme partout ailleurs, par le recul des pratiques religieuses, notamment par le respect moindre des obligations rituelles.

Dans les sociétés sécularisées, on observe, en effet, une tendance croissante de recul des pratiques obligatoires, de désaffiliation de la religion majoritaire et de phénomènes de conversion individuelle.

La laïcisation du droit dans certains pays musulmans favorise l’instauration d’une égalité des individus, puisque la justice n’est plus soumise à l’influence d’une religion.

Si le nombre de personnes se déclarant athées augmente, il faut aussi compter avec le nombre de personnes se déclarant agnostiques et celles qui ne se rattachent à aucune religion particulière, qui toutes ensembles indiquent le poids variable mais croissant du détachement religieux.

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Définition

Agnostique :

Personne qui ne se prononce pas sur l’éventuelle existence d’un dieu.

L’égalité et le pluralisme religieux

La pluralité des religions et des convictions dans un même État est souvent ancienne, mais elle s’est accrue avec les mouvements de populations autant qu’avec le développement des libertés de manière générale, et donc des libertés religieuses.

Pour que la laïcité puisse s’exercer, il est nécessaire que l’État soit neutre et impartial, qu’il ne privilégie aucune religion, qu’il n’exerce ni différence, ni discrimination à l’égard des religions minoritaires.

Il est également nécessaire d’assurer l’égalité civile des citoyens, quelles que soient leurs croyances ou leurs convictions, et quelle que soit leur origine ou leur poids social.

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À retenir

Les religions minoritaires sont donc reconnues selon un plus ou moins grand degré de tolérance, jusqu’à la complète égalité religieuse.

Dans le cas où la liberté religieuse est reconnue dans la Constitution (c’est le cas de la majorité des États, même dans ceux reconnaissant une religion officielle), les minorités religieuses peuvent exercer leur culte.
Tous les citoyens ont ainsi également accès à tous les emplois publics indépendamment de leur appartenance religieuse.

C’est par exemple le cas en France depuis 1789. L’article 10 de la Constitution des droits de l’Homme et du citoyen affirmait déjà : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi. »
La loi de séparation des Églises et de l’État de 1905 assure, elle, la liberté de culte, dans le prolongement du Concordat de 1801. Enfin, la Constitution de la Ve République, adoptée en 1958 respecte « toutes les croyances. »
La Convention européenne des droits de l'homme, entrée en vigueur en 1953, étend ce principe aux pays membres du Conseil de l’Europe, en reconnaissant la liberté de conscience et de religion.
Ce n’est pas le cas d’autres pays, comme l’Arabie saoudite par exemple, où les membres de la minorité chiite sont officiellement exclus de certains emplois publics, notamment au sein du ministère de l’armée et du ministère de l’Intérieur.

Par ailleurs, l’insertion des États dans des organisations internationales les amène à intégrer les normes internationales en matière de droits humains pour respecter la charte de ces organisations (exemple : Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948).
Cela favorise une tendance à l’harmonisation du respect des libertés de conscience et de religion à l’échelle mondiale.

Toutefois, la réalité est plus contrastée.
Les cultes minoritaires sont souvent assortis de nombreuses restrictions et leurs fidèles sont soumis à des obligations et à une surveillance qui restreint leur liberté.

  • Au Pakistan, l’accusation de blasphème passible de la peine de mort, instaurée en 1986, est l’instrument juridique le plus fréquemment utilisé pour imposer les règles de la religion majoritaire. En 2010, la chrétienne Asia Bibi a été condamnée à mort pour blasphème avant d’être acquittée en 2018. Il n’est guère possible aux membres des minorités de tenter de susciter ouvertement l’adhésion de nouvelles personnes pour développer leur religion, moins encore lorsqu’il est question de prédicateurs venus de l’étranger.
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À retenir

L’inégalité de statut des religions est le plus souvent associée à une inégalité juridique des citoyens.

Des enjeux géopolitiques à différentes échelles

La religion : une alliée pour la nation

La religion reste souvent un élément puissant dans la formation des identités nationales, même dans des pays ayant instauré la séparation du pouvoir politique et des religions.

  • Dans le contexte de la guerre froide, la religion renforce le patriotisme américain contre le communisme athée :
  • en 1952, le président Truman institue le National Day of Prayer (Journée nationale de prière) ;
  • en 1954, le serment d’allégeance au drapeau des États-Unis prononcé par les écoliers américains insère l’expression One Nation under God (Une nation unie sous l'autorité de Dieu) ;
  • en 1955, la devise In God we trust (En Dieu nous croyons), déjà utilisée à partir de 1864, est inscrite sur tous les billets et pièces de monnaie et devient devise nationale en 1956.

Dans l’exemple américain précédent, il n’est fait référence au Dieu d’aucune religion en particulier, même si l’on renvoie explicitement à une religion monothéiste (croyance en un seul dieu).
Or, dans certains cas, une religion officielle, ou une religion majoritaire qui se considère comme telle, est directement associée à la nation.

  • La République islamique du Pakistan, comptant 97 % de musulmans, légifère sur l’orthodoxie d’un Islam sunnite. L’islam est la religion officielle, mais la majorité sunnite souhaite associer plus précisément le sunnisme à la nation. En 1974, la loi a ainsi fait des ahmadis, musulmans dissidents, des non-musulmans. Des pressions s’exercent pour prendre la même mesure contre la minorité chiite.

Les conflits religieux

  • Les conflits intraétatiques

Les conflits intraétatiques désignent les conflits intercommunautaires à l’intérieur d’un État.

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À retenir

La religion majoritaire, qui pense incarner seule l’identité nationale, peut se sentir menacée par les religions minoritaires.

  • C’est le cas en Inde où les affrontements intercommunautaires sont fréquents et souvent particulièrement violents. L’arrivée au pouvoir d’une majorité nationaliste hindoue renforce la conviction de certains extrémistes, au point que les minorités religieuses accusent le gouvernement et la justice de complaisance à leur égard, bafouant la neutralité nécessaire d’un État laïque.
  • Les conflits interétatiques

Sans être directement ou exclusivement cause de conflits, la religion est également mise en avant dans les relations internationales aussi bien pour susciter ou justifier des antagonismes que pour affirmer des ambitions territoriales, qu’il s’agisse du conflit entre l’Inde et le Pakistan depuis 1947 ou de la guerre en ex-Yougoslavie (1991-2001).

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À retenir

Qu’il s’agisse des relations entre les groupes religieux dans un pays, de la formation d’une identité nationale intégrant la religion ou de l’usage des antagonismes religieux dans les conflits internationaux, la religion demeure l’objet d’enjeux géopolitiques multiples et à plusieurs échelles.

Elle est aussi, comme tout fait social, d’une grande diversité et elle évolue sans cesse dans un monde en mouvement.

Conclusion :

En favorisant les échanges et en amenant les États à s’associer dans des organisations internationales, la mondialisation a contribué d’une certaine manière à développer la liberté de conscience et de religion.
Toutefois, plusieurs pays ont une religion d’État, ou une religion majoritaire favorisée. La liberté de conscience, acceptée officiellement comme une liberté fondamentale dans plusieurs pays du monde, n’est donc pas respectée partout, que ce soit dans la théorie ou dans la pratique.

Si la laïcisation des États va souvent de pair avec un recul des pratiques religieuses, la religion demeure une force sociale qui, selon les pays, peut conserver une relative influence sur les sociétés et, plus ou moins directement, sur l’exercice du pouvoir.
En réalité, le pouvoir politique utilise aussi souvent la religion comme argument ou comme toile de fond pour construire des discours d’identité nationale ou justifier des actions plus directes (conflits, litiges territoriaux, etc.).