Fiche de révision Les voyages et la séduction de l'ailleurs dans la poésie

Évasions poétiques

  • Suite aux grandes découvertes, les récits des explorateurs éveillent la curiosité des Occidentaux : un goût pour l’exotisme et les terres inconnues apparaît, et les poètes s’en inspirent pour livrer leur désir d’ailleurs.
  • Écrire est déjà une forme de voyage. Grâce aux images, au rythme et aux sonorités, le voyage réel devient une aventure poétique et intérieure.
  • Dans « Îles » (Feuilles de route), Blaise Cendrars s’adresse aux îles, qu’il observe de loin depuis la mer, grâce à l’anaphore de « îles », à la personnification et à la comparaison. Elles deviennent des espaces de rêve et d’imaginaire : voyager, c’est autant voir le monde que transformer son regard sur lui.
  • Le désir d’ailleurs exprime aussi le besoin de sortir d’un quotidien qui enferme. Dans « Jardin près de la mer » (Les Éblouissements, 1907), Anna de Noailles transforme son jardin en cadre d’une rêverie où elle s’imagine partir vers la Chine : le poème permet de voyager sans se déplacer.

Le thème du voyage au service de l’expression des sentiments et des émotions

Le sentiment amoureux

  • La colonisation française des pays de l’Afrique du Nord, d’une partie de l’Asie et des Antilles donne accès aux produits et aux histoires provenant de ces terres lointaines. Cela éveille la curiosité des Français, et l’Orient devient alors un sujet esthétique raffiné et exotique.
  • De nombreux poètes font des voyages et reviennent en France l’esprit rempli d’images inspirantes, ce qui aboutit à la création du courant littéraire de l’Orientalisme.
  • « Parfum exotique », publié en 1857 dans Les Fleurs du Mal, est un exemple de ce type de littérature. Baudelaire y évoque la femme aimée, dont le parfum l’emporte dans un voyage exotique.
  • Il y livre une rêverie au fil de l’eau, bercé non par les vagues mais par les effluves du parfum de son amante et de sa respiration. Le poème fait appel à quatre des cinq sens, et les champs lexicaux de l’eau et du voyage maritime ainsi que l’évocation de la chaleur et d’un arbre exotique, le tamarinier, installent l’exotisme. Le sentiment amoureux se transforme en voyage, et la femme inspire le poète qui rêve d’idéal.

La nostalgie du voyageur

  • Le voyageur, loin de chez lui, peut être amené à ressentir une certaine nostalgie de son sol natal. Son chez-lui devient alors l’objet du rêve, du désir d’ailleurs.
  • Joachim Du Bellay, parti depuis quatre ans en voyage à Rome, exprime son désir impatient de retrouver sa maison dans le sonnet « Heureux qui comme Ulysse » (1558).
  • Il utilise un registre lyrique (nombreux « je », possessifs) et exprime son mal-être et son mal du pays. On trouve également une tonalité pathétique et mélancolique dans ce poème.
  • Le poète oppose, grâce à l’anaphore du comparatif « plus… que », Rome à son foyer natal, qu’il préfère, et qu’il évoque avec un vocabulaire mélioratif (« petit », « fine », « douceur »).
  • Le voyage est donc ici synonyme de souffrance, d’éloignement du lieu aimé.
  • Ainsi, le thème du voyage permet au poète de s’évader et de faire rêver son lecteur par un souffle d’exotisme ; mais il lui sert aussi de support pour exprimer ses émotions, qu’elles soient positives ou négatives.