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L’Europe face aux défis économiques de demain

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Introduction :

L’intégration monétaire européenne a permis de protéger plus efficacement les pays membres de la zone euro de la concurrence internationale. Un des domaines dans lequel la Banque centrale européenne a été particulièrement efficace est la lutte contre l’augmentation des prix. Avec une moyenne de 2 % environ, les variations de l’inflation semblent avoir été contenues.

Pour autant, l’Europe n’a pas encore su répondre à l’ensemble des défis économiques qu’elle affronte : la croissance en berne, un manque flagrant d’unité, des crises importantes qui perdurent dans certains pays comme récemment en Grèce. Pour y parvenir et prouver son efficacité, elle doit améliorer les instruments existants et parachever encore le processus d’intégration.

C’est ce que nous allons voir dans ce cours qui aborde dans un premier temps les défis économiques de l’Europe avant de donner quelques solutions d’avenir.

Les défis économiques de l’Europe

Des problématiques économiques et financières

Les défis de l’intégration européenne sont de deux ordres : économiques tout d’abord, politiques ensuite.

Graphique des taux d’inflations entre 2009 et 2012 des principales régions du monde Graphique des taux d’inflations entre 2009 et 2012 des principales régions du monde

Ce graphique représente le taux d’inflation de différents pays et zones géographiques entre 2009 et 2012. La zone euro a plutôt bien résisté aux variations de l’inflation sur cette période. Elle reste en deçà de la Chine ou du Royaume-Uni et limite aussi les fluctuations par rapport aux États-Unis.

La Banque centrale européenne (BCE), est l’organisme chargé de conduire la politique monétaire de la zone euro. Elle est indépendante des gouvernants et sa mission est claire : elle doit tout mettre en œuvre pour maintenir dans la zone euro une inflation moyenne proche de 2 % et si possible un peu inférieure. D’un point de vue statistique, l’objectif semble donc atteint.

Concernant la croissance économique en revanche, on constate dans le graphique ci-dessous une situation complètement inverse : en comparant les deux courbes, on voit très nettement que la croissance de la zone euro est presque toujours inférieure à celle des États-Unis. On note de plus une baisse en 2009, qui correspond à la crise.

Graphique des évolutions des PIB de l’Union européenne et des États-Unis entre 2006 et 2013 Graphique des évolutions des PIB de l’Union européenne et des États-Unis entre 2006 et 2013

Plus inquiétant encore : on constate qu’au sein même de l’Union européenne, la croissance est souvent plus importante dans des pays hors de la zone euro que dans ceux de cette zone. Une question se pose alors : pourquoi l’union monétaire n’a-t-elle pas réussi à créer de la croissance ?

Les explications sont de trois ordres, et se trouvent dans la politique monétaire unique conduite par la BCE :

  • la Réserve fédérale américaine est chargée de lutter contre l’inflation, mais aussi de stimuler la création de richesses ; cette dimension passe au second plan pour la BCE : en Europe, seule compte la lutte contre l’inflation ;
  • la BCE ne contrôle pas les taux de changes, alors que cela pourrait jouer favorablement sur les importations et les exportations ;
  • même si la politique monétaire est commune à tous les pays de la zone euro, les situations économiques de chacun font que leurs taux d’inflation sont souvent différents, et donc la stratégie globale de la BCE n’est pas forcément la mieux adaptée pour tous.

Au-delà de ses difficultés à stimuler la croissance, la zone euro ne s’est pas montrée capable de faire face à ce que l’on appelle les chocs asymétriques, autrement dit aux crises qui touchent certains de ses pays membres.

L’un des exemples les plus flagrants est la crise de la dette grecque. La Grèce a été contrainte de s’endetter pour faire face à la crise financière et poursuivre ses politiques publiques. Elle a dû pour cela emprunter à des taux très élevés, à tel point qu’elle a fini par dépasser la limite fixée par les critères de convergence qui correspond à 60 % du PIB pour sa dette publique.

Pour rester dans la zone euro, elle a dû faire des économies budgétaires sans précédents, en réduisant toutes ses dépenses, notamment les prestations sociales et ce, avec une crise encore en cours. La conséquence très rapide de tous ces mécanismes a été une baisse très importante de la consommation et de l’investissement privé, qui n’avait pas pris le relais de l’État.

Dans la zone euro, d’autres pays ont aussi commencé à ressentir les effets sur leur propre croissance, en voyant par exemple la demande extérieure baisser. Pour beaucoup, les règles du Pacte de stabilité et de croissance doivent donc être revues : si elles ont prouvé leur efficacité pour lutter contre l’inflation, elles ne permettent pas toujours de stimuler la croissance ni d’affronter les crises.

Des problématiques politiques

Au-delà de la question des instruments économiques et financiers, c’est alors la question de la volonté politique des gouvernements des pays de la zone euro et de l’Union européenne qui se pose. Les deux défis principaux concernent la coordination générale des politiques économiques et la fin des stratégies individuelles. Du point de vue de la coordination, les crises asymétriques et la dette ont fait prendre conscience aux dirigeants de la nécessité de se doter de mécanismes de réactions communs.

C’est pour cela par exemple qu’un Mécanisme européen de stabilité, le MES, est entré en vigueur en 2012. Il s’agit d’une réserve d’argent, alimentée par les pays membres, d’un montant de 800 milliards d’euros, qui sert à aider les pays pour financer leurs dettes publiques. Elle permet soit d’en racheter une partie, soit de leur prêter de l’argent à des taux très bas. En contrepartie, les pays s’engagent à respecter les règles édictées par la BCE et à réduire le montant total de leur dette par la mise en place de mesures d’austérité budgétaire.

Parallèlement à cette solidarité, tous les États se sont engagés, en signant le TSCG, (le Traité sur la stabilité, la croissance et la gouvernance) à ne plus dépasser les 3 % du PIB pour leur déficit : s’ils le font, des sanctions automatiques seront mises en place. Les tentatives de coordination sont donc toutes liées au Pacte de stabilité et ne concernent pas pour le moment la fiscalité, le chômage ou la législation.

À ce déficit de coordination, s’ajoutent les stratégies parfois individuelles des États membres de la zone euro, qui prennent des décisions favorables à leur propre économie, mais défavorables à celles de leurs partenaires immédiats. Ces stratégies non-coopératives concernent en premier lieu les dispositions fiscales et sociales. L’Allemagne par exemple, en appliquant des règles de droit du travail peu favorables aux salariés, limite leur pouvoir d’achat, ce qui réduit la capacité des entreprises étrangères à pénétrer sur le marché allemand : l’Allemagne contrôle ainsi ses importations. Sa croissance économique augmente, car le travail coûte moins cher, tout en pénalisant ses partenaires européens qui, eux, subissent les effets néfastes de cette politique.

Ces problématiques qui affectent l’efficacité des mesures économiques de la zone euro sont donc avant tout politiques : elles dépendent de la seule volonté des États de se doter d’outils communs pour faire face ensemble aux difficultés internationales. Des solutions existent pourtant. Elles pourraient être mises en place pour produire des effets positifs sur l’ensemble de l’espace européen.

Les solutions pour demain

Les solutions aux défis qui se posent à l’Union européenne sont de deux ordres : économiques et politiques. Elles concernent tout d’abord les conditions de mise en œuvre d’une politique de relance à l’échelle du continent et, ensuite, l’avenir du projet européen, soit la façon dont on veut organiser l’Europe et les objectifs qu’on lui assigne.

Les moyens d’action économiques

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Définition

Politique de relance économique :

Une politique de relance économique est une politique conduite par un État qui vise, par la dépense publique, à stimuler la consommation et l’investissement. A contrario, les politiques de rigueur, visent à limiter ces mêmes dépenses pour contenir l’inflation.

Pour mener une politique de relance, l’État a plusieurs moyens :

  • il peut augmenter les revenus indirects des ménages (les prestations sociales ou les allocations familiales). Ceux-ci voient ainsi leur pouvoir d’achat s’accroître, ils vont alors consommer davantage ce qui stimulera la demande ;
  • il peut proposer des aides financières pour les nouvelles embauches, abaissant le coût du travail pour les entreprises ;
  • il peut réduire les impôts pour permettre aux entrepreneurs d’investir davantage, et aux ménages de consommer ;
  • il peut enfin financer de grands projets d’investissement, comme la construction d’autoroutes ou d’aéroports pour fournir du travail aux entreprises du bâtiment.

Il ne s’agit là que d’exemples : en menant ce type de politiques en période de crise, l’État peut donc aider l’économie à repartir. Cela implique cependant un endettement plus important. Or c’est absolument impossible au sein de la zone euro : les critères établis par les différents traités empêchent les États d’alourdir leur dette sous peine de sanctions économiques (des amendes ou des baisses de subventions). Les seules politiques autorisées sont des politiques de rigueur : l’entrée dans la zone euro, dans l’union économique et monétaire européenne, limite ainsi la capacité d’intervention des États.

L’Europe, à son niveau, n’a pas les moyens non plus de mener des politiques de relance. Pour pouvoir le faire, il faudrait qu’elle dispose de moyens budgétaires suffisants. Or le budget de l’UE s’élève à environ 145 milliards d’euros en 2015, soit à peine plus d’1 % de son PIB, c’est 25 fois moins que le budget fédéral américain. À titre d’exemple comparatif, le budget de la France s’élève lui à 375 milliards pour la même année ! Comment agir sur les économies de 28 pays avec une somme si dérisoire ?

Ce faible budget s’explique par les sources de financement de l’Union européenne. Ses recettes viennent principalement des contributions que chacun des État-membres consent à lui donner. Il n’existe aucun impôt direct au niveau de l’Europe. Si aucun État ne souhaite augmenter son budget, toute intervention coordonnée sera impossible en temps de crise. Et pourtant, pendant la crise de 2007, les États américains et chinois ont, eux, dépensé massivement pour relancer efficacement leur économie.

L’intégration économique de l’Europe ne sera donc pas achevée tant que l’UE se privera de tout moyen d’intervention budgétaire. Il s’agit là d’un défi majeur pour les années qui viennent, et qui passe nécessairement par la relance du projet européen.

La question du projet européen

Le processus d’intégration européenne est aujourd’hui ralenti. Pourtant, la question de sa gouvernance, autrement dit de la façon dont l’Europe est dirigée, s’impose. Car c’est bien l’architecture européenne actuelle qui rend impossible l’instauration d’un policy-mix articulant politique monétaire et politique budgétaire. Les questions de l’emploi, de la croissance économique, de la stabilité financière sont les grands enjeux de la mondialisation. Pour beaucoup d’économistes et de politiques, il est temps de rouvrir le débat sur la mise en place d’un véritable gouvernement économique de la zone euro. Cela supposerait de redéfinir les missions de la BCE, en rendant son fonctionnement plus transparent, pour débattre notamment de ses choix stratégiques.

Plus largement, tant que l’Union européenne ne se dotera pas d’institutions plus démocratiques avec plus de pouvoirs, il sera compliqué de mener des politiques économiques complètes en son nom. Il existe par exemple un président du Conseil de l’Union européenne aujourd’hui mais il est inconnu du grand public et n’est pas élu par les citoyens. La Commission européenne et le Parlement européen ont en vérité peu de compétences et ne sont pas en capacité de prendre des décisions conformes à l’intérêt général commun.

Relancer le projet européen exige aussi de poser la question des domaines d’intervention de l’Europe. Au tout début, elle s’est construite sur un projet économique. Peut-être est-il temps désormais de construire une Europe sociale, en réfléchissant par exemple à mettre en place un système de protection sociale pour tous les Européens. C’est une idée qui ne s’improvise pas, tant les modèles socio-économiques des pays sont différents, entre ceux du Nord, du Sud ou de l’Ouest. Poser la question est pourtant indispensable, puisque c’est de la relance de ce projet européen que dépendra la capacité des États membres à faire aboutir l’intégration régionale.

Conclusion :

Si la zone euro est parvenue à contenir efficacement l’inflation, elle n’a pas été en mesure de stimuler activement la croissance. Elle n’a pas non plus réussi à faire face aux crises et à soutenir certains de ses membres, comme la Grèce.

Des solutions ont été mises en œuvre, comme le Mécanisme européen de stabilité. Mais derrière ces problématiques économiques et financières, se cachent des problèmes plus politiques : le manque de coordination entre les politiques menées et les stratégies individuelles des États.

Pour pouvoir faire face à ces défis, la zone euro doit se doter de nouveaux moyens d’action, comme les politiques de relance ou l’augmentation du budget européen. Plus largement, c’est bien la question du projet européen qui doit être reposée : la façon dont se prennent les décisions, mais aussi le rôle qu’aura demain l’Europe sur notre quotidien.