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La passion comme ressort tragique

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Les liens entre tragédie et passion

La passion

  • « Passion » vient du verbe latin patior qui recouvre trois sens : « souffrir longuement », « supporter » et « souffrir avec soumission ».
  • L’être en proie à la passion n’est donc pas nécessairement mu par des sentiments amoureux : il subit une situation génératrice d’un grand état de souffrance.
  • L’individu éprouvant la passion ne peut lutter contre des sentiments accrus par les obstacles ou l’interdit.
  • Quelques exemples de passion en littérature :
  • l’avarice du père Grandet est décrit par Balzac comme une passion ;
  • Tristan et Iseut sont en proie à une violente passion qui les rend incapables de maîtriser leurs désirs.

La tragédie

  • La tragédie désigne étymologiquement « le chant du bouc » en référence :
  • soit aux satyres qui constituaient le cortège de Dionysos ;
  • soit à la bête sacrifiée avant les représentations théâtrales.
  • La tragédie est un poème dramatique (en vers) mettant en scène des personnages issus de l’aristocratie.
  • Elle se destine à provoquer la terreur ou susciter la pitié des spectateurs.
  • Elle accomplit ainsi la purgation des passions humaines (katharsis).
  • Le personnage de tragédie est souvent puni pour une erreur commise par un de ses aïeux, et dont il doit payer le prix.
  • Il est ainsi maudit, en proie à un destin funeste (fatum) dont aucun de ses efforts ne pourra le libérer.
  • Ainsi, la représentation de la passion amoureuse trouve naturellement sa place dans la tragédie.
  • Mu par des sentiments interdits dont l’intensité l’emporte, le héros suit une trajectoire fatale et sa lutte est vaine.

Phèdre et la passion amoureuse

  • Racine reprend les éléments du mythe antique d’abord mis en scène chez Euripide (428 av. J.-C.).
  • Dans sa préfac, l’auteur dépeint Phèdre comme l’héroïne tragique par excellence :
  • sa passion est interdite puisqu’elle aime son beau-fils ;
  • et cette passion est « fatale » puisqu’elle est inscrite dans la destinée de l’héroïne.
  • Cet amour a en effet été imposé à Phèdre par les dieux, en colère contre un de ses aïeux : Hélios, son grand-père, a révélé les amours d’Aphrodite et Arès.
  • Pasiphaé (sa mère) et Ariane (sa sœur) ont déjà subi la colère divine.
  • Phèdre rappelle ces éléments généalogiques du vers 249 au vers 258.
  • Phèdre s’inscrit ainsi dans la continuité d’une longue suite de châtiments divins dont l’instrument est le sentiment amoureux.
  • Bien que victime de sa passion, l’héroïne la vit comme un « crime ».
  • C’est ce qui permet à Racine d’affirmer que Phèdre est une pièce où la vertu est « mise en jour ».

La représentation de la passion au théâtre

  • L’acte I, scène 3 (la scène de l’aveu) est le moment clé de l’exposition.
  • Le théâtre se doit de montrer l’intériorité des personnages : ici, l’amour passionnel de Phèdre s’apparente à une maladie mortelle dont les effets dévastateurs marquent physiquement l’héroïne.
  • Dans la mise en scène de P. Chéreau, l’actrice se tient aux éléments du décor, elle est voûtée et se sert du corps d’Œnone pour ne pas tomber.
  • Au moment de la tirade qui constitue son aveu, elle s’anime en racontant sa rencontre avec Hippolyte : elle revit ces moments et reprend un semblant de forces.
  • L’amour passionnel, synonyme de honte et de culpabilité, s’accompagne de rougeurs et de larmes.
  • Un autre effet physique de la remémoration de l’amour est la sensation de froid : « J’aime… À ce nom fatal, je tremble, je frissonne. »
  • Les tragédies de Racine sont épurées et se caractérisent par la rareté des didascalies, accordant ainsi la primauté aux paroles des personnages.
  • Plusieurs éléments textuels servent la violence de la passion :
  • les antithèses traduisent un feu intérieur qui consume Phèdre (rougir/pâlir – transir/brûler) ;
  • la métaphore filée du feu (brûler d’amour) est récurrente dans les propos de Phèdre ;
  • Des contradictions apparaissent traduisant une aspiration double : se libérer d’un amour coupable ; mais revoir celui qui le lui inspire.
  • La distribution de la parole entre les personnages d’une même scène traduit leurs relations et l’évolution de celles-ci ainsi que leurs émotions propres :
  • dans la scène 3 de l’acte I, c’est d’abord la nourrice qui s’exprime le plus car elle veut persuader sa maîtresse de se confier à elle ;
  • puis le renversement s’opère à partir du vers 246 : la parole s’équilibre entre les deux femmes.
  • enfin, le renversement est complet au vers 269 : la tirade de Phèdre occupera 47 vers sans qu’Œnone ne l’interrompe.
  • La fonction dramatique de cet aveu est double :
  • il sert la scène d’exposition :
  • mais c’est aussi lui qui va déclencher le dénouement fatal.
  • Ici, l’unité de lieu va symboliser l’état d’enfermement dans lequel se retrouve un personnage passionné, obsédé par une seule idée ou par un sentiment qui le domine et dont il ne peut s’échapper.