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La comédie au XVIIe siècle : L'École des femmes, Molière

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Introduction:

Le XVIIe siècle est une période faste pour le théâtre, et notamment pour la comédie qui connaît son âge d’or avec les pièces de Molière. Après l’assassinat d’Henri IV en 1610 et avec les guerres de religion qui déchirent le pays, le théâtre, influencé par ce climat violent, est dominé par des tragédies sanglantes. Il faudra attendre la seconde moitié du XVIIe siècle pour que Molière redonne une place de choix au genre comique dans le paysage théâtral français. Entre tradition et modernité, il s’inspire de la farce pour faire rire mais aussi pour dépeindre et critiquer les mœurs et caractères de son époque.

Nous donnerons dans un premier temps quelques repères sur le théâtre comique du XVIIe siècle. Puis, afin d’illustrer notre propos, nous étudierons un extrait de L’École des femmes de Molière.

Repères : La comédie au XVIIe siècle

L’histoire de la comédie

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À retenir

La comédie au XVIIe siècle est largement influencée par ses origines. Depuis l’Antiquité, le but de la comédie est de faire rire ou sourire le spectateur. Mais elle constitue également un moyen de dénoncer les travers de la société.

Dans la pièce L’Avare par exemple, jouée pour la première fois en 1668, Molière fait la critique d’un défaut humain : l’avarice, qui est le trait de caractère de quelqu’un qui ne veut jamais dépenser son argent.

La deuxième influence du théâtre comique du XVIIe siècle, c’est la farce du Moyen Âge. Ce genre comique existe depuis l’Antiquité.

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Définition

Farce :

Genre théâtral dont le but est de faire rire, souvent par des caractéristiques grossières. Elle est souvent satirique, c’est-à-dire provocatrice, très critique.

Les thèmes chers à la farce sont également présents dans la comédie classique : des personnages nobles ou bourgeois, des personnages issus du peuple, de la ruse, des déguisements et du mensonge.

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À retenir

Jusqu’alors, la farce était le genre comique populaire tandis que la comédie en vers était réservée aux bourgeois. Molière va bouleverser cet ordre en ajoutant des éléments de la farce à la comédie classique en vers.

À ces deux influences s’ajoute celle de la Commedia dell’arte. Il s’agit d’un genre du XVIe siècle venu d’Italie. Les comédiens, qui étaient jusqu’alors des amateurs, deviennent de véritables professionnels capables d’improvisations. Les comédiens sont masqués. Les schémas comiques sont élaborés au préalable et les personnages sont récurrents tels que Pierrot, Arlequin ou encore Colombine.

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À retenir

Molière se montre fidèle à la tradition en alliant la comédie antique, la farce et la Commedia dell’arte. Mais son génie réside dans sa capacité à dépasser des modèles en créant son propre style.

Les ressorts comiques

Pour provoquer le rire, la comédie du XVIIe siècle s’appuie sur divers procédés comiques.

Le comique de gestes joue sur la gestuelle. Par exemple, dans Les fourberies de Scapin, le personnage principal, Scapin, fait croire à Géronte qu’on le cherche pour le tuer. Il réussit à le convaincre de se cacher dans un sac et lui donne des coups de bâtons. La didascalie « il donne plusieurs coups de bâton sur le sac » laisse imaginer le jeu des comédiens qui provoque le rire du spectateur.

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Définition

Didascalie :

Une didascalie au théâtre est une indication de l’auteur sur la façon dont le texte doit être joué. Elle peut porter sur les déplacements des comédiens, leurs gestes ou encore les émotions qu’ils doivent jouer. Cela peut également être des indications pour le metteur en scène à propos des décors à mettre en place. Les didascalies sont jouées mais non prononcées.

Le comique de situation consiste à mettre les personnages dans une situation comique telle que le quiproquo, les retournements de situation ou encore le jeu de déguisement.

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Définition

Quiproquo :

Méprise par laquelle on prend quelqu’un, quelque chose ou une parole pour un(e) autre.

On peut prendre l’exemple du Malade imaginaire de Molière où la servante, Toinette, se fait passer pour un médecin.

Le comique de mots repose quant à lui sur des jeux de mots, des déformations de mots ou encore des dialectes. Dans Dom Juan par exemple, Molière provoque le rire avec le langage des paysannes Mathurine et Charlotte, qui parlent en patois.

Le comique de caractère se fonde sur la caricature de traits de caractères et la psychologie de personnages qui prêtent à rire. C’est le cas notamment dans L’Avare de Molière, où le dramaturge prend pour cible l’avarice. Il met en scène Harpagon, qui craint qu’on ne lui vole ses biens et qui en devient ridicule, comme le montre cet extrait avec son valet :

LA FLÈCHE :
Hé bien ! je sors.

HARPAGON :
Attends. Ne m’emportes-tu rien ?

LA FLÈCHE :
Que vous emporterais-je ?

HARPAGON :
Viens çà, que je voie. Montre-moi tes mains.

LA FLÈCHE :
Les voilà.

HARPAGON :
Les autres.

LA FLÈCHE :
Les autres ?

HARPAGON :
Oui.

Un exemple de comédie du XVIIe siècle : L’École des femmes

L’École des femmes est la première grande comédie de Molière. Elle connaît un succès immédiat. Le thème du cocu est emprunté à la farce, mais la pièce est aussi une comédie de mœurs à travers le thème de l’éducation des jeunes filles.

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Définition

Comédie de mœurs :

Une comédie de mœurs dénonce les défauts et les excès d’une société, d’un groupe ou d’une institution.

Arnolphe croit avoir trouvé le moyen d’épouser la femme parfaite. Il explique à son ami qu’il a choisi sa future épouse très jeune et l’a élevée loin de tout, dans l’ignorance. Dans cette scène, Arnolphe apprend que la jeune femme, Agnès, a reçu la visite d’un jeune homme : le bel Horace. Après avoir eu peur qu’elle n’ait cédé à ses avances, il lui propose un mariage autour duquel va se nouer un quiproquo.

« AGNÈS :
Mariez-moi donc promptement 1, je vous prie.

ARNOLPHE :
Si vous le souhaitez, je le souhaite aussi,
Et pour vous marier on me revoit ici.

AGNÈS :
Est-il possible ?

ARNOLPHE :
Oui.

AGNÈS :
Que vous me feriez aise !

ARNOLPHE : Oui, je ne doute point que l’hymen 2 ne vous plaise.

AGNÈS :
Vous nous voulez nous deux…

ARNOLPHE :
Rien de plus assuré.

AGNÈS :
Que, si cela se fait, je vous caresserai !

ARNOLPHE : Hé ! la chose sera de ma part réciproque.

AGNÈS :
Hélas ! que je vous ai obligation
Et qu’avec lui j’aurais de satisfaction !

ARNOLPHE : Avec qui ?

AGNÈS :
Avec… Là…

ARNOLPHE :
Là… Là n’est pas mon compte.
À choisir un mari vous êtes peu prompte.
C’est un autre, en un mot, que je vous tiens tout prêt,
Et quant au monsieur, là, je prétends, s’il vous plaît,
Dût le mettre au tombeau le mal dont il vous berce,
Qu’avec lui désormais vous rompiez tout commerce ;
Que, venant au logis, pour votre compliment,
Vous lui fermiez au nez la porte honnêtement ;
Et, lui jetant, s’il heurte, un grès3 par la fenêtre,
L’obligiez tout de bon à ne plus y paraître.
M’entendez-vous, Agnès ? Moi, caché dans un coin,
De votre procédé je serai le témoin.

AGNÈS :
Las ! il est si bien fait ! C’est…

ARNOLPHE : Ah ! que de langage !

AGNÈS :
Je n’aurais pas le cœur…

ARNOLPHE :
Point de bruit davantage.
Montez là-haut.

AGNÈS :
Mais quoi ? voulez- vous… ?

ARNOLPHE :
C’est assez.
Je suis maître, je parle ; allez, obéissez. »

1 Rapidement.
2 Mariage.
3 Type de roche.

Le quiproquo comique

La scène est un échange entre le barbon Arnolphe et sa future épouse.

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Définition

Barbon :

Un barbon est un homme âgé.

Agnès ignore le projet que nourrit Arnolphe. Elle est naïve et fait part de ses sentiments pour un autre à celui-ci. Le comique de la scène tient au fait que le spectateur a conscience du décalage dans le dialogue entre Arnolphe et Agnès. Il s’agit d’un malentendu entre les deux personnages. En effet, Agnès souhaite se marier avec Horace et s’en réjouit, tandis qu’Arnolphe souhaite, lui, se marier avec Agnès. Il est heureux de la voir ainsi enjouée à l’idée de l’épouser.

Le début de la scène est donc marqué par une euphorie générale. Les répliques exclamatives d’Agnès en sont la preuve, comme « Que vous me ferez aise ! » ou encore « Que, si cela se fait, je vous caresserai ! ». Arnolphe fait de plusieurs répliques déclaratives affirmatives commençant par « oui ». Il conforte Agnès dans sa joie et s’en délecte également.

Mais le spectateur, qui sait que les deux personnages ne parlent pas de la même personne, attend avec impatience la révélation et donc la fin du quiproquo.

Ce dernier prend fin, avec l’apparition du pronom personnel « lui ». En effet, Agnès dit : « Et qu’avec lui j’aurai de satisfaction ! ». S’il s’était agi d’Arnolphe, Agnès aurait dû dire : « Et qu’avec vous j’aurai de satisfaction ! ». Arnolphe comprend donc : le quiproquo est levé.

La scène bascule alors, car le comique prend fin du même coup. La révélation du désir d’Agnès de se marier avec Horace est douloureuse pour Arnolphe. Il est vexé et exaspéré. Sa longue réplique doit être jouée avec colère et amertume. Mais cette révélation est également douloureuse pour Agnès, qui voit ses espoirs de mariage heureux s’évanouir. Elle exprime son désarroi avec l’interjection « Las ! » et sa tristesse avec les points de suspension « je n’aurai pas le cœur… ».

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Définition

Interjection :

Une interjection est un mot invariable suivi d’un point d’exclamation qui permet d’exprimer un sentiment.

Une scène révélatrice des caractères

La scène permet de mettre en lumière le caractère des personnages. Agnès apparait comme une jeune ingénue optimiste.

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Définition

Ingénue :

Au théâtre, jeune fille innocente et naïve.

Sa franchise transparait dans ses répliques, comme par exemple dans sa première réplique : « Mariez-moi donc promptement je vous prie ». Elle exprime honnêtement son désir ardent d’épouser Horace, sans peur du jugement, ce qui ne se faisait pas au XVIIe siècle. Elle ne cache pas non plus sa joie, comme on peut le constater à travers ses exclamations.

Arnolphe quant à lui apparait tantôt sous les traits du mari comblé, tantôt sous ceux du père autoritaire. Au début de l’extrait en effet, tous deux sont heureux de ce mariage. Mais lorsqu’Arnolphe comprend qu’Agnès ne parle pas de se marier avec lui mais avec Horace, il change d’humeur et de ton. La joie laisse alors place à la jalousie et à la colère. Arnolphe change de ton envers Agnès et se montre autoritaire. Il utilise alors un discours de type injonctif.

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Définition

Discours injonctif :

Le discours injonctif est la forme de discours utilisée pour donner des ordres.

On peut noter les occurrences de l’impératif : « montez », « allez » et « obéissez ». Il s’impose face à Agnès qui ne peut rien répliquer. L’évolution du discours d’Arnolphe est nettement perceptible :

  • il commence par affirmer sa volonté avec l’expression « je prétends, s’il vous plaît » ;
  • puis il durcit le ton avec une expression d’autorité : « M’entendez-vous Agnès ? » ;
  • ensuite, il élève la voix avec la phrase exclamative « Ah ! Que de langage ! », exprimant ainsi son exaspération ;
  • enfin, il met un terme à la discussion en s’imposant définitivement avec la phrase nominale « Point de bruit davantage. » puis « Montez là-haut. »
  • L’emploi de l’impératif est ici le moyen d’imposer sa volonté et de s’ériger en tant que père.

La dernière réplique est encore plus violente : il se pose en « maître », forçant Agnès à obéir. On peut à nouveau constater l’emploi de l’impératif « allez, obéissez » qui clôt la scène.

Conclusion :

La comédie au XVIIe siècle est largement représentée par Molière. Génie comique, il a su lier les époques et créer un nouveau genre comique tout en restant fidèle à la tradition. Chez Molière, le théâtre est le miroir de la société : il est l’occasion de rire mais aussi de remettre en question les fondements et les usages de la société de son époque. L’École des femmes est une des pièces les plus célèbres de Molière. Il place au cœur de cette pièce la question de la femme et de son éducation. Sous couvert du rire, Molière aborde des sujets graves et les expose à la vue de tous afin de donner à chacun la possibilité d’y réfléchir.