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Japon – Chine : concurrences régionales et ambitions mondiales

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Introduction :

Le Japon et la Chine sont deux géants asiatiques. Ces deux pays sont les moteurs d’un continent qui ne cesse de se développer et prend une place de plus en plus importante dans la mondialisation aujourd’hui.

Nous verrons tout d’abord que l’un comme l’autre sont des puissances économiques majeures avec des histoires particulières. Nous verrons également que ces pays sont pourtant des puissances limitées, qui doivent faire face à de nombreux défis. Nous étudierons enfin les tensions et rivalités qui émaillent les relations internationales entre ces deux pays.

Japon-Chine : deux puissances économiques

Le développement économique du Japon

Le Japon est le seul pays de la région à avoir fait sa révolution industrielle à la fin du XIXe siècle, sous la dynastie des empereurs Meiji. À partir des années 1920 le Japon devient une puissance colonisatrice, puis fasciste. Dans ce contexte, la Corée et la Chine sont attaquées puis occupées.

Le Japon d’après-guerre est un pays démocratique qui se lance, avec l’aide des États-Unis, dans une période de haute croissance soutenue par l’État. Le MITI, ministère japonais de l’industrie et du commerce, s’allie avec les sogo shoshas, des grandes sociétés de commerce, et les keiretsus, les multinationales japonaises, pour lancer une vaste politique d’industrialisation et de commercialisation mondiale.

  • S’appuyant sur des industries traditionnelles et misant sur l’éducation et les hautes technologies, le Japon n’a cessé de d’innover dans tous les domaines de sa production.
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À retenir

C’est la théorie économique des « oies sauvages » : commencer par la production locale d’un produit à faible technicité, avant de l’exporter puis de l’abandonner au profit d’un produit à plus haute valeur ajoutée. Le Japon a choisi d’employer cette stratégie car il ne possède pas de ressources énergétiques ni de matières premières suffisantes pour alimenter sa propre production.

Le Japon est la 3e économie mondiale avec toujours une très grande capacité de recherche et développement. Les très hautes technologies constituent le fleuron de l’industrie japonaise et la capacité d’adaptation des Japonais face aux défis économiques est toujours d’actualité. Le Japon est d’ailleurs une puissance financière mondiale grâce à la bourse de Tokyo.

Le développement économique de la Chine

L’histoire économique de la Chine est différente et son développement a été plus tardif.

En déclin tout au long du XIXe siècle, touchée par des traités inégaux et en partie pillée sur le plan économique, la Chine a connu la fin de l’Empire et le début de la République en 1911.

  • L’anarchie et les guerres civiles, puis la colonisation japonaise des années 1930, portent atteinte à la Chine et retardent son développement social et économique.

Après la Seconde Guerre mondiale, la Chine connait une nouvelle guerre civile dont le communiste Mao Zedong sort vainqueur. Le communisme chinois, de 1949 jusqu’à la mort de Mao en 1976, passe par des phases économiques très contestées aujourd’hui, comme le Grand Bond en avant de 1957, qui fut un échec terrible, ou la révolution culturelle des années 1960.

Le changement économique débute en 1980 sous la direction de Deng Xiaoping qui instaure une économie ouverte sur le monde.

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À retenir

Depuis, la Chine continue de s’ouvrir et c’est une véritable révolution économique qui voit le passage d’une économie dirigée par l’État à un modèle pleinement capitaliste. De plus, la Chine est le plus vaste chantier du monde. Depuis des décennies, la Chine a une croissance à deux chiffres, alimentée par son industrie : c’est le plus gros « atelier » du monde.

  • La population est nombreuse, plutôt jeune et de plus en plus éduquée.
  • La Chine est un géant en énergie et matières premières, et conserve une attractivité presque sans égal pour les investisseurs grâce à des exonérations fiscales et aux facilités administratives.
  • Tout cela en a fait la première puissance économique mondiale.

De plus, la Chine monte en gamme dans ses productions industrielles et manufacturées et le secteur « recherche et développement » est en pleine expansion.

Des économies complémentaires

Le Japon et la Chine sont deux économies à la fois concurrentes et complémentaires. Le Japon a délocalisé en Chine beaucoup de productions qui lui sont bénéfiques par retour sur investissement. Un transfert technologique s’est aussi effectué du Japon vers la Chine.

La Chine vend également de l’énergie et des matières premières au Japon qui en est dépourvu.

  • Les deux pays envisagent même un accord de libre-échange, qui reste pour le moment à l’état de projet.

Des puissances limitées

Le Japon

Le modèle de croissance japonais a vu ses limites avec les différentes crises et les concurrences au sein même de l’espace asiatique.

Le chômage était quasi inexistant jusqu’aux années 2000. Depuis, il a connu des augmentations, puis des baisses. Autre caractéristique du modèle japonais, les emplois à vie étaient très répandus après la Seconde Guerre mondiale, mais ils ont peu à peu disparu au fil des crises.

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Attention

Ce chômage nippon doit cependant être relativisé : il ne dépasse jamais les 5 %.

Depuis quelques années, l’économie japonaise doit composer avec une croissance ralentie, aux alentours de 1 %. À cela s’ajoutent les problèmes démographiques d’une population vieillissante et nombreuse qui a du mal à se renouveler du fait d’un taux de fécondité parmi les plus bas du monde.

La Chine

Depuis l’ouverture de son économie vers le monde, la Chine semble progresser à pas de géant. À tel point qu’avec dix mille milliards de dollars, elle a aujourd’hui le deuxième PIB du monde (derrière les États-Unis) et devance son voisin le Japon. Mais cela ne représente qu’une vue d’ensemble de l’économie chinoise.

À y regarder de plus près, les disparités sont énormes et son PIB par habitant est encore faible, et loin derrière celui du Japon.

  • Certes le pays est riche, mais cette richesse est concentrée sur une petite fraction de la population, principalement à l’est du pays.La partie ouest du pays, appelée « Chine de l’intérieur » , agricole et peu développé, est très pauvre.

Malgré son milliard d’habitants, le pays fait face à des problèmes démographiques liés à une politique très stricte de contrôle des naissances, appelée politique de l’enfant unique (un seul enfant par couple).

  • Cela engendre un vieillissement de la population, que l’État tente de contrôler en assouplissant progressivement la règle.

Les rivalités

Depuis la fin du XIXe siècle, la politique japonaise envers la Chine a laissé des traces.

Contentieux historiques

Le scandale le plus connu est certainement celui du massacre de Nankin en 1937, lors de la guerre sino-japonaise. Les exactions commises contre les civils chinois sont ordonnées par le pouvoir militaire japonais, qui utilise la propagande à grande échelle.

Depuis, les cérémonies mémorielles de la Seconde Guerre mondiale au Japon révoltent les Chinois, comme au sanctuaire de Yasukuni à Tokyo où les officiels japonais se recueillent chaque année. Y reposent ensemble soldats et criminels de guerre. Le Japon avait pourtant exprimé ses excuses par écrit à l’État chinois en 1972.

En réponse à ce qui est perçu comme des provocations, des violences anti-japonaises se produisent périodiquement en Chine.

Rivalités territoriales

Les rivalités sont également d’ordre territorial, notamment concernant les zones économiques exclusives en mer. L’archipel des îles Senkaku (pour le Japon) ou Diaoyu (pour la Chine) en sont de bons exemples. Ces rivalités se font sur fond de convoitises des richesses naturelles des mers et des océans.

Géographie terminale L’archipel des îles Senkaku L’archipel des îles Senkaku

La situation de cette île, à mi-chemin des deux pays, revêt une importance stratégique majeure.

  • Posséder l’île, c’est accéder à une plus grande zone de pêche ou d’exploitation des océans.

Enjeux de domination locale et mondiale

L’enjeu majeur de ce jeu d’échec politique est de devenir la puissance dominante de la région asiatique. Pour ce faire, la Chine s’est alliée à l’ASEAN, Association des nations de l’Asie du Sud-Est, mais aussi avec l’OCS, l’Organisation de coopération de Shanghai, qui comprend le géant russe.

De son côté, le Japon reste l’allié principal des États-Unis dans la région. Il est lui aussi adhérant de l’ASEAN et se tourne également vers l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

La Chine est un géant militaire sur le plan conventionnel, et sa marine de guerre gagne en puissance d’année en année. C’est également une puissance nucléaire, depuis les années 1960, ce qui fait pencher la balance en sa faveur.

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À retenir

Le Japon, de par sa Constitution, est maintenant un pays pacifiste et ne peut avoir d’armée d’offensive. Il est limité dans sa puissance militaire conventionnelle et ne peut posséder l’arme nucléaire.

Cependant le budget militaire japonais ne cesse de croître, et les milieux nationalistes demandent la révision de la Constitution pour  libérer » le Japon de ses contraintes militaires.

Côté hard power, le Japon veut devenir une puissance politique. Il est d’ailleurs candidat au siège permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU depuis 1993. Gros financeur de l’ONU, son armée a participé à de nombreuses missions des casques bleus.
La marine de guerre japonaise joue un rôle majeur de sécurisation des détroits et des zones de pirateries internationales. Sans oublier que le Japon reste la 3e puissance mondiale avec une monnaie (le yen) appréciée sur les marchés internationaux. Les grandes transnationales japonaises participent largement à la mondialisation.

  • Faire connaître le Japon, sa langue, sa culture, son tourisme, voilà les objectifs avoués.

Cette « offensive » culturelle japonaise passe par les bandes dessinées, les mangas, les jeux vidéo, le cinéma ou la littérature. La catastrophe de Fukushima a d’ailleurs porté atteinte à cette politique qui vise à montrer le Japon sous ses meilleurs aspects.

La Chine vise quant à elle à rester la première économie mondiale. Sa progression depuis les années 1980 ne se dément pas et son adhésion à l’OMC est significative de l’assurance de sa puissance.

  • Géant industriel et commercial, la Chine attire de plus en plus d’investissements directs étrangers et investit également de plus en plus en dehors de ses frontières.

Ces investissements se font partout sur le globe, autant en Afrique que dans les pays du Nord et dans tous les secteurs. Cependant, le yuan n’est pas encore une monnaie internationale.

Autre point fort, la Chine possède un siège permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU. La marine de guerre chinoise est vue par les Américains et les Japonais comme une menace. En effet, la diplomatie chinoise s’appuie notamment sur sa force militaire.

La culture chinoise a toujours attiré des millions de personnes. La langue, les instituts Confucius, le budget de la culture hors du pays, la nourriture, les arts martiaux et le cinéma sont autant d’éléments culturels présents dans le monde entier. Cette offensive est relayée par la diaspora chinoise, présente sur tous les continents.

Conclusion :

Le Japon et la Chine sont tous deux des puissances locales de premier plan. Ils sont également très présents à l’échelle mondiale, et sont inscrits dans les flux de la mondialisation. Ces géants donnent pourtant parfois l’impression d’avoir des pieds d’argile, et ils doivent faire face à des difficultés liées à la démographie et à une crise économique qui les frappe de plein fouet. Leur ambition de domination de la région les inscrit dans une rivalité qui alimente tensions et rapports de force parfaitement illustrés par la querelle autour des îles Senkaku.