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Les Caractères, Jean de La Bruyère
Fiche de lecture

Contexte

Les Caractères ou les Mœurs de ce siècle est l’œuvre de la vie de La Bruyère, qui les a faits rééditer en tout neuf fois, les ayant écrits tout au long de sa vie jusqu’à sa mort en 1696. Cet ouvrage est le bilan de l’époque classique : ses « remarques » se distinguent des traditionnelles maximes, forme utilisée par les précédents moralistes tels que de La Rochefoucauld et Pascal ; car l’auteur les juge trop rigides. Son style confère une structure plus souple, son écriture en cela se veut fidèle au flux de la pensée. Dans ces remarques, le moraliste, voulant « caractériser » ce qu’il observe, dresse souvent des portraits satiriques, généralement de personnes anonymes.

Dans Les Caractères, La Bruyère affiche clairement sa préférence pour les auteurs antiques, le classicisme puisant son inspiration dans le renouveau des écrits antiques. La Bruyère participe d’ailleurs à la fameuse querelle des Anciens et des Modernes en cette fin de siècle et prend parti, dans un réquisitoire piquant, devant l’Académie française, pour les Anciens.

Jean de La Bruyère

1688

Les Caractères

Genre

Essai

Thèmes

Le moraliste : La morale, que le lecteur doit comprendre par lui-même, est basée sur une logique didactique. Le lecteur apprend à décoder les morales plus ou moins énigmatiques du moraliste. Elle fait écho à la logique classique du docere placere, signifiant « instruire et plaire ».

L’honnête homme : La Bruyère incarne la figure de l’honnête homme, l’humaniste correspondant à l’idéal classique du XVIIe siècle. Il se doit de se montrer humble, cultivé et courtois. Il refuse l’excès et domine ses passions. C’est un très fin observateur.

La satire : Les Caractères sont empreints de procédés satiriques, comme l’art de dresser des portraits stéréotypés qui visent à ridiculiser un objet, un sujet. L’intention de La Bruyère est de lever le voile sur une société malade.

L’écriture fragmentaire : Les remarques permettent une écriture plus libre et moins dogmatique que les maximes. De plus la structure des Caractères est elle-même ouverte puisque son auteur l’a sans cesse remaniée.

La littérature d’idée : La Bruyère réinvente une littérature d’idée libre, réflexive, proche de l’essai mais qui se démarque par sa forme originale.

Résumé

Les Caractères est composé de seize chapitres de longueurs inégales.

Chapitre I : Des ouvrages de l’esprit

69 remarques

La Bruyère ouvre son livre sur des remarques générales concernant la littérature classique et le travail de l’écrivain. Il poursuit, avec le premier chapitre, en commentant les écrivains des XVIe et XVIIe siècles : « Tout est dit, et l’on vient trop tard depuis plus de sept mille ans qu’il y a des hommes et qui pensent. Sur ce qui concerne les mœurs, le plus beau et le meilleur est enlevé ; l’on ne fait que glaner après les anciens et les habiles d’entre les modernes. »

Chapitre II : Du mérite personnel

44 remarques

Pour La Bruyère, les valeurs de l’individu sont étouffées dans une société d’apparat qui le considère non pas pour ce qu’il est mais pour ce qu’il paraît être.

Chapitre III : Des femmes

81 remarques

Les femmes sont pour l’auteur des êtres superficiels : elles sont coquettes car l’apparence leur importe avant tout ; elles deviennent donc vaniteuses. À la fin de leur vie, elles se transforment en dévotes.

Chapitre IV : Du cœur

85 remarques

Le véritable amour, tout comme une amitié véritable, est difficile à trouver. C’est parce que les hommes se trompent souvent de cible, et laissent leurs passions les emporter. Il faut savoir apprécier un bonheur simple.

Chapitre V : De la société et de la conversation

83 remarques

La société repose sur des codes sociaux, notamment l’art de la conversation, de la communication, qui détermine les relations humaines. À contrario, ceux qui profèrent des discours hypocrites ou ceux qui imposent leur parole sont à bannir.

Chapitre VI : Des biens de fortune

83 remarques

L’argent régit la société et donc détermine la vie de l’individu, c’est ce qui lui donne de l’importance. L’argent est maître de la gloire et même des relations familiales.

Chapitre VII : De la ville

22 remarques

La ville est un théâtre où la bourgeoisie singe la cour en se mettant en scène. Aussi, la diversité caractérise la ville : c’est là où toutes les classes se côtoient, se croisent et cohabitent.

Chapitre VIII : De la cour

101 remarques

L’essentiel du chapitre se concentre sur le portrait stéréotypé du parfait courtisan. La cour est un lieu où l’on vit en autarcie, à part, où chacun ne pense qu’à son intérêt propre, à paraître et à dissimuler. Les courtisans sont en général prêts à tout pour obtenir des faveurs. Le seul moyen de bien vivre est donc de fuir la cour.

Chapitre IX : Des grands

56 remarques

Le chapitre peint des portraits de la noblesse d’épée, qui se distinguent dans la foule des courtisans. Les grands sont vaniteux, alors qu’ils ne sont pas nécessairement cultivés. Ils méprisent les autres bien que leur reconnaissance sociale soit due à leur naissance, et non à leur valeur propre, le mérite personnel qu’ils n’ont pas acquis. Néanmoins, ils ont une utilité historique de par leur lignée.

Chapitre X :Du souverain ou de la République

35 remarques

Le meilleur des gouvernements n’existe pas. La Bruyères s’imagine la solitude que ressent un souverain puis condamne les guerres et les invasions. Selon lui, le chef d’État idéal s’apparente à un berger guidant et soignant son troupeau. Enfin, il développe une réflexion sur la relation de dépendance réciproque, le contrat établi entre un souverain et son peuple, énumérant les devoirs de l’un puis de l’autre.

Chapitre XI : De l’homme

158 remarques

L’imperfection caractérise d’abord l’Homme : la nature humaine n’est pas constante, modérée, ni bonne par nature. La Bruyère énumère ensuite les défauts principaux de l’Homme : le narcissisme et l’égocentrisme, l’ingratitude, l’injustice ou encore l’indifférence. L’Homme est intransigeant avec autrui ; or il faut savoir se montrer indulgent avec ses semblables.

Chapitre XII : Des jugements

119 remarques

Les jugements sont souvent faux, voire ridicules, et sont basés sur ce qui semble et non ce qui est ; car il n’y a pas nécessairement de lien de causalité entre la faute (à priori) et le jugement (à posteriori).

Chapitre XIII : De la mode

31 remarques

L’Homme se laisse souvent influencer par la mode et se perd dans des considérations superficielles parce qu’elle est éphémère et capricieuse. L’Homme se ridiculise en suivant ses fantaisies.

Chapitre XIV : De quelques usages

73 remarques

Selon La Bruyère, les usages et les coutumes, qu’ils soient sociaux, religieux ou familiaux, sont artificiels et complexifient, voire entravent, les relations humaines.

Chapitre XV : De la chaire

30 remarques

La Bruyère critique l’oralité de certains prédicateurs chrétiens qui sont démesurément éloquents et s’enorgueillissent de leur rhétorique. Ils devraient prêcher plus simplement afin d’être, au moins, compris par l’assemblée.

Chapitre XVI : Des esprits forts

50 remarques

La Bruyère affirme sa croyance en Dieu et dénonce les impies, les esprits faibles qui nient Dieu et l’âme. Notre pensé, immatérielle et insaisissable, est la preuve de notre spiritualité.

Citation

« Je rends au public ce qu’il m’a prêté ; j’ai emprunté de lui la matière de cet ouvrage : il est juste que, l’ayant achevé avec toute l’attention pour la vérité dont je suis capable, et qu’il mérite de moi, je lui en fasse la restitution. »

Préface

« Il faut rire avant que d’être heureux, de peur de mourir sans avoir ri. »

Chapitre IV, « Du cœur »

« Le plus fort et le plus pénible est de donner ; que coûte-t-il d’y ajouter un sourire ? »

Chapitre VIII, « De la cour »

« L’on doit se taire sur les puissants : il y a presque toujours de la flatterie à en dire du bien ; il y a du péril à en dire du mal pendant qu’ils vivent, et de la lâcheté quand ils sont morts. »

Chapitre IX, « Des grands »