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La caractérisation du personnage de Julien Sorel par ses valeurs

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Des valeurs issues du modèle napoléonien

  • Pour toute une génération née sous l’Empire, Napoléon constitue une véritable légende.
  • La fascination de Julien Sorel pour cet homme est au fondement de sa personnalité : Napoléon Bonaparte incarne à ses yeux celui qui est parvenu à se faire « le maître du monde avec son épée », le « lieutenant obscur et sans fortune » qui est devenu un héros à force d’exploits et de courage.
  • Dès lors, il s’agit d’être héroïque, courageux, de poursuivre gloire et conquêtes et de relever d’ambitieux défis.
  • Grâce à son tuteur (le vieux chirurgien-major), il a lu le Mémorial de Sainte-Hélène et le recueil des bulletins de la Grande Armée qui sont ses livres de chevet.
  • Dans ses lectures, il est attentif à ce que l’empereur dit des femmes : il en tire même un modèle d’éducation sentimentale.
  • Chaque victoire de Julien (même sentimentale) le rapproche à ses yeux de la destinée de Napoléon.
  • Il utilise à ce titre un vocabulaire militaire et se met dans la peau d’un stratège : « Oui, j’ai gagné une bataille, se dit-il, mais il faut en profiter, il faut écraser l’orgueil de ce fier gentilhomme pendant qu’il est en retraite. C’est là Napoléon tout pur. »
  • Cette métaphore militaire, appesantie par une rhétorique très lourde, met en évidence les valeurs démodées de Julien.
  • Il se rend peu à peu à l’évidence : ses valeurs sont celles d’un autre temps, d’une époque passée et révolue.
  • Pendant la Restauration, qui voit le retour au pouvoir des Bourbon, la naissance compte plus que le mérite personnel.
  • Fils de charpentier, Julien aurait brillé par le mérite militaire sous l’Empire, mais aujourd’hui, c’est seulement en se faisant prêtre qu’il peut espérer devenir quelqu’un d’important.
  • Sa résolution subite d’entrer dans les ordres est donc opportuniste.
  • Il renonce à l’état militaire mais en conserve les valeurs pour atteindre un héroïsme d’une autre nature mais toujours empreint du sens du devoir.

Un nouvel héroïsme

  • Julien fuit la lâcheté et, bien qu’anxieux à plusieurs reprises, il s’exhorte à ne pas être faible et affronte le danger.
  • Cette attitude bravache qui consiste à ne reculer devant aucun danger, peut être comprise comme une forme de puérilité en ce qu’elle le conduit à se précipiter sur la moindre opportunité de montrer sa valeur.
  • Car c’est l’orgueil qui dicte son courage à Julien, ce que résume en ces mots l’abbé Chélan : « ce jeune homme quoique né bien bas a le cœur haut ».
  • Le caractère héroïque de Julien est conduit par son courage, mais aussi par son intelligence.
  • Il est admiré, d’abord par M. de Rênal et ensuite par Mathilde qui estime qu’il possède « les hautes qualités qui peuvent valoir à un homme l’honneur d’être condamné à mort ».
  • Toutefois, la noblesse le rejette justement à cause de son esprit : il est trop brillant pour ne pas être dangereux.
  • C’est parce qu’il n’a pas de naissance que Julien Sorel doit faire preuve de grandes qualités et s’illustrer par ses actions.
  • C’est pourquoi il voit la séduction de Mme de Rênal comme une conquête militaire.
  • Une fois le défi relevé, il est convaincu d'avoir rempli un « devoir héroïque » et « gagné une bataille ».
  • D’ailleurs, la métaphore militaire est constamment présente dans les monologues intérieurs du personnage, ou dès que le narrateur passe en point de vue interne : « Il était un dieu ».
  • L’ambition de Julien peut donc être qualifiée d’hybris moderne : il est tout entier tourné vers sa carrière et sa gloire personnelle.

L’ambition et la réussite

  • Cette envie de réussir est qualifiée d’« ardeur sombre » par l’abbé Chélan et de « noire ambition » par le narrateur.
  • Sa volonté de « se faire un nom » impose à Julien de ne pas perdre de temps : c’est pourquoi il refuse la proposition de Fouqué.
  • Cependant, la conduite de Julien relève moins de l’opportunisme que d’une sorte de revanche sociale.
  • « Je suis petit, madame, mais je ne suis pas bas » ; cette formule adressée par Julien à Mme de Rênal résume l’enjeu de son ambition : prouver que sa valeur est au-delà de sa condition sociale.
  • Être estimé d’eux afin de s’estimer lui-même, tel est son combat.
  • Pourtant, il méprise les gens riches auprès desquels il vit et dont il a besoin : c’est là toute l’ambiguïté de sa situation.
  • Julien échoue avant d’être parvenu à la fortune car son complexe d’infériorité sociale est trop fort.
  • Les derniers mots qu’il adressera aux jurés seront dédiés aux « jeunes gens qui, nés dans une classe inférieure et en quelque sorte opprimés par la pauvreté, ont le bonheur de se procurer une bonne éducation et l’audace de se mêler à ce que l'orgueil des gens riches appelle la société ».
  • Il est en somme le martyr d’une jeunesse fascinée par le modèle de Napoléon (désormais anachronique) ; il éprouve ainsi l’mpossible conciliation de son modèle de valeurs et de la réalité.