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La passion comme ressort tragique

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Introduction :

L’amour passionnel est un thème récurrent dans la littérature et au cinéma. Interdit par les règles et les conventions sociales ou compromis par l’absence de réciprocité, il est voué à sa propre destruction et condamne souvent celui qui aime à la douleur, à la destruction et à la mort. La passion amoureuse est donc liée à l’univers tragique dans lequel le héros est confronté à des forces supérieures, dans un combat inégal entre les mortels, les dieux et les monstres. L’issue de ce combat ne peut qu’être fatale. Le théâtre racinien accorde une place centrale à la passion amoureuse ; Phèdre est une de ses héroïnes tragiques les plus célèbres.

Nous étudierons dans un premier temps ce qui relie intrinsèquement passion et tragédie et les raisons pour lesquelles l’amour passionnel est, par définition même, au cœur de l’univers tragique. Puis nous montrerons en quoi la passion de Phèdre pour Hippolyte s’inscrit dans ce registre. Enfin, à partir d’un extrait de cette pièce (Acte I, scène 3) nous montrerons les moyens dont dispose le théâtre pour représenter la passion amoureuse.

Les liens entre tragédie et passion

La passion

Pour définir la « passion », l’étude de l’étymologie se révèle indispensable.

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À retenir

« Passion » vient du verbe latin patior dont l’une des formes conjuguées est passus sum. Patior recouvre trois sens : « souffrir longuement », « supporter » et « souffrir avec soumission ».

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Astuce

Remarque :
C’est en ce sens qu’on parle de la « Passion du Christ », pour évoquer les souffrances et les supplices qui précèdent la mort de Jésus.

L’être en proie à la passion n’est donc pas nécessairement mu par des sentiments amoureux : de manière générale, il subit une situation génératrice d’un grand état de souffrance et qui peut être induite, comme dans le cas du Christ, par des agents extérieurs.

Mais la passion peut aussi être provoquée par des mouvements intérieurs, des penchants difficiles à maîtriser : on parlera ainsi pour ceux qui ne peuvent s’empêcher de jouer à des jeux d’argent de manière compulsive, quitte à se ruiner, de la « passion du jeu » selon la définition suivante.

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Définition

Passion :

La passion désigne une tendance affective caractérisée par une forte intensité et par un intérêt exclusif porté à un seul objet. Cet intérêt impérieux entraîne à sa suite la perte du sens moral et de l'esprit critique, et peut ainsi provoquer une rupture de l'équilibre psychique.

Balzac, dans son roman Eugénie Grandet, décrit l’avarice maladive du père Grandet, comme une passion :

« Son avarice s'était accrue comme s'accroissent toutes les passions persistantes de l'homme. […] La vue de l'or, la possession de l'or était devenue sa monomanie ».

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À retenir

Un amour intense et obsessionnel, qui devient le pivot et le but unique d’une existence, mérite ainsi d’être caractérisé comme une passion dans le sens où l’individu ne peut lutter contre des sentiments encore accrus par les obstacles ou l’interdit.

Le couple le plus célèbre de la littérature française est, de ce point de vue, Tristan et Iseut que lie un amour adultère, Iseut étant la promise du roi Marc que sert le chevalier Tristan. Ayant bu par mégarde le philtre d’amour réservé aux futurs époux, incapables de maîtriser leur désir, les deux amants vivront entre « âpres joies » et angoisses jusqu’à leur mort.

Tragédie

La tragédie désigne étymologiquement « le chant du bouc » sans doute par référence aux satyres, êtres mi-hommes, mi-boucs, qui constituaient le cortège de Dionysos, le dieu du théâtre. Mais aussi probablement en référence à l’acte de sacrifice fait avant le début de la représentation : le chant du bouc ferait référence aux plaintes de l’animal mené à l’autel sacrificiel.

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Définition

Tragédie :

La tragédie est un poème dramatique d’un genre noble mettant en scène des personnages illustres ou issus de l’aristocratie. Elle représente une action destinée à provoquer la terreur ou susciter la pitié par le spectacle des passions humaines et de leurs conséquences funestes.

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À retenir

La tragédie a été définie par le philosophe grec Aristote dans sa Poétique comme un genre poétique destiné à accomplir la purgation des passions humaines (katharsis) par l’entremise de la pitié et de la crainte ressenties par le spectateur qui s’identifie au héros et se trouve ainsi libéré de ses propres passions condamnables et inavouables.

Le personnage de tragédie, qui, comme tout un chacun, n’est pas entièrement vertueux ni juste, se retrouve dans le malheur, non pas à cause de ses vices ou de sa méchanceté, mais du fait d’une erreur, souvent commise par un de ses aïeuls, et dont il doit payer le prix. Il se retrouve ainsi damné et maudit, en proie à un destin funeste (fatum) dont aucun de ses efforts ne pourra le libérer.

  • Ainsi, la représentation de la passion amoureuse trouve naturellement sa place dans la tragédie. Mu par des sentiments interdits dont l’intensité l’emporte, le héros suit une trajectoire fatale et sa lutte est vaine.

Phèdre est une des héroïnes tragiques qui met bien en évidence ce lien entre tragédie et amour passionnel.

Phèdre et la passion amoureuse

Phèdre

Le personnage de Phèdre apparaît d’abord chez Euripide, l’un des trois grands dramaturges grecs (vers 480 av. J.-C.-406 av. J.-C.). Deux pièces de cet auteur traitaient de ce mythe mais une seule a été conservée : Hippolyte porte-couronne (428 av. J.-C.). Le jeune héros Hippolyte, fils de Thésée, y est poursuivi par la haine d’Aphrodite qui lui reproche de préférer à ses autels ceux d’Artémis : autrement dit, d’être, malgré sa jeunesse, sa force et sa beauté, plus enclin aux plaisirs de la chasse qu’à ceux de l’amour. D’abord sous le titre Phèdre et Hippolyte (en 1677), puis sous celui de Phèdre (en 1687), Jean Racine reprend les éléments de ce mythe antique.

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À retenir

La lecture de la préface est très éclairante ; Racine y montre que Phèdre est l’héroïne tragique par excellence : sa passion est interdite puisqu’elle aime son beau-fils, ce qui est considéré comme un inceste ; de plus, cette passion est « fatale » puisqu’elle est inscrite dans la destinée de l’héroïne.

« [Le caractère de Phèdre] a toutes les qualités qu'Aristote demande dans le héros de la tragédie, et qui sont propres à exciter la compassion et la terreur. En effet, Phèdre n'est ni tout à fait coupable, ni tout à fait innocente. Elle est engagée, par sa destinée et par la colère des dieux, dans une passion illégitime, dont elle a horreur toute la première. »

Cet amour a été imposé à Phèdre par les dieux en colère. Or, elle n’est personnellement pas responsable de la faute à l’origine de ce courroux divin. Sur ce point, la généalogie de l’héroïne nous éclaire.

Une descendance maudite

IMG01 Arbre généalogique de Phèdre

Comme le montre cet arbre généalogique, Phèdre est la petite fille du dieu Soleil. Elle évoque ce grand-père maternel aux vers 172 : « Soleil, je te viens voir pour la dernière fois » et 1 274 : « …de ce sacré soleil dont je suis descendue ? ».

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Rappel

Or, c’est le Soleil qui a commis la faute dont sa descendance est entachée : il a éclairé les amours coupables d’Aphrodite et d’Arès.

  • Pasiphaé, la mère de Phèdre, avait déjà subi les conséquences d’une colère divine : après avoir promis à Poséidon le sacrifice d’un animal hors du commun, Minos (l’époux de Pasiphaé), avait finalement gardé pour lui un taureau blanc sorti de la mer et préféré en offrir un autre, moins beau, au dieu. Pour se venger, Poséidon avait inspiré à son épouse un amour hors norme pour ce taureau auquel elle s’unit, donnant naissance au fameux Minotaure. Mais Aphrodite avait déjà à voir avec cette malédiction puisque c’est elle qui inspire l’amour comme le rappelle Phèdre elle-même aux vers 249-250 : « Ô haine de Vénus ! Ô fatale colère ! Dans quels égarements l’amour jeta ma mère ! »
  • Dans le même passage (vers 253-254), Phèdre cite également le cas de sa sœur Ariane, elle aussi victime d’Aphrodite : « Ariane, ma sœur ! de quel amour blessée vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée ? ». Pour rappel, c’est avec l’aide d’Ariane que Thésée, roi d’Athènes, put tuer le Minotaure ; en effet, celle-ci lui permit de retrouver la sortie du labyrinthe où le monstre vivait, en tenant, à la sortie de l’édifice conçu par Dédale, un fil auquel Thésée était relié. De retour vers sa patrie, Thésée abandonna Ariane sur une île. Si certaines versions du mythe racontent qu’Ariane fut sauvée par Dionysos dont elle devint l’épouse, d’autres relatent la mort de la jeune femme sur son île. C’est à cette dernière version, plus tragique, que Racine se réfère pour sa pièce car elle montre davantage le poids du fatum que les dieux font peser sur une famille entière.
  • Phèdre s’inscrit ainsi dans la continuité d’une longue suite de châtiments divins dont l’instrument est le sentiment amoureux : « Puisque Vénus le veut, de ce sang déplorable (= famille) / Je péris la dernière et la plus misérable. » (vers 257-258).

Dans sa préface, Racine précise que Phèdre n’est pas tout à fait innocente mais il ajoute : « J'ai même pris soin de rendre Phèdre un peu moins odieuse qu'elle ne l'est dans les tragédies des anciens, où elle se résout d'elle-même à accuser Hippolyte. »

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Attention

En effet, chez Euripide, c’est Phèdre qui décide d’accuser son beau-fils d’avoir voulu la séduire ; Racine, lui, fait naître cette idée dans la l’esprit inquiet d’Œnone, la nourrice, qui parle en ces termes à sa maîtresse : « Osez l'accuser la première / Du crime dont il peut vous accuser aujourd'hui. » (vers 886-887)

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À retenir

Le tort de Phèdre est de laisser faire Œnone, sans combattre ce projet qui provoquera sa perte. C’est à cause de cette accusation mensongère que Thésée soulèvera contre son fils la colère de Neptune : Hippolyte sera englouti avec son char par un monstre marin sorti des flots. Phèdre se suicidera quand elle apprendra la nouvelle de cette mort tragique.

C’est ce qui permet à Racine d’affirmer que Phèdre est une pièce où la vertu est « mise en jour ».

« Les moindres fautes y sont sévèrement punies ; la seule pensée du crime y est regardée avec autant d'horreur que le crime même ; les faiblesses de l'amour y passent pour de vraies faiblesses ; les passions n'y sont présentées aux yeux que pour montrer tout le désordre dont elles sont cause ; et le vice y est peint partout avec des couleurs qui en font connaître et haïr la difformité. »

Phèdre, bien que victime de sa passion, la vit comme un « crime ». Au début de la pièce, elle se laisse mourir, obstinément silencieuse, et dévorée par ce secret honteux. « Lorsqu'elle est forcée de la découvrir, elle en parle avec une confusion qui fait bien voir que son crime est plutôt une punition des dieux qu'un mouvement de sa volonté. »

La « confusion » dont parle Racine est un des signes des tourments intérieurs de la passion et montrer leurs effets sur un personnage est un des moyens dont dispose le théâtre pour donner à voir la passion tragique. Pour étudier ces différents moyens, nous nous appuierons sur l’acte I, scène 3 de Phèdre.

La représentation de la passion au théâtre

En 2003, Patrice Chéreau mettait en scène une Phèdre interprétée par Dominique Blanc. Le jeu remarquable de cette comédienne servira ici notre analyse. L’extrait étudié est visible ici.

Les effets physiques de la passion

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À retenir

Le théâtre, spectacle visuel, se doit de montrer l’intériorité des personnages. Dans le cas de Phèdre, l’amour passionnel s’apparente à une maladie mortelle dont les effets dévastateurs marquent physiquement l’héroïne. Phèdre voudrait échapper par la mort à l’aveu monstrueux que sa nourrice cherche à lui extorquer (« Je meurs, pour ne point faire un aveu si funeste. » vers 226) mais son corps la trahit et constitue à lui seul un aveu précédant le discours.

L’acte I, scène 3 est le moment clé de l’exposition.

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Définition

Scène d’exposition :

Les scènes d’exposition au théâtre sont les scènes dans lesquelles les paroles des personnages permettent au spectateur de comprendre leur situation, leurs relations, leur caractère et l’intrigue de la pièce.

Dans cette scène, Phèdre est présente pour la première fois. Dès son entrée en scène, elle apparaît si dévastée qu’elle ne parvient plus à se tenir debout et continuer à marcher ; la didascalie qui accompagne sa première réplique à Œnone traduit cet épuisement physique (vers 153-157) :

« N’allons point plus avant, demeurons, chère Œnone.
Je ne me soutiens plus ; ma force m’abandonne :
Mes yeux sont éblouis du jour que je revoi,
Et mes genoux tremblants se dérobent sous moi.
Hélas !
(Elle s’assied.) »

On apprend par la nourrice que Phèdre, désespérée, n’a pas vu la lumière du jour et n’a pas mangé depuis trois jours, ce qui entraîne son affaiblissement (vers 193-194) :

« Et le jour a trois fois chassé la nuit obscure
Depuis que votre corps languit sans nourriture. »

Dans la mise en scène de Patrice Chéreau, l’actrice Dominique Blanc, se tient d’abord au mur puis à la rambarde d’une plateforme constituant le décor assez nu de la scène. On remarque aussi qu’elle ne se tient pas droite, qu’elle est souvent voûtée et se sert du corps d’Œnone comme d’un appui avant de tomber accroupie. Puis elle s’anime à nouveau en se lançant dans la tirade qui constitue son aveu : en racontant sa rencontre avec Hippolyte, elle revit ces moments et reprend un semblant de forces.

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Définition

Tirade :

Une tirade est une longue réplique ininterrompue d’un personnage de théâtre en présence d’un ou d’autres personnages.

L’amour passionnel, synonyme de honte et de culpabilité, s’accompagne de rougeurs et de larmes. L’actrice Dominique Blanc apparaît ainsi les yeux mouillés et noircis par son maquillage qui a coulé.

« Œnone, la rougeur me couvre le visage :
Je te laisse trop voir mes honteuses douleurs ;
Et mes yeux malgré moi se remplissent de pleurs. »
(vers 182-184)

De même, elle croise les bras au-dessus de ses yeux pour cacher sa honte. On notera aussi que son regard est fuyant ; elle évite de regarder en face Œnone qui l’écoute. Un autre effet physique de la remémoration de l’amour est la sensation de froid :

« J’aime… À ce nom fatal, je tremble, je frissonne. »
(vers 261)

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À retenir

Le souvenir des effets corporels du coup de foudre ressenti par Phèdre à la vue d’Hippolyte occupe une place importante dans l’aveu de l’héroïne. Ses propos sont alors caractérisés par un ensemble d’antithèses traduisant le trouble : un feu intérieur qui la consume (rougir/pâlir – transir/brûler).

« Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
Je sentis tout mon corps et transir et brûler » 
(vers 273-276)

La galanterie, courant esthétique en vogue dans la vie de cour au XVIIe siècle, utilise certaines images raffinées pour décrire les sentiments amoureux.

« J’ai pris la vie en haine, et ma flamme en horreur ;
Je voulais en mourant prendre soin de ma gloire,
Et dérober au jour une flamme si noire. »
(vers 308-310)

  • Racine les reprend mais leur donne une dimension matérielle : brûler d’amour devient alors une réalité. La métaphore filée du feu est récurrente dans les propos de Phèdre.

Les mouvements contradictoires

Des contradictions apparaissent aussi dans les pensées monstrueuses de Phèdre, traduisant chez elle une aspiration double : se libérer de son amour coupable mais revoir celui qui le lui inspire. Or, ces deux désirs sont incompatibles. Œnone ne la comprend d’ailleurs pas quand, tout de suite après avoir annoncé et souhaité sa mort (« Soleil, je te viens voir pour la dernière fois ! ») elle rêve de forêts, lieux fréquentés par Hippolyte qu’elle ne nomme pas (vers 176-178) :

« Dieux ! que ne suis-je assise à l’ombre des forêts !
Quand pourrai-je, au travers d’une noble poussière,
Suivre de l’œil un char fuyant dans la carrière ? »

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À retenir

Les tragédies de Racine sont épurées et se caractérisent entre autres par la quasi rareté des didascalies. Cette absence d’indications scéniques offre aux metteurs en scène une grande liberté et accorde la primauté aux paroles des personnages.

Dans sa mise en scène, Patrice Chéreau traduit ces contradictions, indices d’un grand trouble mental, par des variations de ton de la locutrice qui tantôt hurle sa fureur, tantôt baisse le ton, ce qui révèle la torture liée à l’aveu.

La parole retenue puis libérée

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À retenir

La distribution de la parole entre les personnages d’une même scène est particulièrement signifiante au théâtre. Elle traduit leurs relations et l’évolution de celles-ci ainsi que leurs émotions propres.

Dans la scène 3 de l’acte I, c’est d’abord la nourrice qui s’exprime le plus car elle veut persuader sa maîtresse de se confier à elle ; Phèdre s’exprime alors sur le mode de l’allusion, et de la plainte. Puis le renversement s’opère à partir du vers 246 (« tu le veux. Lève-toi ») ; les deux femmes alors se partagent le temps de parole de manière assez équilibrée car Phèdre s’est décidée à faire ses aveux. Enfin, le renversement est complet au vers 269 : la tirade de Phèdre occupera 47 vers sans qu’Œnone ne l’interrompe.

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À retenir

La parole de Phèdre se déverse car elle constitue pour elle une libération. Mais en fait la fonction dramatique de son aveu est double car c’est aussi lui, moteur de l’action, qui va déclencher le dénouement fatal.

En effet, si Œnone n’avait pas eu connaissance du nom d’Hippolyte, elle ne l’aurait pas calomnié auprès de Thésée pour sauver Phèdre. Elle pense alors bien faire : pour elle, il vaut mieux accuser le jeune homme de sentiments coupables sans attendre qu’il le fasse à l’encontre de sa belle-mère. Suite à cette diffamation, Hippolyte sera donc tué par un monstre envoyé par Neptune (Poséidon). La mort de Phèdre suivra de peu.

L’unité de lieu

Le théâtre classique est caractérisé par l’unité de lieu : l’action représentée doit se dérouler en une seule journée et dans un lieu unique, en général une pièce neutre comme une antichambre, lieu de passage où il est vraisemblable que se croisent des personnages variés. Cette unité de lieu, respectée par Patrice Chéreau, symbolise avec une grande force l’état d’enfermement dans lequel se retrouve un personnage passionné, obsédé par une seule idée ou par un sentiment qui le domine et dont il ne peut s’échapper.

Conclusion :

Phèdre incarne donc parfaitement l’héroïne tragique au théâtre et les relations intrinsèques entre passion et tragédie. Mais elle reste aussi une héroïne typiquement racinienne dans le sens où sa passion, inspirée par les dieux, est représentée comme un mal qui la détruit aussi bien mentalement que physiquement. La tragédie racinienne offre donc aux metteurs en scène contemporains la liberté de moderniser et d’exploiter toutes les ressources du théâtre, art du langage mais aussi spectacle visuel où le corps des comédiens est un moyen d’expression puissant au même titre que la parole.