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Les frontières, des espaces dynamiques qui dépassent le territoire des États

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Ce cours est en cours de création par nos équipes et il sera prêt pour la rentrée 2019 💪

Introduction :

Les frontières, par leur fonction de délimitation, constituent aussi des points de passage, d’échanges de nature variée, et donc des zones stratégiques pour les États qu’elles délimitent.

Ces territoires très spécifiques constituent de véritables interfaces entre les États, que ce soit d’un point de vue politique, économique, social ou encore culturel

Afin de mieux appréhender les dynamiques des espaces transfrontaliers, nous aborderons dans un premier temps les stratégies de coopération entre les États à l’œuvre sur les frontières, puis nous nous intéresserons aux caractéristiques de la mobilité dans les espaces transfrontaliers.

Les frontières, des interfaces dynamiques à l’origine de la coopération entre États

La coopération transfrontalière et les Eurorégions

La frontière délimite et sépare mais elle est aussi le lieu d’échanges de natures différentes lorsqu’elle est ouverte et qu’elle joue le rôle d’interface.

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Définition

Interface :

Zone de contact entre deux espaces.
Elle met en relation deux ensembles géographiques distincts (exemple : le littoral est l’interface entre la mer et le continent).

Des États développent des stratégies de coopérations territoriales dans un espace situé de part et d’autre d’une frontière commune.

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À retenir

Les territoires transfrontaliers, en plus des échanges commerciaux, contribuent au développement des villes et solidifient les liens entre les États.

C’est le cas des Eurorégions (exemples : Galice-Nord du Portugal, Nouvelle-Aquitaine-Euskadi-Navarre) qui ont augmenté la perméabilité des frontières.
Elles favorisent la création d’entreprises innovantes et compétitives ou la protection de l’environnement. Les Groupements européens de coopération territoriale (GECT) facilitent la coopération et les échanges entre les membres de l’Eurorégion à travers la mise en place de projets communs. Pour ce faire, ils les dotent d’une seule entité juridique associée à un budget et à un personnel dédié.

Enfin, pour favoriser la coopération entre régions européennes, la Commission européenne a mis en place les programmes Interreg, qui définissent des solutions communes dans les domaines du développement économique rural, urbain et côtier et de la gestion de l’environnement. Le programme actuel Interreg V concerne la période 2014-2020 pour un montant de 7,5 milliards d’euros.
Inauguré en septembre 2014, l’hôpital de Cerdagne est un exemple révélateur de coopération transfrontalière, puisqu’il est le premier hôpital binational d’Europe à la frontière franco-espagnole, avec un personnel et des patients des deux nationalités. Il couvre une population répartie sur 53 communes, dont 36 françaises et 17 espagnoles.

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Des villes frontières attractives aux fonctions multiples

L’effet d’attraction de la frontière favorise l’urbanisation des espaces frontaliers.

Les villes situées à proximité des frontières ont des fonctions différentes.

  • La ville frontière qui est coupée par une frontière-barrière (comme Nicosie à Chypre) ou qui l’a été dans son histoire (comme Berlin, de 1961 à 1989, avec la porte de Brandebourg encore visible aujourd’hui), voit ses fonctions urbaines dédoublées de part et d’autre de la ligne séparatrice.
    De nos jours, les villes frontières ont en commun un rôle de plateforme multimodale de redistribution des flux : elles sont des points d’accès aux territoires des États par leurs nœuds de transit (gares routières et ferroviaires, aéroports, ports). Les villes-frontières mettent donc en jeu des mobilités légales et illégales, à l’exemple de la vallée de la Roya dans les environs de Nice, passage de l’Italie vers la France où les habitants sont venus en aide aux migrants malgré les interdictions et la surveillance de la police. Ils ont été jugés fin 2018 pour avoir secouru et nourri des réfugiés.

  • Les villes-jumelles (twin cities) se développent de part et d’autre de la frontière en fonction des intérêts des États frontaliers qui pratiquent des activités économiques complémentaires.
    L’exemple de la frontière américano-mexicaine illustre la complexité de ces intérêts étatiques différents en tant qu’interface entre des territoires aux niveaux de développement très contrastés. L’aire urbaine internationale de San Diego (Californie) et Tijuana (Mexique) est la plus grande agglomération transfrontalière partagée entre les États-Unis et le Mexique. La population de la conurbation est estimée à plus de 3 millions d’habitants en 2019. Côté mexicain, l’activité économique attractive s’articule autour des secteurs de l'industrie manufacturière (aéronautique, médecine et électronique) ; du côté de San Diego, on développe les biotechnologies (sciences et technologies appliquées au vivant, telles que les OGM), les start-up (jeunes entreprises innovantes) médicales et la cybersécurité.

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Définition

Conurbation :

Ensemble urbain constitué de plusieurs noyaux urbains dont les banlieues finissent par se rejoindre.

  • L’agglomération transfrontalière résulte de l’association de communes situées dans des États différents à l’exemple de la communauté d'agglomération des Trois Frontières (dite CA3F). Elle inclut le sud du département du Haut Rhin dans la région Grand-Est, Bâle en Suisse et la région de Weil am Rhein en Allemagne.
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À retenir

Les villes frontières, les villes-jumelles et les agglomérations transfrontalières constituent ainsi des exemples d’organisation territoriale spécifique aux espaces transfrontaliers. Ce sont des zones attractives et qui ont un rôle important dans les échanges et les relations interétatiques.

Il apparaît alors clair que les espaces transfrontaliers sont aussi des lieux de forte mobilité humaine.

Les frontières, des interfaces dynamiques qui mettent en jeu des mobilités

Des interfaces à l’origine de flux pendulaires transfrontaliers

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À retenir

La migration pendulaire transfrontalière est révélatrice des dynamiques à la frontière.
Elle concerne les personnes qui vivent dans un pays et travaillent dans un autre.

Plus l’écart entre le salaire moyen ou la disponibilité des offres d’emploi entre deux régions transfrontalières est important, plus la région proposant un marché du travail plus favorable est susceptible d’attirer un grand nombre de travailleurs frontaliers.

  • Selon l’Insee et Eurostat, en 2017, un peu plus de 357 000 Français travaillaient à l’étranger et 438 000 y travaillaient au moins une fois par semaine. La Suisse (170 300 personnes), le Luxembourg (70 300), l’Allemagne (46 000) et la Belgique (37 800) sont les quatre principaux pays de destination. Ces flux peuvent représenter jusqu’à un tiers des actifs en emploi dans les régions frontalières françaises.

En Europe, ce sont 2 millions de personnes qui sont concernées. Ce chiffre est en très forte augmentation et a été multiplié par trois depuis 1999.

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D’autres facteurs sont à l’origine des mobilités transfrontalières dans la catégorie des flux humains légaux : les aires de loisirs et les infrastructures culturelles, les centres de formation et les centres de santé, les grandes surfaces commerciales et le prix des marchandises ou des services, les associations transfrontalières, la connaissance réciproque de la langue du voisin ou encore les mariages mixtes expliquent ces mobilités.

Des interfaces qui reflètent un différentiel de développement

Les relations frontalières ne se passent pas toujours dans un esprit de « bon voisinage », que ce soit au niveau de la coopération ou des mobilités.

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À retenir

Lorsque des territoires présentent des caractéristiques économiques, culturelles et sociales différentes, leur séparation par une frontière peut les amener à entretenir des relations très asymétriques.

Cette asymétrie (ou différentiel) entre deux pays frontaliers peut être de nature économique (écart de prix, de salaires), démographique (main-d’œuvre disponible), politique (différentiel de normes fiscales) ou culturelle (pratiques ou valeurs).

Elle entraîne le développement d’une véritable économie frontalière : des entreprises viennent s’installer, attirées par le coût de la main-d’œuvre ou par la fiscalité. Cette économie frontalière, qui peut s’avérer formelle ou informelle (flux légaux/illégaux), est exploitée par différents acteurs, légaux ou illégaux.
Les travailleurs frontaliers, par exemple, bénéficient de l’avantage financier de vivre d’un côté de la frontière et de travailler de l’autre ; la fiscalité bénéficie aux États et aux collectivités territoriales ou les désavantage. Enfin, les entreprises délocalisent leur production, comme le montre l’exemple de la maquiladora à la frontière américano-mexicaine.

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Définition

Maquiladora :

Usine de montage qui assemble des biens importés destinés à être exportés en bénéficiant d’une exemption de droits de douane.

Ces usines d’assemblage, créées en 1965, ont profité d’exonérations temporaires des droits de douane pour produire à moindre coût des marchandises à partir de composants importés et, plus indirectement, pour limiter l’immigration vers les États-Unis. Cependant, 1 million d’emplois sont aujourd’hui menacés par la concurrence chinoise.

La frontière américano-mexicaine a fait naître une région transfrontalière organisée autour de nombreux échanges, générant parfois de la violence. Cette situation est notamment due à la double nature de cette frontière, à la fois espace de contacts et barrière de plus en plus contrôlée avec l’annonce par le président Trump de la construction d’un mur séparateur pour ralentir l’immigration clandestine (renforçant ainsi le Homeland Security Act de 2002).

Cette frontière est marquée par une migration mexicaine et latino-américaine massive, notamment clandestine : de mars à mai 2018, plus de 150 000 migrants illégaux ont été appréhendés à la frontière américano-mexicaine, selon les autorités américaines. Environ 15 % de ces clandestins arrivent en famille et 8 % sont des mineurs non accompagnés.

À la frontière entre la Guyane française et le Surinam, sur le fleuve Maroni, le différentiel frontalier est également visible.
Chaque jour, des milliers de pirogues tentent de traverser le fleuve pour arriver sur le territoire français et tenter leur chance dans l’orpaillage et gagner ainsi plus que dans leur pays d’origine. Chaque année, plus de 8 000 clandestins sont interpelés.

Conclusion :

Les territoires transfrontaliers sont des interfaces dynamiques et stratégiques pour les États.

Ces espaces sont l’enjeux de coopérations interétatiques desquelles découlent des organisations territoriales particulières, parfois fondées sur des projets communs, comme cela est le cas dans le cadre de l’Union européenne.

Les frontières, par leur fonction de lieu d’échange, sont des lieux attractifs et soumis à une forte urbanisation. Les agglomérations des territoires transfrontaliers se construisent et s’organisent donc au regard des spécificités de la frontière et de ses fonctions à la fois de barrière et de lieu d’échange.

La mobilité humaine est marquée par de nombreux flux pendulaires transfrontaliers qui dynamisent ces territoires.
Toutefois, les relations entre États aux frontières ne sont pas toujours équilibrées et peuvent être compliquées par le différentiel de développement frontalier qui témoigne des disparités économiques entre les territoires.