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Le héros de l'Antiquité

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Introduction :

En grec le mot herôs signifie « demi-dieu ». Le héros antique présente souvent un aspect idéal, mais la définition exacte ne peut être établie puisqu’elle varie selon les œuvres : à chaque œuvre son héros. Toutefois, il existe des constantes. Nous pouvons donc nous demander : qu’est-ce qu’agir en héros et qu’attend-on d’un héros antique ?

Nous verrons dans un premier temps que le héros dans l’Antiquité se montre souvent extraordinaire par ses qualités et ses capacités. Puis nous apprendrons qu’il possède également des caractéristiques humaines et peut exprimer ses faiblesses. Enfin nous étudierons le héros au service des autres, celui qui est capable de se sacrifier.

Un héros hors-norme

Dans la mythologie grecque et romaine les héros sont souvent des demi-dieux, c’est-à-dire qu’ils sont le fruit de l’union entre un dieu ou une déesse et un(e) mortel(le). Tel est le cas d’Achille, fils du roi Pélée et de la nymphe Thétis, héros de l’Iliade d’Homère. L’Iliade est une épopée de la Grèce antique, écrite en vers, entre 850 et 750 avant J.-C.

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Définition

Nymphe :

Une nymphe est une déesse de rang inférieur, elle se trouve dans la forêt, les rivières, la montagne et la mer.

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Définition

Épopée :

Une épopée est un long récit racontant des exploits héroïques.

Elle prend pour thème central la guerre de Troie, dans laquelle s’illustrent de grands héros tels que Achille, Ajax, Hector et Patrocle. Dans l’extrait suivant, Achille part combattre Hector à Troie, parce qu’il a tué son meilleur ami et cousin Patrocle. La Déesse Thétis lui apporte ses armes.

« Ayant ainsi parlé, la Déesse les déposa devant Achille, et les armes merveilleuses résonnèrent. La terreur saisit les Myrmidons1, et nul d’entre eux ne put en soutenir l’éclat, et ils tremblèrent ; mais Achille, dès qu’il les vit, se sentit plus furieux, et, sous ses paupières, ses yeux brûlaient, terribles, et tels que la flamme. […] Ses dents grinçaient, et ses yeux flambaient comme le feu, et une affreuse douleur emplissait son cœur ; et, furieux comme les Troyens, il se couvrit des armes que le dieu Héphaïstos2 lui avait faites. »

1 Myrmidons : peuple mythique de la Grèce antique, ils font la guerre de Troie sous les ordres d’Achille.
2 Héphaïstos : dans la mythologie grecque, il est le dieu de la forge et des volcans.

Thétis donne à son fils Achille ses armes nouvellement forgées par Héphaïstos, détail d'une hydrie attique à figures noires, vers. 575 et 550 av. J.-C., musée du Louvre Thétis donne à son fils Achille ses armes nouvellement forgées par Héphaïstos, détail d'une hydrie attique à figures noires, vers. 575 et 550 av. J.-C., musée du Louvre

Cet extrait permet de constater qu’Achille n’est pas un héros comme les autres, puisqu’une déesse lui apporte des « armes merveilleuses » qu’un autre dieu lui a fabriquées. Il est donc entouré de dieux. De plus, ses sentiments humains s’expriment de façon extraordinaire. On peut remarquer le champ lexical du feu et de la lumière, caractéristique des dieux, avec les termes « éclat », « brûlaient », « flamme », « flambaient », « feu ».

Le sentiment qui anime ici Achille est une extrême colère. Il a un désir ardent de se venger. Sa colère est telle qu’elle inspire de la « terreur » au peuple des Myrmidons qui « trembl [e] ». L’adjectif « furieux » est répété et ses « dents grinç[ent] ».

Mais il souffre aussi de la perte de son ami Patrocle, c’est d’ailleurs ce qui anime sa rage, puisqu’il est dit qu’« une affreuse douleur emplissait son cœur ».

La fin du texte prépare le combat qui va avoir lieu, le héros prend les armes. Il donne l’image d’un héros vengeur, prêt à se battre et hors du commun.

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À retenir

Le héros antique est combatif, extraordinaire et inspire la frayeur lorsqu’il se prépare à faire la guerre. Il est tel qu’on peut l’imaginer, un héros hors-norme capable de choses extraordinaires.

Mais quelquefois le héros ne se comporte pas tel qu’on pourrait s’y attendre et peut avoir des réactions surprenantes.

Des héros imparfaits

Les héros peuvent se montrer imparfaits et contredire nos attentes.
Dans l’extrait suivant de l’Iliade d’Homère, Achille, aux portes de la ville de Troie, souhaite venger la mort de Patrocle et demande à Hector un duel. Alors qu’Achille vient de porter le coup fatal à Hector, celui-ci réclame le droit d’être rendu à sa mère une fois mort afin qu’elle puisse le pleurer et qu’il soit enterré. Voici ce que répond Achille :

« Non, chien, ne me supplie ni par mes genoux, ni par mes parents […] ; non, quoi qu’on fasse, ta digne mère ne te placera pas sur un lit funèbre, pour pleurer celui qu’elle a mis au monde, et les chiens, les oiseaux te dévoreront tout entier. »

  • Achille refuse donc la supplication d’Hector.
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Définition

Supplication :

Une supplication est le fait d’implorer quelqu’un, de le supplier.

La répétition de l’adverbe « non », associée à la double négation « ni…ni… » ainsi que l’emploi du futur de l’indicatif des verbes « placera », et « dévoreront » affirment la position intransigeante du héros. En effet, l’emploi du futur indique qu’Achille déclare avec certitude et fermeté que les choses se passeront ainsi. De plus, on peut remarquer sa cruauté face à un homme mourant. En effet, il ne se contente pas de lui refuser sa demande, il lui peint un tableau effrayant et pathétique, en déclarant que sa mère ne pourra pas « pleurer celui qu’elle a mis au monde » et que « les chiens, les oiseaux [le] dévoreront tout entier ».

  • La réponse d’Achille est surprenante. On attendrait plutôt de la clémence venant de ce héros.
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Définition

Clémence :

La clémence est une qualité qui consiste à savoir pardonner et à adoucir un jugement.

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À retenir

Le héros antique peut donc se montrer cruel et ne pas avoir un comportement exemplaire.

Le héros antique peut également montrer ses faiblesses. Dans l’Odyssée d’Homère, Ulysse en proie à la nostalgie s’effondre. En effet, la nymphe Calypso, qui retient Ulysse prisonnier sur son île, le force à rester auprès d’elle.

« Quand elle le trouva, il était sur le cap, toujours assis, les yeux toujours baignés de larmes, perdant la douce vie à pleurer le retour. C’est qu’il ne goûtait plus les charmes de la nymphe ! La nuit, il fallait bien qu’il rentrât près d’elle, au creux de ses cavernes : il n’aurait pas voulu : c’est elle qui voulait ! Et il passait les jours, assis sur les rochers du rivage, tout secoué de larmes, de sanglots, de chagrin ; il regardait la mer stérile en versant des larmes. »

On peut voir dans cet extrait le champ lexical des pleurs avec les termes « larmes » répétés à trois reprises, « sanglots », et « chagrin ». Les exclamations « C’est qu’il ne goûtait plus les charmes de la nymphe ! » et « il n’aurait pas voulu : c’est elle qui voulait ! » soulignent le profond désarroi d’Ulysse. L’effondrement en pleurs d’Ulysse n’est pas ce à quoi l’on s’attendrait venant d’un héros aussi légendaire.

  • Le héros antique est humain et fait face à ses émotions.
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À retenir

Ainsi le héros dans l’Antiquité peut présenter des failles, il peut se montrer cruel, ou être en proie au désespoir. En somme, il est à l’image de l’Homme, imparfait.

Le héros antique peut également porter des valeurs universelles, c’est-à-dire qu’il représente des valeurs qui le dépassent et qui servent à la communauté.

Des héros aux valeurs universelles

Antigone est une tragédie grecque de Sophocle, elle a été écrite aux environs de 441 av. J.-C.

Créon, roi de la cité de Thèbes, interdit à quiconque d’enterrer le corps de son neveu Polynice, considéré comme traître. Antigone, nièce de Créon et sœur de Polynice, décide d’aller contre l’interdiction du roi et d’enterrer son frère au péril de sa propre vie. Dans l’extrait suivant, Antigone a tenté d’enterrer son frère malgré la loi de Créon l’interdisant. Celui-ci l’interroge sur son acte :

« CRÉON :
Connaissais-tu mon édit1 ?

ANTIGONE :
Comment ne l’aurais-je pas connu ? Il était public.

CRÉON :
Et tu as osé passer outre à mon ordonnance ?

ANTIGONE :
Oui, car ce n’est pas Zeus qui l’a promulguée, et la Justice qui siège auprès des dieux de sous terre n’en a point tracé de telles parmi les hommes. Je ne croyais pas, certes, que tes édits eussent tant de pouvoir qu’ils permissent à un mortel de violer les lois divines : lois non écrites, celles-là, mais intangibles2. Ce n’est pas d’aujourd’hui ni d’hier, c’est depuis l’origine qu’elles sont en vigueur, et personne ne les a vues naître. Leur désobéir, n’était-ce point, par un lâche respect pour l’autorité d’un homme, encourir la rigueur des dieux ? […] Si j’avais dû laisser sans sépulture un corps que ma mère a mis au monde, je ne m’en serais jamais consolée ; maintenant, je ne me tourmente plus de rien. »

1 Un édit est une loi.
2 L’adjectif intangible signifie qu’on ne peut toucher, qui est impalpable.

Antigone et Polynice, Benjamin Constant, Musée des Augustins, 1806 Antigone et Polynice, Benjamin Constant, Musée des Augustins, 1806

Antigone explique ici à Créon les raisons qui l’ont poussée à désobéir à la loi de la cité. On pourrait être étonnés de tant de franchise. Elle ose s’opposer au roi et lui expose son point de vue. Les « lois divines » qu’évoque Antigone sont en fait le devoir de sépulture à un mort. Elle devait enterrer son frère. Cette loi est, selon Antigone, supérieure à celle de Créon. Elle commence par mettre sur un même plan Zeus et Créon en les comparant ironiquement :

« Je ne croyais pas, certes, que tes édits eussent tant de pouvoir qu’ils permissent à un mortel de violer les lois divines »

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Définition

Ironie :

L’ironie est un procédé comique qui consiste à dire le contraire de sa pensée.

De plus, elle ne se contente pas de faire part de son avis, elle argumente. En effet, pour Antigone les « lois divines » sont antérieures au roi :

« C’est depuis l’origine qu’elles sont en vigueur, et personne ne les a vues naître. »

Elle poursuit en amenant Créon à s’interroger sur sa propre loi :

« Leur désobéir, n’était-ce point, par un lâche respect pour l’autorité d’un homme, encourir la rigueur des dieux? »

Antigone termine en faisant part de ses sentiments. Elle se serait sentie coupable de laisser son frère sans sépulture et fait appel à l’empathie de Créon avec l’évocation de la mère :

« Si j’avais dû laisser sans sépulture un corps que ma mère a mis au monde ».

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Définition

Empathie :

C’est le fait pour un individu de comprendre et ressentir les émotions et sentiments des autres, de les partager.

Antigone présente ses arguments bien qu’elle ait accepté son sort. Elle sait qu’elle va mourir. Elle n’agit pas pour elle, mais au nom de son devoir envers son frère. Elle se doit d’accomplir les rites funéraires.

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À retenir

Antigone apparaît ici comme une héroïne déterminée, animée par le devoir des vivants envers les morts.

Conclusion :

Le héros antique s’illustre dans un environnement merveilleux qui le met en valeur et raconte ses exploits épiques. Il possède de multiples facettes, bien qu’il présente certains traits caractéristiques comme le courage, la force et la combativité. Il est hors-norme mais également humain lorsqu’il laisse paraître ses défauts ou ses faiblesses. C’est pourquoi il est demi-dieu : à la fois parfait et imparfait. Il représente ainsi un idéal pour l’Homme, tout en révélant la faille qui subsiste en lui, comme en chaque homme.