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La caractérisation du personnage de Julien Sorel par ses valeurs

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Introduction :

Stendhal Henri Beyle Le Rouge et le Noir Julien Sorel Marie-Henri Beyle, dit Stendhal, Olof Södermark, 1840, huile sur toile 62 × 50 cm, château de Versailles

Stendhal, Henri Beyle de son vrai nom, a publié un petit nombre d’œuvres, contrairement au prolifique Balzac à la même époque. Il consacre son travail à l’analyse du cœur humain et affectionne la figure de l’homme énergique qui accède au bonheur par l’accomplissement de sa volonté. C’est dans cet esprit qu’il publie en 1830 Le Rouge et le Noir, roman centré sur le personnage de Julien Sorel.

Celui-ci cherche à faire carrière en se couvrant de gloire : bercé par les récits des exploits napoléoniens, Julien veut s’extraire de sa condition de fils de charpentier et rêve d’éclat militaire. Mais, avec la chute de Napoléon Bonaparte, a disparu l'espoir de réussir par les armes. La Restauration n'offre plus la possibilité d'accéder à un destin exceptionnel sans le privilège de la naissance.
Dès lors, comment Julien Sorel peut-il réussir en 1830, lui qui n’est ni grand bourgeois ni aristocrate ? L’organisation de la narration dans ce roman nous permet d’accéder à la conscience du personnage, à cerner ses motivations, ses choix.

Nous verrons de quelle manière et au nom de quelles valeurs Julien tâche de se faire une place dans la haute société.
Nous chercherons à aller aux sources des valeurs morales de Julien, empreintes de bonapartisme, puis nous expliquerons comment il tente d’accéder à un nouvel héroïsme en cultivant un esprit de conquête. Enfin, nous envisagerons Le Rouge et le Noir comme le récit de l’ambition d’un jeune homme en quête d’ascension sociale.

Des valeurs issues du modèle napoléonien

Pour toute une génération née sous l’Empire, Napoléon constitue une véritable légende. Son échec et son exil ont nourri le désenchantement de la jeunesse romantique, nostalgique d’une époque glorieuse et déçue par un monde vieillissant.

Napoléon Bonaparte le Rouge et le Noir Empire Bonaparte franchissant le col du Grand-Saint-Bernard, Jacques-Louis David, 1800, 259 × 221 cm, huile sur toile, château de Malmaison

L’admiration de Julien pour Napoléon Bonaparte

La fascination de Julien pour Napoléon est au fondement de sa personnalité. Elle prend sa source, dès sa prime enfance, dans les leçons d’histoire qu’il a reçues du vieux chirurgien-major, cousin des Sorel. Membre de la Légion d’honneur, ce dernier a fait la campagne de 1796 en Italie aux côtés de Bonaparte.

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Astuce

La Légion d’honneur a été créée en 1802 par Napoléon Bonaparte pour récompenser notamment les vertus militaires.

Grâce à ce tuteur, Julien a lu le Mémorial de Sainte-Hélène et le recueil des bulletins de la Grande Armée. Avec Les Confessions de Rousseau, ce sont les trois livres pour lesquels « il se serait fait tuer ».

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Astuce

Remarques :

  • Le Mémorial de Sainte-Hélène est un récit écrit par Emmanuel de Las Cases sur la base des propos recueillis auprès de Napoléon, exilé sur l’île de Sainte-Hélène.
  • Le bulletin de la Grande Armée était un périodique publié par le régime napoléonien et qui s’attachait à décrire l’actualité militaire sous le Premier Empire.

Julien a également écouté les récits des batailles victorieuses de la première campagne d’Italie que lui a faits le vieux chirurgien-major. Il a également vu, devant la maison de son père, certains dragons du 6e6^\text{e} régiment revenant d’Italie qui l’ont rendu « fou de l’état militaire ».

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À retenir

Napoléon Bonaparte incarne aux yeux de Julien celui qui est parvenu à se faire « le maître du monde avec son épée », le « lieutenant obscur et sans fortune » qui est devenu un héros à force d’exploits et de courage.

Un modèle de réussite

À l’image de cette personnalité illustre, beaucoup d’hommes, partis de rien, sont devenus de grandes figures sous l’Empire et ont eu des destins d’exception. Julien aurait aimé faire partie de ces élus.

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À retenir

Le modèle napoléonien a fondé ses valeurs : il s’agit d’être héroïque, courageux, de poursuivre gloire et conquêtes et de relever d’ambitieux défis.

Julien n’oublie pas que c’est aussi un Bonaparte « pauvre encore » qui a su se faire aimer d’une femme plus riche que lui, Madame de Beauharnais.
Dans ses lectures, il est attentif à ce que l’empereur dit des femmes : il en tire même un modèle d’éducation sentimentale.

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Rappel

Alt texte Joséphine de Beauharnais, François Gérard, vers 1807, musée national des châteaux de Malmaison et de Bois-Préau

Descendante d’une riche famille de colons martiniquais, Joséphine a d’abord été mariée au révolutionnaire Alexandre de Beauharnais avant de devenir, en 1796, la première épouse d’un Napoléon très épris.

Chacune des petites victoires de Julien, fusse-t-elle sentimentale, le rapproche à ses yeux de la destinée de Napoléon. Établissant des plans de campagne lui aussi, il se donne des ordres et ne fait aucune différence entre ses batailles et celles de l’empereur en exil.

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Exemple

Pour preuve, cet épisode du chapitre XI du livre premier qui voit Julien s’emparer de la main de Mme de Rênal lors d’une soirée dans le jardin, à la faveur de l’obscurité, pour se moquer de son mari. « Oui, j’ai gagné une bataille, se dit-il, mais il faut en profiter, il faut écraser l’orgueil de ce fier gentilhomme pendant qu’il est en retraite. C’est là Napoléon tout pur ».

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À retenir

Cette métaphore militaire, appesantie par une rhétorique très lourde, met en évidence le caractère suranné (désuet, démodé) de Julien.

Plus tard, persuadé qu’il est dans sa mission de devenir l’amant de Mme de Rênal, « il se [fait] un plan de campagne fort détaillé ». Enfin, dans le chapitre XV, le narrateur compare le jeune homme victorieux récapitulant les détails de son exploit au « soldat qui revient de la parade » après avoir rempli son « devoir ».

Cependant, Julien se rend peu à peu à l’évidence : ses valeurs sont celles d’un autre temps, d’une époque passée et révolue.

Des valeurs héroïques qui n’ont plus cours sous la Restauration

L’histoire se situe à la fin de la Restauration.

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Rappel

Régime politique des années 1814 à 1830, la Restauration se caractérise notamment par :

  • un rétablissement de la souveraineté monarchique ;
  • la suprématie d’une aristocratie nostalgique de l’Ancien Régime.
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À retenir

Pendant la Restauration, la naissance compte plus que le mérite personnel.

Fils de charpentier, « pauvre paysan du Jura », Julien aurait brillé par le mérite militaire sous l’Empire, comme il se le répète chez les de La Mole : « Hélas ! vingt ans plus tôt, j’aurais porté l’uniforme comme eux ! Alors un homme comme moi était tué, ou général à trente-six ans ».
Aujourd’hui, c’est seulement en se faisant prêtre qu’il peut espérer devenir quelqu’un d’important. En effet, il voit des prêtres de quarante ans gagner « trois fois autant que les fameux généraux de division de Napoléon ».

  • Sa résolution subite d’entrer dans les ordres est donc opportuniste.
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Astuce

On peut interpréter le titre du roman comme une référence à la dualité du personnage de Julien, pris entre le passé et le présent, c’est-à-dire entre la carrière militaire rêvée (figurée par le rouge de l’uniforme des hussards) et la résignation à la voie ecclésiastique (le noir de la soutane du prêtre).

hussard Napoléon Grande Armée Premier Empire Uniforme de hussard, Carle Vernet, La Grande Armée de 1812, 1812

Alt texte Ecclésiastique français, photographie prise à Auxerre chez Brisson, vers 1880.

Julien renonce à l’état militaire. Cependant, il en garde les valeurs pour atteindre un héroïsme d’une autre nature mais toujours empreint du sens du devoir.

Un nouvel héroïsme

Le courage

Julien fuit la lâcheté.

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À retenir

Il est anxieux avant de prendre la main de Mme de Rênal pour la première fois, puis effrayé à l’idée de se rendre dans sa chambre en pleine nuit, au rendez-vous fixé par lui-même. Pourtant, il s’exhorte à ne pas être faible et affronte le danger.

Dans le grand café de Besançon, il a peur de demander une tasse de café ; mais se dresse avec courage pour répondre à la provocation d’un homme jaloux de son échange avec la belle serveuse. Cette dernière lui conseillant de partir, Julien ne livre pas le duel espéré.

  • Ne pas répondre à cette provocation dénote alors selon lui du manque de courage. Il comblera ce manque plus tard, en se battant en duel avec le chevalier de Beauvoisis.

Par ailleurs, bien qu’il soupçonne un piège destiné à l’humilier, Julien se rend au rendez-vous nocturne de Mathilde. La jeune femme lui confiera ce soir-là avoir voulu éprouver sa « bravoure » ; bravoure qu’il confirmera plus tard en restant digne devant la mort.

  • Dès lors, cette attitude bravache qui consiste à ne reculer devant aucun danger, peut être comprise comme une forme de puérilité en ce qu’elle conduit Julien à se précipiter sur la moindre opportunité de montrer sa valeur.
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À retenir

Le courage de Julien Sorel est dicté par son orgueil.
Quand il le recommande au marquis de La Mole, l’abbé Chélan déclare que « ce jeune homme quoique né bien bas a le cœur haut », et qu’« il ne sera d’aucune utilité si l’on effarouche son orgueil ».

C’est lorsqu’il ne se sent plus méprisé par Mme de Rênal, quand il constate qu’elle ne le considère plus comme un subalterne ni comme un valet de chambre, qu’il se donne le devoir de devenir son amant.

Le caractère héroïque de Julien est conduit par son courage, mais aussi par son intelligence.

Le génie

Tout le monde regarde Julien comme « devant un jour aller […] loin ». On l’admire, à commencer par M. de Rênal, un mois à peine après l’arrivée de Julien chez ce dernier.
Devant le sous-préfet de Maugiron venu lui proposer de devenir le précepteur des enfants d’un fonctionnaire, Julien parle comme un « ministre éloquent ».
Il devient, par la suite, « à la mode » à Verrières. On l’invite à des dîners. Lors du voyage qu’il fait à Londres pour les affaires de M. de La Mole, il se couvre de gloire dans un salon, à tel point que sa conduite « est encore citée parmi les jeunes secrétaires d’ambassade à Londres » ainsi que le précise le narrateur.

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À retenir

La noblesse le rejette justement à cause de son esprit : il est trop brillant pour ne pas être dangereux.

Mathilde l’a bien compris qui dit à son père : « Il manque de légèreté, mais non pas d’esprit ». Plus loin, elle a cette pensée : « Ils en ont peur sous son habit noir. Que serait-ce avec des épaulettes ? ». Son habit noir faisant référence à son statut de séminariste et les épaulettes à celui du militaire, Mathilde estime que Julien a un immense charisme pour pouvoir impressionner les autres dans son habit de petit abbé.
Il est, selon elle, un « homme de génie » capable de « faire quelque chose d’extraordinaire ». « Grand par le caractère », il a même (toujours d’après Mathilde) « les hautes qualités qui peuvent valoir à un homme l’honneur d’être condamné à mort », à l’image de son ancêtre Boniface de La Mole.

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Rappel

Mathilde voue une grande admiration à cet homme exécuté le 30 avril 1574, dont la maîtresse, Marguerite de Valois, avait demandé la tête après qu’il a été guillotiné.

Le génie de Julien le rend remarquable mais lui permet également de mener de grandes actions.

L’esprit de conquête et de défi

C’est parce qu’il n’a pas de naissance que Julien Sorel doit faire preuve de grandes qualités et s’illustrer par ses actions. Pour cette raison, il voit la séduction de Mme de Rênal comme une conquête militaire. Parce que cette dernière retire sa main la première fois qu’il tente de l’effleurer, Julien considère qu’il est de son « devoir » d’œuvrer pour qu’elle ne la retire plus et voit celle-ci « comme un ennemi avec lequel il va falloir se battre » car sa « gloire » en dépend.

  • Une fois le défi relevé, il est convaincu d'avoir rempli un « devoir héroïque » et « gagné une bataille ».
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À retenir

D’ailleurs, la métaphore militaire est constamment présente dans les monologues intérieurs du personnage.

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Astuce

Ces monologues intérieurs sont la transcription à la première personne des pensées et des sentiments du personnage.

Le Rouge et le Noir Julien Sorel Stendhal focalisation externe focalisation interne Rênal aristocratie

De même, la séduction de Mathilde de La Mole relève pour lui du défi. Si Norbert de La Mole met en garde sa sœur contre « l’énergie » de Julien qui, si la révolution recommençait, pourrait bien les faire « tous guillotiner », Mathilde objecte que son énergie, « sa grandeur » et « son mérite » leur fait en réalité peur.

  • De son côté, elle admire le caractère de Julien et son « ambition sans bornes ».

Dans le chapitre XIII du livre second, le narrateur compare le rire du héros à celui de Méphistophélès (autre nom pour désigner le diable) lorsque Julien se réjouit de voir Mathilde renoncer pour lui à un bon parti (le descendant de Guy de Croisenois).
Le chapitre s’achève sur une valorisation emphatique des qualités de Julien, exprimée par l’emploi du point de vue interne : « Il était un dieu ».

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Rappel

Le point de vue narratif désigne la position du narrateur au sein du récit ; le point de vue interne épouse le point de vue d’un personnage ; ici, celui de Julien Sorel.

Ce défi continuel peut être rapproché de la conception antique de l’hybris qui perd les hommes, qui les précipite vers la chute tant leur orgueil est grand. L’ambition de Julien peut donc être qualifiée d’hybris moderne.

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En grec ancien, l’hybris se traduit par « démesure ». Il est inspiré de l’orgueil. Il est considéré comme un crime et, à ce titre, puni par les dieux. Tantale, Minos ou Prométhée se sont rendus coupables d’hybris.

Alt texte Prométhée supplicié, Pierre Paul Rubens, 1618, huile sur toile, 242,6 ×209,5 cm, musée d’art de Philadelphie

Dans son esprit de conquête entre une évidente volonté d’atteindre la gloire et de faire carrière.

L’ambition et la réussite

Le désir de faire fortune

Cette envie de réussir est qualifiée d’« ardeur sombre » par l’abbé Chélan et de « noire ambition » par le narrateur. Mathilde de La Mole l’aime d’ailleurs pour cette raison : parce qu’il a « du caractère et une ambition sans bornes ».

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À retenir

Sa volonté de « se faire un nom » impose à Julien de ne pas perdre de temps.

C’est pour cela qu‘il refuse la proposition de son ami Fouqué de devenir son associé : il ne souhaite pas risquer de perdre des années inutilement. Au séminaire, il se distingue des autres par son intelligence, et veut être « grand vicaire » et non curé.

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Le curé est un prêtre placé à la tête d’une paroisse alors que le grand vicaire est un prêtre désigné par l'évêque pour le seconder dans ses responsabilités.

Tout s’accélère pour lui quand il devient le secrétaire de M. de La Mole : aller à Paris représente pour Julien le bonheur de « paraître sur le théâtre des grandes choses ».
Sa joie est enfin sans bornes quand M. de La Mole, souhaitant sauver l’honneur de sa fille enceinte de Julien, nomme ce dernier lieutenant de hussards. Julien, enfin devenu riche, ne pense alors qu’à la gloire.

Mais plus tard, lorsque Mme de Rênal le rejoint quotidiennement dans sa cellule de prison, il juge sa propre ambition sévèrement. Il comprend que celle-ci lui a fait perdre de vue l’essentiel et déclare à son amante :

« au lieu de serrer contre mon cœur ce bras charmant qui était si près de mes lèvres, l’avenir m’enlevait à toi ; j’étais aux innombrables combats que j’aurais à soutenir pour bâtir une fortune colossale ».

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À retenir

Cependant, la conduite de Julien relève moins de l’opportunisme que d’une sorte de revanche sociale.

Le mérite individuel plutôt que la naissance : le mépris de Julien pour la haute société

« Je suis petit, madame, mais je ne suis pas bas »

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À retenir

Cette formule adressée par Julien à Mme de Rênal résume l’enjeu de son ambition : prouver que sa valeur est au-delà de sa condition sociale.

C’est d’ailleurs ce sens de la dignité que Mme de Rênal admire chez son amant.
Julien appartient à cette « classe d’hommes de cœur qui, après une bonne éducation, n’a pas assez d’argent pour entrer dans une carrière ». Aussi, tous les autres font-ils partie à ses yeux du « camp ennemi ». Il n’a que mépris pour eux, d’abord à Verrières chez M. de Rênal, ensuite à Paris chez M. de La Mole.

  • Être estimé d’eux afin de s’estimer lui-même, tel est son combat.
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À retenir

Pourtant, il méprise les gens riches auprès desquels il vit et dont il a besoin : c’est là toute l’ambiguïté de sa situation.

C’est son mépris pour cette caste, représentée par un Valenod s’enrichissant sur le dos du misérable, qui lui fait prendre conscience de « la sale fortune » à laquelle il finit par parvenir. Ces gens ne lui inspirent que du dédain. Il s’estime sali par leurs « façons d’agir vulgaires » et leurs « pensées désagréables ».

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Exemple

  • Par exemple, dès qu’il se sent repoussé par Mme de Rênal, Julien ne voit plus en elle qu’une femme riche et ne ressent alors que dédain.
  • Plus tard, fréquenter le salon du marquis de la Mole les soirs de dîner est pour lui la partie « la plus pénible » de son emploi : il n’y décèle qu’ennui et vanité.

Bien que finalement devenu M. le chevalier de La Vernaye, sa dernière pensée avant le drame final révèle à quel point il entre dans son attitude de conquête une volonté de prouver sa valeur :

« Après tout, pensait-il, mon roman est fini, et à moi seul tout le mérite. J’ai su me faire aimer de ce monstre d’orgueil, ajoutait-il en regardant Mathilde ».

  • Il lui reproche l’orgueil de sa classe.

Les derniers mots qu’il adressera aux jurés seront dédiés aux « jeunes gens qui, nés dans une classe inférieure et en quelque sorte opprimés par la pauvreté, ont le bonheur de se procurer une bonne éducation et l’audace de se mêler à ce que l'orgueil des gens riches appelle la société ».

Il est en somme le martyr d’une jeunesse fascinée par le modèle de Napoléon, un modèle désormais anachronique.

L’impossible conciliation entre le modèle et la réalité

L’abbé Chélan lui rappelle à son arrivée chez le marquis qu’« il n’y a de fortune, pour un homme de [leur] robe, que par les grands seigneurs » ; insinuant ainsi que les prêtres sont dépendants du bon vouloir des nobles grâce auxquels ils peuvent obtenir une paroisse plus intéressante qu’une autre.

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À retenir

Mais Julien échouera avant d’être parvenu à la fortune car son complexe d’infériorité sociale est trop fort.

Dès que Mathilde se montre plus froide avec lui après être devenue sa maîtresse, il imagine qu’elle lui préfère fatalement un homme de la noblesse. Il se sent relégué à sa place de subalterne. Il bascule dans un dégoût de lui-même, se juge avec un grand mépris comme « un être bien plat, bien vulgaire, bien ennuyeux pour les autres ».
Dès cet instant, il oublie son ambition : « tous ces grands intérêts s’étaient comme recouverts d’un voile » et « de toutes les qualités qui l’avaient distingué autrefois, il ne lui restait qu’un peu de fermeté ». Il pense même au suicide. Son unique ambition n’est désormais que de faire peur à Mathilde, en lui faisant croire qu’il ne l’aime plus.

  • Il n’est plus habité que par la vengeance.
  • On est alors loin de la gloire napoléonienne. Il s’agit là d’une bassesse contraire à la prétention aux honneurs dus aux héros. Julien s’enfonce dans la médiocrité.

La fameuse lettre envoyée par Mme de Rênal à M. de La Mole ramène à tout ce qu’il y a de plus trivial l’ambition de Julien : « son grand et unique objet est de parvenir à disposer du maître de la maison et de sa fortune » et ce, par « la séduction de la femme qui a du crédit ». Julien ne supporte pas d’être ainsi résumé. Il tente de tuer Mme de Rênal. C’est d’après lui « par ambition ou par amour pour Mathilde ». En prison, cette ambition disparaît totalement. Il est « fatigué d’héroïsme ». Sa seule passion est devenue son amour immense pour Mme de Rênal. Rien ne lui plaît plus, « ni dans la vie réelle, ni dans l’imagination ».

Conclusion :

Animé par des valeurs d’un autre temps, doté d’esprit et de beauté, Julien Sorel est parvenu à prendre de plus en plus de pouvoir dans la haute société. Cependant, sa passion pour Mme de Rênal a raison de son ascension sociale. Dans un étonnant retournement de valeurs, il enterre son ambition pour vivre pleinement son amour sincère. Son destin est brutalement bousculé, mais il meurt avec bravoure.