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Les sociétés en guerre : des civils acteurs et victimes de la Première Guerre mondiale

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Introduction :

Si on parle de la Première Guerre mondiale comme étant une rupture dans l’histoire européenne, le premier conflit mondial, on dit également qu’elle est la première guerre totale de l’Histoire.
Afin de comprendre pourquoi, nous verrons dans une première partie que la Première Guerre mondiale entraîne une mobilisation des sociétés sans précédent. La seconde partie et la troisième partie de ce cours permettront de se pencher sur le cas des civils pendant la guerre, et les conséquences de leur mobilisation.

Une guerre totale par l’engagement des nations : une mobilisation des sociétés sans précédent

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Définition

Guerre totale :

Guerre qui ne se limite plus aux champs de bataille mais qui mobilise aussi l’ensemble d’une société dans le but de vaincre et détruire l’ennemi. L’État joue un rôle central dans cette mobilisation totale de la société : mobilisation militaire, économique, idéologique et culturelle. Cette notion a été théorisée bien après la Première Guerre mondiale (par le général Erich Ludendorff en 1936).

Le rôle des États dans l’organisation de la mobilisation

Dans les pays impliqués par ce conflit, l’économie est entièrement tournée vers l’« effort de guerre ».

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Définition

Effort de guerre :

Mobilisation des non-combattants dans la guerre. Cette mobilisation prend des formes très diverses et vise à soutenir les forces militaires qui combattent sur le front. L’État joue le rôle moteur dans cet effort de guerre en réorientant l’économie vers la production d’armes et de matériel nécessaires à la guerre.

Les États jouent un rôle central dans cette nouvelle économie de guerre, intervenant de manière directe dans de nombreux domaines : reconversions d’usines dans la production d’armement (exemple : les usines Renault), organisation du ravitaillement des soldats et des civils, répartition de la main-d’œuvre (mobilisation de la population par classes d’âge). Pour financer leur effort de guerre, les États augmentent les impôts et empruntent auprès des citoyens.

La Première Guerre mondiale est ainsi la première guerre industrielle de l’Histoire : l’industrie et la science sont, en effet, mises au service de la guerre (perfectionnement des obus, mise en circulation des premiers chars d’assaut et des sous-marins, développement de nouveaux gaz asphyxiants comme le « gaz moutarde », etc.).

Le conflit s’installant dans le temps, la mobilisation des non-combattants devient un enjeu central dans la guerre : c’est le « front de l’arrière ». Pour remplacer les hommes partis combattre, les États font ainsi appel à une main-d’œuvre nouvelle composée des ressortissants des colonies et des femmes.

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Définition

Front de l’arrière :

Expression désignant les populations qui ne combattent pas (les civils) mais qui participent activement à l’effort de guerre.

Repère 1 Une guerre industrielle : la production d’obus - Christophe Clavel, Atlas de la Première Guerre mondiale, Ouest France, 2014

La mobilisation des esprits : le « bourrage de crâne » au service d’une véritable « culture de guerre »

À l’arrière, la guerre économique se double d’une guerre idéologique et psychologique. Une véritable « culture de guerre » est mise en place par les États.

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Définition

Culture de guerre :

Expression créée par les historiens français Stéphane Audoin-Rouzeau et Annette Becker. Elle regroupe « un ensemble de représentations, de pratiques, d’attitudes, de productions littéraires et artistiques qui a servi de cadre à l’investissement des populations européennes dans le conflit ». On l’associe au bourrage de crâne et à la désinformation. Elle touche toutes les catégories sociales et les classes d’âge d’une population. Son objectif est de maintenir le moral des soldats et des civils tout en diabolisant l’ennemi.

Il s’agit de justifier cette guerre très violente et meurtrière auprès des civils en diabolisant l’ennemi et en rappelant la nécessité de ce conflit : le combat de la civilisation contre la barbarie.
L’opinion publique subit alors un véritable « bourrage de crâne » dans le but d’éviter le découragement des populations.

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Définition

Bourrage de crâne :

Expression regroupant l’ensemble des activités de propagande destinées à convaincre la population de la nécessité de se mobiliser contre l’ennemi (diabolisation de l’ennemi, affirmation de la supériorité morale de son propre camp, etc.).

Les États font de la propagande et la censure contrôle les informations afin de maintenir le moral des soldats sur le front comme celui des civils à l’arrière, qui souffrent pour la plupart de pénuries.

Les civils, nouvelles victimes de la guerre totale ?

Les civils en proie à la violence de guerre

Mobilisés à l’arrière, les civils sont touchés par la violence :

  • de manière indirecte : de nombreuses familles sont confrontées au deuil (la guerre fera 600 000 veuves et 986 000 orphelins en France d’après les chiffres de la Mission Centenaire 1914-1918). Les civils subissent également de nombreuses pénuries et privations ;
  • de manière directe : bien que minoritaires et ponctuelles, les pertes civiles sont néanmoins inédites. Toute la zone du front voit des villages entiers rasés par l’artillerie ou les premiers bombardements (lors de l’invasion allemande en 1914, les villes proches du front, comme Lens, en France, sont bombardées) tandis que de nombreux habitants des zones proches du front doivent fuir les territoires où se déroulent les combats.

Le premier génocide de l’Histoire : le génocide arménien

La guerre est également à l’origine de massacres de populations civiles. C’est le cas des Arméniens, minorité chrétienne de l’Empire ottoman qui subit le premier génocide de l’Histoire en 1915.

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Définition

Génocide :

Extermination physique, intentionnelle, systématique et programmée d’un groupe ou d’une partie d’un groupe en raison de ses origines ethniques, religieuses ou nationales.

Déjà persécutés entre 1894 et 1896 (plus de 250 000 d’entre eux ont alors été massacrés sur ordre du sultan ottoman), les Arméniens sont accusés en 1915 d’être des ennemis au service de l’Empire russe. La guerre sert alors de prétexte au gouvernement ottoman pour planifier l’élimination de la population arménienne. Celle-ci avait déjà subi des persécutions et des massacres de masse en 1894. À partir d’avril 1915, le gouvernement ottoman planifie l’élimination des Arméniens vivant dans l’Empire. Pendant que les uns sont massacrés sur place (notamment les élites arméniennes des grandes villes), les autres sont déportés et souvent exécutés durant le trajet. Près des deux tiers des Arméniens vivant dans l’Empire ottoman meurent entre 1915 et 1916, soit environ 1,2 million d’hommes, de femmes et d’enfants. L’implication des autorités dans le premier génocide de l’Histoire ne fait pas de doute : une loi de déportation et de confiscation des biens des Arméniens est notamment adoptée le 27 mai 1915.

Les conséquences de la mobilisation des civils dans la guerre : des sociétés entre traumatisme et progrès social

Des sociétés face au « grand ébranlement » de la Grande Guerre

À la suite de la Grande Guerre, les anciens pays belligérants d’Europe entrent dans une nouvelle phase de leur histoire. Non seulement ces sociétés ont perdu une grande partie de leurs forces vives (cette « génération du feu » concerne avant tout des hommes jeunes qui représentaient la principale force de travail des États), mais elles sortent également traumatisées par cette guerre violente et interminable. C’est également une génération du deuil. La principale conséquence de cette surmortalité est le déficit de naissances dans les sociétés européennes. La pyramide des âges en France et en Allemagne laisse apparaître une forte dissymétrie entre les hommes et les femmes ainsi qu’une chute brutale de la natalité au début des années 1920.
Le traumatisme est d’autant plus virulent que l’épidémie de « grippe espagnole » s’abat sur ces sociétés affaiblies durant l’année 1918, provoquant la mort de plusieurs dizaines de millions de personnes.

Repère 2 La démographie d’après-guerre (pyramide des âges en France et en Allemagne)

La Documentation française, Dossier 1918, la Grande Guerre s’achève…, 9 mars 2018

La guerre, moteur de conquêtes sociales pour la population ?

Si le déclenchement de la guerre met en veille les contestations sociales dans le contexte d’« union sacrée », les privations et la forte augmentation des prix des denrées provoquent à partir de l’hiver 1917 des vagues de grèves importantes dans les pays belligérants.

Affiche française de 1918 - effort de guerre - SchoolMouv - Histoire - 1re Affiche française (1918) ayant pour objectif de pousser la population à soutenir l’effort de guerre en préservant les aliments et denrées rares

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Définition

Union sacrée :

Expression du président de la République française, Raymond Poincaré, au moment du déclenchement de la guerre (au début du mois d’août 1914), qui désigne la volonté collective d’une société de s’unir face à l’ennemi. Les désaccords et les divisions sont alors mis de côté au nom de la défense de la patrie en danger.

Certaines prennent même une tournure insurrectionnelle comme en février 1917 en Russie, aboutissant au renversement du régime tsariste.
À la faveur de la guerre, les sociétés d’Europe occidentale connaissent alors une première expérience « d’État-providence » qui permet un certain nombre de progrès sociaux : une loi de 1923 octroie, par exemple, la journée de travail de 8 heures en France tandis que l’Allemagne lance de grandes réformes sociales dans l’après-guerre (logement social, assurance chômage, etc.).

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Définition

État-Providence :

Notion apparue dans la seconde moitié du XIXe siècle qui désigne l’intervention de l’État dans le domaine social afin de garantir à la population un niveau minimum de bien-être à travers la mise en place d’un système de protection sociale.

La guerre apparaît aussi comme un vecteur d’émancipation des femmes. Largement mobilisées dans l’effort de guerre, les femmes revendiquent dès la fin de la guerre une plus grande émancipation civique (devenir citoyennes), économique (le droit au travail en temps de paix) et civile (le droit de se vêtir à leur guise, de choisir plus librement leur mari, etc.). Si la guerre a permis certains acquis (réformes électorales octroyant le droit de vote aux femmes dans certains pays), cette émancipation féminine apparaît rapidement limitée par l’hostilité de sociétés encore très patriarcales.

  • La progressive émancipation civique des femmes : le droit de vote

Date d’obtention du droit de vote pour les femmes Exemples de pays belligérants
1918 Pologne, Russie, Royaume-Uni et Irlande (à partir de 30 ans), Autriche
1919 Allemagne, Luxembourg
1920 Hongrie, États-Unis
1921 Tchécoslovaquie
1928 Royaume-Uni et Irlande (dès 21 ans)
1944 France

Conclusion :

Conflit européen tout d’abord puis conflit mondial, la Première Guerre mondiale peut être définie comme une guerre totale. En effet, la mobilisation a touché des sociétés entières, avec le développement de l’économie de guerre via l’effort de guerre. Le conflit est justifié via la culture de guerre et le bourrage de crâne. Mobilisés à l’arrière, les civils sont violemment touchés. Le conflit sera même le théâtre du premier génocide de l’Histoire, le génocide arménien.

À la fin de la Grande Guerre, les sociétés touchées par le conflit sont traumatisées et affaiblies. Les sociétés européennes sont touchées par une chute de la natalité faisant suite à la surmortalité, et sont de plus touchées par la grippe espagnole en 1918. De nombreuses grèves ont lieu, en réponse aux privations et à l’augmentation des prix, amenant, pour la Russie, au renversement du régime tsariste. Certaines sociétés d’Europe occidentales voient cependant apparaitre un certain nombre de progrès sociaux à la faveur de la guerre, et l’émancipation des femmes commence à progresser à cette période. La Première Guerre mondiale aura eu un impact inégalé jusqu’alors sur l’Europe, et le monde.