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L'émigration d'Européens vers d'autres continents au cours du XIXe siècle

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Introduction :

Depuis peu, l’Europe est confrontée à ce que les médias et les politiques appellent « la crise des migrants ». Ils sont des centaines de milliers, venus de Syrie, d’Afghanistan ou d’ailleurs à fuir la guerre, la misère économique et l’instabilité politique. La migration, c’est le déplacement volontaire d’individus venus d’un pays vers un autre.

L’Europe d’aujourd’hui est donc considérée comme une terre d’immigration, autrement dit, une terre d’accueil. Pourtant, cela n’a pas toujours été le cas. Au XIXe siècle, siècle de l’industrialisation et des grands bouleversements politiques et sociaux, l’Europe était au contraire une terre d’émigration. Les populations européennes cherchaient à partir vers d’autres terres, principalement sur le continent américain.

Dans ce cours, nous allons tenter de comprendre les raisons et les modalités de l’émigration européenne au XIXe siècle. Une première partie sera consacrée à une analyse démographique de l’Europe au XIXe siècle. Dans une deuxième partie, nous étudierons le cas de l’émigration irlandaise. Enfin, une troisième partie nous emmènera sur le continent américain où s’installent beaucoup d’immigrés européens.

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Attention

Le concept de migration s’accompagne de deux notions phonétiquement proches mais dont le sens diffère, voire s’oppose. On dit que le migrant émigre de son pays, pour immigrer dans un pays qui lui est étranger. L’émigration c’est donc l’action de quitter son pays, tandis que l’immigration c’est le fait de s’installer dans un pays étranger.

La croissance démographique de l’Europe au XIXe siècle

De 190 millions en 1800, la population du continent passe à 420 millions en 1900. Cet accroissement inédit s’explique par un phénomène qu’on appelle la transition démographique.

La transition démographique

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Définition

Transition démographique :

C’est le passage pour une société d’un modèle démographique naturel à un modèle démographique contrôlé.

  • Dans le premier modèle, la forte natalité de la population équilibre naturellement son taux élevé de mortalité.
  • Dans le second modèle, l’équilibre est conservé entre des taux de mortalité et de natalité tous les deux faibles (c’est le cas aujourd’hui dans notre société).

On estime que l’Europe opère sa transition démographique au cours du XIXe siècle. À cette époque, les progrès de l’hygiène, de la médecine mais aussi le développement économique et l’amélioration de l’alimentation provoquent une baisse profonde et durable de la mortalité.
Parallèlement, l’évolution de la famille et des mœurs entrainent une diminution de la natalité. Mais alors que la mortalité chute très rapidement, la fécondité diminue beaucoup plus doucement.

  • Cette période de déséquilibre est un moment unique dans l’histoire de l’Europe. C’est une période qui provoque un accroissement sans précédent de la population européenne.

Devant cette situation inédite, certains penseurs prévoient le pire.

Le malthusianisme

C’est en effet dans ce contexte particulier que naissent les premières théories démographiques comme celle de l’économiste anglais Thomas Malthus.

Alt Portrait de l’économiste Thomas Malthus, 1833 Portrait de l’économiste Thomas Malthus, 1833

Malthus craint que l’accroissement de la population ne soit pas suivi de l’accroissement de ses ressources et que tôt ou tard un drame brutal mettra fin à cette croissance démographique. L’économiste évoque notamment la famine.

Conséquences de la croissance démographique

En fait, la crise majeure que redoute Thomas Malthus n’aura pas lieu dans les pays industrialisés comme la France. Au contraire, en France, cette poussée démographique favorise le développement industriel.

Mais dans les pays qui ne sont pas encore au sommet de leur révolution industrielle, comme en Italie et en Irlande, l’augmentation de la population pose problème. Dans les campagnes, nombreux sont les paysans sans terre. En ville le fléau, c’est le chômage. Souvent, la famine menace.
Ces populations n’ont alors d’autre choix que de quitter leur pays et un puissant mouvement d’émigration commence alors. Il ne va cesser de s’amplifier, jusqu’à la veille de la Première Guerre mondiale.

En tout, on estime à 60 millions le nombre de ces émigrés européens du XIXe siècle. Dans les années 1830, seuls 10 000 européens choisissent tous les ans l’émigration. Dans les années 1900, ils sont 1 500 000 ! Ces émigrés, majoritairement pauvres, sont Russes, Polonais, Italiens, Grecs ou encore Irlandais. Tous se dirigent en priorité vers les États-Unis.

L’exemple irlandais

Le choix de l’émigration est un choix difficile pour un individu, surtout au XIXe siècle, quand l’ailleurs paraissait plus étranger qu’aujourd’hui.
Cependant, plusieurs éléments peuvent motiver ces choix. Dans le cas des juifs d’Europe de l’est, ce sont les persécutions. Pour les Britanniques et les Italiens, c’est avant tout l’espoir d’un emploi et d’une meilleure condition de vie. Le cas Irlandais est particulier, parce qu’il coïncide avec un événement bien précis et daté : la Grande Famine du milieu du XIXe siècle.

La Grande Famine

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À retenir

La Grande Famine a eu lieu en Irlande entre 1845 et 1852.

Cette catastrophe majeure de l’histoire nationale est due à plusieurs facteurs. Il faut savoir qu’à cette époque les Irlandais pratiquent principalement la culture de la pomme de terre, dont l’avantage est d’être très nourrissante et cultivable sur de petites zones. Très vite, sa production peine à nourrir une population qui, en l’espace de 40 ans, a plus que doublé. De plus, en 1845, la pomme de terre est frappée par le mildiou, un champignon qui détruit le tubercule.

Alt Une pomme de terre infestée par le mildiou Une pomme de terre infestée par le mildiou

Le peu qu’il reste, les Irlandais sont forcés par l’Angleterre de le destiner à l’exportation. Les Irlandais sont affamés.

  • On estime que la Grande famine a causé la mort de plus d’un million de personnes.

Alt Illustration de la Grande Famine en Irlande. James Mahony, The Illustrated London News, 1847 Illustration de la Grande Famine en Irlande. James Mahony, The Illustrated London News, 1847

Une émigration massive

On peut alors comprendre le choix des presque deux millions d’Irlandais qui décident de quitter le pays. Leurs destinations principales sont le Canada, l’Australie, la Grande-Bretagne mais aussi et surtout les États-Unis.

Dès qu’ils le peuvent, les émigrants irlandais embarquent dans des bateaux de fortune, avec très peu d’espace pour bouger. Les conditions d’hygiène sont terribles et beaucoup périssent lors de ce voyage.

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À retenir

C’est dans ces conditions dramatiques que débute une véritable diaspora irlandaise.

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Définition

Diaspora :

Une diaspora désigne la dispersion d’une communauté ou d’un peuple à travers le monde.

Une intégration difficile

L’arrivée sur le continent

Arrivés sur le continent, les Irlandais s’installent en majorité sur la côte atlantique. Leur intégration, principalement durant la première génération, est difficile car ils étaient victimes de xénophobie, venant des habitants déjà installés.

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Définition

Xénophobie :

La xénophobie est la peur, l’hostilité manifestée envers des étrangers.

Ils étaient principalement accusés d’être des voleurs et des alcooliques, comme le montre cette caricature de l’époque.

Alt Caricature d’un Irlandais aux États-Unis au XIX<sup>e</sup> siècle Caricature d’un Irlandais aux États-Unis au XIXe siècle

Toutefois, des communautés irlandaises s’établissent peu à peu et des réseaux d’entraide se créent. Les Irlandais peuvent alors travailler et s’intégrer à la société américaine. Ils le font si bien qu’en 1881, le maire de la ville de New York est d’origine irlandaise.

Conclusion :

L’Europe doit faire face au XIXe siècle à une croissance démographique inédite. Pour la première fois depuis l’Antiquité, le taux de natalité est élevé alors que le taux de mortalité est en baisse. Cette croissance démographique, combinée à d’autres facteurs tels que des épidémies et des crises économiques provoquent une émigration massive des Européens vers d’autres terres. Dans le cas des Irlandais, cette émigration se réalise de manière dramatique, à la suite de la terrible famine qui frappe le pays au milieu du siècle. Beaucoup sont partis tenter leur chance aux États-Unis où ils croyaient que la route était pavée d’or. Ils ont aussi fait l’expérience de la xénophobie. Pourtant les Irlandais, comme les Russes, les Polonais et les Italiens se sont intégrés à la société américaine.

Ce cours nous montre que la crise migratoire actuelle n’est pas une première dans l’histoire contemporaine. Il nous révèle aussi que ces situations peuvent bénéficier aux individus concernés, mais aussi au pays d’accueil.